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Billet de blog 19 janv. 2022

Agir pour faire reconnaître le génocide ouïghour. Interview d'Alim Omer

L’Assemblée Nationale pourrait voter la reconnaissance du caractère génocidaire des violences exercées sur les ouïghour.es par la Chine. Alim Omer, président de l’Association des Ouïghours de France, réfugié en France, revient sur les aspects industriels, sanitaires, culturels et environnementaux de ce génocide.

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Pouvez-vous présenter votre association ?

L’association des ouighours de France a été créée en 2008, c’est une association politique, qui défend les droits humains des ouïghour.es. On essaie de réunir les ouïghour.es de France, pour faire connaître notre cause, ce qu’on vit en Chine depuis 70 ans. On fait des conférences et des manifestations, aux dates qui sont importantes pour les communautés ouïghoures. Il y a beaucoup de chercheurs qui écrivent depuis des années. Les projets chinois de camps de « rééducation » ont commencé dans les années 2000, et ils visent à complètement supprimer la population ouïghoure. Nous sommes moins de 25 millions aujourd’hui. D’ici 2040, nous serons une minorité dans notre propre territoire. Nous n’avons plus le droit de parler notre langue, nous sommes surveillés par des technologies de vidéosurveillance ou via Wechat. Les ouïghour.es sont obligé.es de se marier avec des Hans. Notre territoire est un laboratoire de domination pour la Chine.

Comment fait-on pour faire reconnaître ce génocide ?

Certains pays restent muets devant leurs contrats, vues les relations économiques qu’ont les pays avec la Chine, vu qu’elle devient première d’un point de vue économique. C’est vraiment compliqué d’apporter des preuves. A partir de 2017 nous avons eu des témoignages de ressortissant.es, qui sont arrivé.es en France, Belgique, Allemagne. En France, on n’ a pas encore réussi à faire reconnaître le génocide ouïghour, mais la Belgique, les Pays-Bas, l’Angleterre et la Lituanie le reconnaissent.

Quelles sont les industries qui participent au génocide ?

Il y a plus de 4 millions de gens qui sont dans des camps, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Les femmes travaillent dans la culture du coton ou des tomates, et elles subissent des stérilisations et des avortements forcés. Les hommes sont forcés de travailler dans les usines et subissent des prélèvements d’organes, qui vont ensuite alimenter un trafic international. Leurs organes sont vendus comme « organes hallal » à des musulman.es, alors que l’islam ne dit pas qu’un organe doit être « hallal » pour soigner un.e musulman.e. Cela n’existe pas, c’est la Chine qui a inventé ça pour faire du bénéfice, c’est la première fois qu’on voit ça dans le monde.

Quelles multinationales bénéficient du travail forcé des ouïghour.es ?

Nous avons dressé une liste de 83 marques[1]. Par exemple Zara, Nike, H&M pour le coton... On appelle à boycotter ces marques, à ne pas acheter leurs produits, mais c’est vraiment très dur quand on fait un achat, d’imaginer comment c’est produit, que c’est du travail forcé en usine, de gens de 13 à 89 ans qui sont emprisonné.es.

Comment réagissent les marques quand on les interpelle ?

Elles commandent des expertises et jouent le jeu de la Chine : le jour où la délégation vient dans l’usine, tout est changé, ce n’est pas la même usine. Il n’y a pas de vrai contrôle.

Est-ce que le Turkestan oriental est plus exposé aux risques environnementaux que le reste de la Chine ?

Oui, depuis des années il y a beaucoup d’ouvrier.es chinois.es qui se déplacent pour venir extraire le charbon et le pétrole dans le sous-sol du Turkestan, puis l’exporter en dehors, vers Shanghaï. Des essais nucléaires ont eu lieu dans les déserts de cette région. A chaque fois, après les essais, on a découvert des maladies graves, des cancers et des malformations à la naissance. Les agriculteur.rices sont forcés de produire du coton, d’abandonner leurs autres cultures, ce qui nous fait perdre notre équilibre agricole. Ce qu’on ne peut plus cultiver -  le riz, le blé – on doit ensuite l’acheter.

La terre est accaparée pour les besoins de l’industrie textile ?

Oui.

Comment faire vivre la culture et la langue ouïghoures quand on est réfugié.e ?

C’est vraiment dur, car nous sommes soit éparpillé.es, soit enfermé.es en camps. Moi ça fait plus de 15 ans que je suis en France, j’aime la culture française, n’importe quel enfant qui grandit ici va parler français plutôt que ouïghour. Pendant ce temps, dans notre territoire, il n’y aura plus de ouïghour.es. Au bout d’un moment, on va oublier notre langue, on va s’éloigner. Avec notre association, nous avons loué un local, pour que nos enfants né.es en France puissent apprendre la langue ouïghoure tous les week-ends. Mais pour qu’existe une culture, il faut avoir une terre.

[1]https://www.desdomesetdesminarets.fr/2020/03/20/la-liste-des-83-entreprises-a-qui-profite-linternement-des-ouighours/

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