Observations participantes

La lettre ouverte exprimant mon refus de participer à une émission présentée par M. Enthoven a suscité diverses remarques, de son destinataire et de personnes ayant lu ma lettre ou la sienne. En commentaire de ces textes ou de leurs partages, ou dans de nouveaux articles, ont été discutés les problèmes que je souhaitais souligner, et parfois remises en jeu les méthodes décriées.

     La lettre ouverte exprimant mon refus de participer à une émission présentée par M. Enthoven a suscité diverses remarques, de son destinataire et de personnes ayant lu ma lettre ou la sienne. En commentaire de ces textes ou de leurs partages, ou dans de nouveaux articles, ont été discutés les problèmes que je souhaitais souligner, et parfois remises en jeu les méthodes décriées. Cet article se propose d’exposer en quoi, à partir des observations faites ces dernières semaines.

    La réponse de M. Enthoven[1], le jour même, à ma lettre ouverte[2], n’a pas manqué de témoigner de la réactivation mécanique des méthodes fallacieuses (jeux de mots, fast thinking, moralisme, références allusives…) que cette lettre décriait. L’observation et l’analyse des faux dilemmes que construisent ces méthodes, et de la manière dont elles referment l’espace des discours politique, philosophique et médiatique, constituent l’objet principal de cet article. Le détail de quelques-unes d’entre elles, exposé en première partie, est fastidieux mais utile à soutenir le point de vue exposé dans les points suivants, auxquels il demeure cependant possible de se reporter directement.

 

     Ce qui est fait de la philosophie

     S’inquiétant de me voir « restée au stade de la pré-méditation », M. Enthoven s’autorise à nouveaux d’ambigus jeux de mots. Préméditation peut en effet signifier « préparation à l’avance d’une action », mais aussi « incapacité à méditer », déficit intellectuel et moral révélé par le fait de n’avoir pas voulu se prêter poliment au « débat » ; ou encore, « réflexion précédant l’action ». Ces trois acceptions peuvent faire sens ici – encore faut-il dire explicitement en quoi, et non jouer de leur ambiguïté. Ainsi, j’ai bien préparé mon geste à l’avance : s’il me fallut moins de trois mois pour me décider, j’ai choisi, en publiant ma réponse au dernier moment, de créer une désorganisation susceptible d’interroger sur mes raisons. C’est là une modalité d’action ; il en existe d’autres, telles que le happening sur plateau ou le blocage d’une émission ; mais elles ne sont pas applicables à une émission qui, comme Philosophie, n’a pas lieu en direct, et qui de plus ne devait pas porter sur le sujet évoqué dans ma lettre. A ce titre, le second sens de « pré-méditation » est fallacieux : m’accuser de n’avoir pas voulu accepter « le débat » sans dire de quel « débat » il s’agit, est une imprécision qui porte à confusion. Elle laisse croire qu’une place m’était accordée, sur le plateau de Philosophie, pour évoquer ce dont j’allais parler dans une lettre encore à venir, alors que l’objet de l’émission était tout autre. En ce sens, il serait plus pertinent de dire que j'ai déplacé le débat, en changeant et son lieu et son sujet. Le troisième sens suggéré par le terme « pré-méditation » est en revanche pertinent : je reconnais avoir pris du temps avant et pendant l’écriture de cette lettre, comme de cet article, ne souhaitant pas m’adonner au fast thinking dont les discours de M. Enthoven me paraissent montrer tous les dangers. « Temps » peut signifier ici deux choses : durée (plus ou moins heuristique) prise par la réflexion et l’écriture, et moment (plus ou moins stratégique) choisi pour la publication. La confusion de ces deux sens, au détriment du premier, semble être le propre du fast thinking.

     Caractéristique du moralisme est la prise à parti par M. Enthoven de l’équipe de tournage et de scénographie. Ce genre de rhétorique pathétique et démagogique, infantilisante tant pour le lectorat que pour les personnes citées, permet à l’auteur d’éviter de considérer des critiques qui ne portent que sur ses productions ; facilitée par un usage vague du « nous », elle est proche de celle de la « prise d’otage » qui, à chaque mouvement de grève ou de boycott, sert à culpabiliser les personnes mobilisées et à dépolitiser leur action. Nombre de commentaires Mediapart, Facebook ou Twitter l’ont suivi et qualifié ma démarche d’« irrespectueuse », « immorale », « impoli[e] et pas cool ». Confondant irrespect et irrévérence, ces commentaires déplacent à leur tour vers le terrain moral (n’est-ce pas méchant de perturber l’ordre d’un espace social que l’on conteste ?) un problème qui est d’abord politique (pourquoi contester cet espace social et l’ordre qui le protège ?).

Thrasymaque refusant de discuter avec Socrate, voilà enfin une énième référence qui n’apporte rien à l’argumentaire (l’imprécise prétention au « débat » ayant déjà été alléguée), sinon un peu de cette apparence d’autorité conférée par le déploiement toujours allusif de la culture légitime, et beaucoup de ce pouvoir de suggestion d’une analogie seulement à moitié esquissée, permettant à l’auteur d’intimer implicitement à son lectorat de le comparer à Socrate, sans que lui ait jamais à le faire, ni à répondre de l’avoir fait[3]. Faire faire aux autres, discrètement, en ne prenant à aucun moment la responsabilité des messages mis en circulation, semble de fait être le point commun à nombre des méthodes employées par M. Enthoven. Lorsqu’il s’agit de suggérer une comparaison avantageuse, cela peut simplement prêter à rire. Lorsqu’il s’agit de faire admettre des opinions politiques fortement débattues, cela est plus préoccupant.

 

     Ce qui est fait au politique

      La seule réponse proposée par M. Enthoven à mes remarques concernant ses prises de position politiques, leur méthode et leurs présupposés, consiste à prétendre brièvement qu’elles n’en sont pas, mais sont « juste quelques banalités qui ne sont ni de droite, ni de gauche, mais (parfois, peut-être) de bon sens ». Cette prétention à l’évidence sur des sujets fortement débattus a pour principal effet de les soustraire, précisément, à la discussion ; en en appelant à un bon sens que personne ne prend la peine d’argumenter, l'auteur fait passer des thèses pour des faits, voire des lois ; il empêche tout étonnement ou questionnement à leur sujet. Cette approche abstraite de la pensée, qui tient pour acquis que diffuser des idées n’est pas agir, réactive le mythe bien utile de l’apolitisme, qui dispense toute personne faisant circuler des idées d’avoir à en répondre. Déni de responsabilité qui (plutôt que le fait de s’opposer pour exister) pourrait servir à caractériser (plutôt que l’ « adolescen[c]e »[4]) l’immaturité.

     L’insulte (« feignasses » qui s’abstiennent, « sale con » qui le boycotterait) permet également d’éviter la démonstration, en livrant un jugement à l’état pur. C’est là une méthode caractéristique de la droite décomplexée : substituer à la conviction par l’argumentation l’admiration pour l’audace supposée qu’il y aurait à prendre publiquement des positions outrancières, à répandre des préjugés aberrants, à faire des simplifications (dites politiquement incorrectes). Ici aussi, l’auteur se dispense de fonder, revendiquer ou simplement prendre au sérieux les opinions soutenues ; de toutes façons, il en soutiendra d’autres, la prochaine fois, selon l’opportunité. Le contenu de sa pensée s’évaluerait ainsi à la diversité historique de prises de position toujours au présent, dont il faudrait sans cesse réactualiser la contradictoire synthèse[5].

     On retrouve aussi, dans cet appel au bon sens, un des réflexes de la pensée toute faite contre laquelle, historiquement, la philosophie s’est construite. Venant de quelqu’un qui prétend ouvrir le « débat », qui plus est dans une émission qui porte le nom de « philosophie », c’est incompréhensible. Peut-être faut-il, pour comprendre, s’interroger sur la nature du « débat » proposé, dont il est notamment dit qu’il s’oppose au « combat » : nier la dimension problématique des positions politiques va ainsi de pair avec une mise en scène du consensus, dans une vision artificiellement pacifiée du monde social, qui ne connaitrait ni tensions ni injustices, et ne tolèrerait ni dénonciation, ni contestation, seulement des dépôts de plainte plus ou moins légitimes[6]. On se demande bien ce qu'il demeure possible de faire lorsque, précisément, c'est la loi ou ses applications qui sont contestées - lorsque c'est de questions politiques qu'il s'agit de discuter.

     Déconstruire les fausses alternatives, en montrant quel présupposé commun se cache sous d’apparentes contradictions (plutôt que de chercher à « accompagner » tout « exemple » de son « antipode », comme dit le faire M. Enthoven) est une de ces compétences que permet de développer la pratique de la philosophie. Elle peut être mise à contribution ici, ainsi que pour dépasser deux autres faux dilemnes.

 

     Ce qui est fait à la philosophie

     Devant l’insistance de M. Enthoven à ne pas se dire philosophe, mais professeur de philosophie, ou devant les accusations d’immodestie suscitées en commentaires par le fait que je signe ma lettre en philosophe, on peut se demander : comment se fait-il que se dire philosophe conduise à être raillé, et que dire de quelqu’un qu’il se revendique tel soit reçu comme une insulte ? Être philosophe ne garantit en aucun cas que l’on sache enseigner la philosophie, mais on ne peut prétendre enseigner la philosophie sans être soi-même philosophe. Prétendre transmettre une discipline dont on ne sait dire quand elle est à l’œuvre, chez soi ou chez d’autres, ne relève pas de l’enseignement mais de l’endoctrinement et/ou du divertissement. Il n’y a ni honte, ni fierté à être philosophe ; ni honte, ni fierté à ne pas l’être ; les problèmes commencent plutôt quand l’ambiguïté entre les deux est systématiquement entretenue.

     Certes, au quotidien, il peut être délicat de se dire philosophe, et plus facile de dire que l’on enseigne ou étudie la philosophie, ou encore que l’on fait de la recherche. Mais en quoi est-ce différent ? Malgré les divergences méthodologiques qui parcourent leur champ, géographes, économistes, chimistes ou agronomes semblent avoir moins de mal à faire du nom de leur discipline le nom de leur métier, qui consiste à enseigner et/ou faire de la recherche, à partir de savoir-faire enseignés par d’autres et dans le but de produire soi-même des analyses utiles, objets de discussion, validation et transmission. Par contre, lorsqu’on se dit philosophe, on serait en proie au ridicule ou au narcissisme ; en général, on est plutôt en proie à la crainte de paraître ridicule ou narcissique. On redoute de recevoir en réaction des moqueries ou une admiration de principe, élitiste et injustifiée. Pourquoi ? Au nom de quoi la philosophie jouirait-elle d’un statut à part ? A mon sens, elle pâtit de cette marginalisation : si l’on refuse d’admettre que la philosophie est un métier, un ensemble de savoir-faire qu’il n’est pas mystérieux d’acquérir, mais responsabilisant d’appliquer, on en fait soit une solennelle obscurité, soit une vaste blague.

     Or maintenir l’ambiguïté entre les deux est un effet majeur des méthodes de M. Enthoven, qui d’une part récupère le nom ou les outils des philosophes pour s’exprimer dans des espaces médiatiques où il est présenté comme tel[7] (ou qui sont titrés « Philosophie ») ; mais qui, d’autre part, range dans la catégorie « insulte » le fait que l’on dise de lui qu’il s’attribue ce nom, pour prétendre ensuite à celui de professeur de philosophie. Obscurité de plus, cette ambiguïté construit un dilemme tragique pour la profession : s’identifier à des absurdités, ou succomber à une crise d’orgueil. Ainsi, il devient impossible de se revendiquer de son métier, et donc en un sens aussi, de l’exercer pleinement ; car, devant ce dilemme, on préfère souvent s’abstenir, pour se préserver. Dès lors, on n’ose assumer simplement ses compétences, y compris lorsqu’on estime qu’elles sont en jeu, publiquement dévoyées. On laisse la place, et on s’aliène sa propre discipline, qui se fossilise dans l’aura douteuse d’un mystérieux privilège. En quoi ce discours paradoxal a pour effet majeur de museler les esprits critiques qui ont élu la philosophie comme leur méthode de recherche.

 

     Ce qui est fait au débat public

     Dans les divers commentaires de ma démarche que j’ai pu lire sur Mediapart, Twitter ou Facebook, ont souvent été mises en jeu des notions telles que l’honneur, la notoriété ou le courage, beaucoup trouvant ma défection lâche, d'autres ma publication courageause ; beaucoup pensant que je voulais « faire le buzz pour [me] lancer médiatiquement », d’autres que je commettais un « suicide médiatique ». Dans ces oppositions, la notoriété et la solitude sont des variables aléatoires : on est parfois d’autant plus courageuse qu’on est « inconnue », « sans notoriété », d’un « profond anonymat » et qu’on agit seule ; parfois, tout cela est perçu comme une tare et un surcroît de lâcheté, d’autant plus lorsqu’on s’exprime par le biais d’un média écrit, « à distance », c’est à dire en engageant son nom mais pas son image.

     Ainsi, courage, image, honneur et notoriété sont les objets que travaillent, si on y vient, les plateaux de télévision ; si on n’y vient pas, les réseaux sociaux. Or, utiliser ces médias requiert des techniques ; si certain.e.s ont élu la maîtrise de ces techniques pour profession, il est préoccupant de constater que d’autres soient sommé.e.s de les accepter comme règles du jeu, et y soient même contraint.e.s, leur refus étant traité de la même manière que leur consentement. Le présupposé sur lequel repose cette contrainte par anticipation est que le refus public d’une invitation jugée fallacieuse ne peut pas être motivé par des raisons dignes d’être publiées ; il résulte forcément de l’individualisme, d’un redoublement d’« arrivis[m]e » ou d’un « égo démesuré ». Ainsi, on aurait soit à dire oui en public, soit à dire non en privé, sous peine de recevoir la sanction d’un autre type de traitement médiatique : une avalanche d’interpellations écrites, en général anonymes, dont on ne saurait dire si elles attendre réponse ou discussion, et où les registres du constat, du jugement et de la menace sont assez difficiles à distinguer.

     Je comprends alors les témoignages de collègues que j’ai reçus, me faisant part de leur réticence à accepter des invitations à parler à la télévision ou la radio, et surtout à expliquer publiquement cette réticence, pour ne pas manquer de politesse, ne pas être soi-même l’objet d’impolitesses, ne pas risquer de faire de la publicité à ce que l’on condamne, ne pas devenir l’objet d’un discours que l’on combat. Certain.e.s se sont inquiété.e.s de la pression éventuelle que j’aurais pu ressentir face aux insultes[8] et aux menaces[9]. Je remercie à nouveau ces personnes pour leur solidarité, et m’interroge sur ces effets potentiels. « Non » est-il un mot privé ? Faut-il accepter d’avoir à choisir entre « buzz » et « shitstorm » ? Entre le supposé désir de l’un, et la crainte anticipée de l’autre ?

     Admettre  cela, c’est croire qu’il n’y a, entre sciences et société, et plus généralement entre discours et espace public, pour seule interface que les médias dominants. C’est nier le fait que les sciences, comme les médias, sont aussi des champs sociaux, plutôt restreints ; c’est ignorer superbement tout le travail de partage et de discussion des savoirs réalisé, en permanence et sans vitrine, par l’éducation scolaire ou populaire, par l’action sociale et culturelle, par le travail associatif, par la recherche-action, à travers toutes sortes d’interventions et d’évènements dans l’espace public. Un travail non marchand, souvent indépendant, pas toujours formel, dont les publications et la communication sont souvent autogérées. Quand, comme je l’ai lu en commentaires, la dénégation de cette réalité se fait au nom de la « vulgarisation », contre les « snob[s] » qui, comme moi, ne vont pas dans cet espace supposé ouvert qu’est une émission de télévision sur une chaîne nationale, il convient de rappeler que tout ce qui est diffusé sur un média dominant n’en devient pas pour autant accessible. Il convient aussi de appeler que ce qui se fait en dehors de ce microcosme existe, quoi qu’en disent les personnes qui, comme M. Enthoven, défendent ce microcosme, et croient pouvoir décider qui « [a] lieu » ou pas, soumises qu’elles sont à l’illusion de pouvoir que produit l’enfermement dans une seule scène sociale.

     Certes, toute expression implique une forme de médiatisation, ne serait-ce que celle de la langue ; à ce titre, toute pensée aussi. Or faire ce constat enagge plutôt à redoubler de vigilance quant aux biais possiblement introduits par les diverses formes de médiatisation du discours, et quant à la contrainte exercée par l’injonction à accepter ces formes. Mettre en scène et diffuser les enregistrements de prétendus débats, où toutes les positions se valent et se réclament du « bon sens » ; penser et publier au rythme du fil d’actualité, quitte à passer sans réflexion d'un antipode à l'autre ; sommer à l’acceptation de ces dispositifs ou au silence ; c’est neutraliser les idées en exposant les personnes, par le biais de leur image ou leur émotion du moment. Les commentaires qui s’étonnent du fait que j’ai découvert récemment le travail de M. Enthoven, et en ont conclut que j’agissais sur « préjugés », pourraient davantage prêter attention à cette distinction : on ne juge pas des idées et méthodes d’un.e auteur.e à son nom, ses photographies ou aux anecdotes qui circulent sur sa généalogie, mais aux productions publiées. Les continuelles sommations à la rencontre (de la personne) pour changer d’avis (sur ses idées et méthodes) reconduisent la confusion entre ces deux niveaux. Il s’agit plutôt d’invitations à venir se forger de nouveaux préjugés, plus acceptables, dans le contexte éphémère d’une mise en scène en petit comité. Si je doute que ce genre de conditionnement abolisse toute « distance », il me semble qu’il nuit grandement au recul critique.

     Cette sommation à la rencontre, à l’image et à la réaction instantanée, si elle n’est pas critiquée comme fausse alternative entre neutralisation et intimidation, réduit au silence ; à l’enfermement dans un refus solitaire, taisant ses raisons, comme seule alternative digne à l’infini des interpellations, justifications et contre-justifications. Cette contrainte par anticipation à la privatisation d’idées que l’on juge dignes d’être publiées est aussi une forme de musèlement, qui touche aux conditions mêmes d’exercice de la parole, les détruit, et c’est insupportable.

     Pour cette raison aussi, il ne faut pas, au constat qu’en effet, certains « lieu[x] » (espaces) ne permettent pas de développer sa parole comme on l’entend, se résoudre à n’ « a[voir] pas lieu » (ne pas être[10]), ne pas prendre cette parole. Il faut lever les ambiguïtés, et créer les lieux.

 

[1] https://blogs.mediapart.fr/raphael-enthoven/blog/010618/jeanne-guien-n-aura-pas-lieu

[2] https://blogs.mediapart.fr/jeanne-guien/blog/010618/je-nirai-pas-chez-enthoven

[3] Cela peut également servir de raccourci historique, en téléscopant une allusion à un texte de l’Antiquité et des généralités sur le « régime » dans lequel « nous » vivrions aujourd’hui, comme dans cette vidéo promotionnelle Europe 1-Le Point du 06/06/18 : https://www.dailymotion.com/video/x6l7qk8

[4] Selon M. Enthoven, sa réponse à ma lettre dans Mediapart relève de la « polémique avec une adolescente », qu’il définit ensuite comme « diposition de caractère qui fait croire qu’on existe en s’opposant ». https://twitter.com/NouveauCenacle/status/1002702458475483137

[5] Travail que propose, par exemple, l’article Jeanne Guien et Raphaël Enthoven : on n’est pas sorti de la caverne…, par Marilyn Maeso, à l’appui d’extraits de la revue de presse et de la bibliographie de M. Enthoven, ou des siennes. Travail de Sisyphe, en effet, qui entretient la confusion entre scepticisme méthodologique (le doute comme origine de tout questionnement) et relativisme (le doute comme conclusion de tout questionnement), comme on peut le constater dans l’article de Florence Hinckel, Twitter n’est qu’une caverne. Il est à craindre que l’émission tournée le 1er juin ne finisse par prendre place, à son tour, dans ce genre de liste, dès lors qu’il y aura besoin de faire contrepoint, par exemple, à quelques chroniques climatosceptiques futures.

https://blogs.mediapart.fr/marylin-maeso/blog/050618/jeanne-guien-et-raphael-enthoven-nest-pas-sorti-de-la-caverne

https://florencehinckel.com/twitter-nest-quune-caverne/

[6] Cf. la distinction entre « plaignants » et « plaintifs » proposée par la vidéo citée en note 3.

[7] Stéphane Clerjaud-Bodocs le signale dans son article Nourrir l’hybride : à propos du refus de Jeanne Guien. Plusieurs internautes ont signalé que c’était le cas dans des interviews de Léa Salamé.

https://blogs.mediapart.fr/stephane-clerjaud-bodocs/blog/030618/nourrir-l-hybride-propos-du-refus-de-jeanne-guien

[8] Notamment les insultes à présupposés discriminatoires telles que, en l’occurrence, le sexisme et l’âgisme. Parmi les adjectifs et substantifs utilisés pour me désigner, on trouve ainsi sur Twitter et Mediapart « donzelle », « garce » ou « bonne femme » ; a été créé, dans un courriel, le néologisme « hystérosophique » ; on déplore aussi beaucoup le fait que je n’ai pas été « élégante », tandis que M. Enthoven serait « classe », « une sorte d’artiste ». Encore plus caractéristiques sont les remarques telles que (sur Facebook) « une de perdue 10 de retrouvées » ;  « Je pense qu’elle est amoureuse de vous, Raphaël. » ; « sans aucun doute mal b… [smiley] ». On observe ici, comme souvent, une volonté de réduire les femmes à leur corps, via des allusions à leur sexualité ou sentimentalité supposées, et le dénigrement imprécis de causes féministes mal connues (sur Facebook : « encore une que nous allons retrouver dans qq réunions non mixte ») (sic). Beaucoup de commentaires font en outre référence à mon âge supposé : M. Enthoven me dit « adolescente », d’autres me disent « petite » ou « jeune », car je me suis présentée comme étudiante en doctorat. Ainsi, ma classe d’âge, considérée comme un élément pertinent du débat, est déduite du fait que je fasse des études, ou encore que je n’ai pas de « notoriété ». Des commentaires tels que « ça promet pour l’avenir », « il faudrait déjà commencer par terminer sa thèse de philo... »  ou « la radicalité est liée à la jeunesse » présupposent que les compétences critiques sont réservées aux personnes âgées (quel âge ?) et diplômées, déjà intégrées à une imprécise scène sociale leur garantissant une « notoriété ». La dépolitisation et la disqualification du discours se fondent donc sur des préjugés sociaux concernant le genre et la classe d’âge, le niveau d’études, les diplômes possédés ou le degré d’inclusion dans certains réseaux d’interconnaissance. Comme cité en note 4, selon M. Enthoven, « adolescente » n’est pas « une question d’âge » et désigne une « disposition de caractère ». Dans ce cas, pourquoi utiliser un mot désignant une classe d’âge (et précisant un genre) pour qualifier cette disposition ?

[9] Un des exemples où cette menace est la moins implicite est ainsi un appel - sur Facebook - à des décisions législatives en vue de sanctions pénales : « pour que la société aille mieux, le manque de respect devrait être condamné à 2 ans d’emprisonnement et 15.000€ d’amende ».

[10] Ou encore, possiblement, n’être rien. Un sens qui éclairerait l’importante attention portée au problème de la carrière dans toute cette discussion : pour faire de la philosophie aujourd’hui dans la start-up nation, il faudrait chercher à tout prix à être quelqu’un.e ou quelque chose, « a[voir] lieu », faire évènement là où il est dit que c’est honorant.

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