Vieillissement de la population, du déni à la maltraitance

La question de la prise en charge des personnes âgées ne perce le mur médiatique ou politique qu’à l’occasion de scandales ou de catastrophes, canicule de 2003, institutions maltraitantes, mouvements de protestations de personnels et de familles… Pourtant, l’avancée en âge n’est pas synonyme de handicap ou de désinsertion sociale, il serait faux, absurde, voire inhumain de ne traiter cette question.

Trois phénomènes majeurs sont intervenus quant à l’émergence de la problématique actuelle, la progression de l’espérance de vie (en bonne santé ou non), l’éclatement (géographique ou sociologique) de la cellule familiale et le facteur économique. Sur ce troisième point la paupérisation grandissante d’une majeure partie de la population avec l’effet dit de « coupe à champagne » de la répartition des richesses : un socle de population grandissant en dessous du seuil de pauvreté ou à faibles revenus, une classe moyenne de plus en plus réduite et la concentration des richesses de plus en plus élevées dans une frange de population réduite.

Pour ne pas avoir anticipé, voire nié (déni ?) ces effets, les politiques sont aujourd’hui confrontés à une crise majeure. Pourtant les réponses à cette crise sont avant tout politiques et être pérennes pour être efficace. Cela passe par une politique d’organisation territoriale et une redistribution des richesses, produites ou de transmissions de rente ou de biens, en termes d’action publique.

La prévention 

Si la prévention par définition prend sa place à tout âge, nous considèrerons pour envisager les politiques spécifiques au vieillissement de la population celles à mettre en œuvre  dès l’âge de la retraite.

Le tissu associatif  https://www.insee.fr/fr/statistiques/1908144

La retraite n’est pas la cessation de toute activité sociale (associative, politique, sportive, artistique, ludique ou artisanale…). La France peut se targuer d’être un des pays au monde à avoir un tissu associatif des plus développés. Il représente des lieux où une personne qui n’a plus besoin de travailler pour gagner sa vie trouve un débouché d’activité sociale, maintien un lien social et de stimulation intellectuelle. C’est aussi une richesse en matière de transmission générationnelle.

Nombre de ces associations sont donc animées par des personnes dont le temps est libéré par l’accès à la retraite. Ce tissu risque de s’affaiblir aujourd’hui, baisse des capacités financières des collectivités locales à les soutenir, diminution des fonds qui leurs sont dédiés, privatisation ou commercialisation d’activités… C’est un risque pour les centres culturels, les foyers ruraux, les clubs…

Pour être complet sur ce sujet on peut se poser la question de la diminution drastique des café-bars, près de 20% en dix ans. https://fr.statista.com/statistiques/622253/cafe-bar-nombre-etablissements-france/ En effet, ces lieux de convivialité et de rencontre participent aussi de la dynamique de maintien du lien social.

 

Une réflexion est donc à mener sur la dynamique sociale des espaces de rencontre intergénérationnels qu’ils représentaient et un effort particulier est à mener à l’inverse de la politique qui se dessine aujourd’hui avec la diminution des moyens des collectivités locales, la disparition de la réserve parlementaire. Soit en créant de nouveaux espaces et les financements ad hoc, soit en revitalisant le tissu associatif en réinterrogeant les obstacles ou les évolutions (régressions ?) qui les menacent.

Toutes les recherches démontrent que les stimulations, intellectuelles ou physiques, à travers des activités multiples sont les meilleurs outils de prévention des dégénérescences physiques et mentales. 

La mise en œuvre de réseaux, de moyens  pour favoriser le maintien à domicile

Le maintien à domicile ne doit pas être un dogme aveugle comme celui de la chirurgie ambulatoire ou autre télémédecine… il doit être interrogé. Cela ne sert à rien de vouloir maintenir à domicile une personne dans un logement insalubre, dans une situation d’isolement, d’environnement pathogène, …

Mais reste que dans la majorité des cas les personnes ont des relations d’amitiés, de voisinage, des habitudes et une maîtrise de leur environnement dont la rupture pourrait être préjudiciable. C’est en quelque sorte du sur-mesure qui doit être mis en œuvre avec une politique du logement et de transports qui favorisent ce maintien dans de bonnes conditions.

Quand l’avancé en âge s’accompagne de perte d’autonomie, beaucoup d’entre elles peuvent être compensées par une aide à domicile. Que ce soit pour le ménage, les repas, un aménagement du logement, la mobilité extérieure… les solutions existent et sont connues. Elles sont porteuses d’emplois mais trop souvent hors de portée économique de la personne ou des familles. Elles sont fonction de leur classement dépendance sur la grille AGGIR.1

Ce système de classement est trop rigide, doit être plus facilement évolutif, revalorisé et ne plus dépendre pour le montant de l’APA (Allocation Personne Agée) du seul financement et de la variabilité des taux des Conseils départementaux.

Pour beaucoup des personnes concernées, rester dans un environnement familier, porteur d’histoires, est une condition de maintien de repères qui préviennent d’un décrochage précoce qui vient aggraver la perte d’autonomie initiale en rajoutant de la désorientation aux problèmes ainsi qu’une perte des initiatives qui concourent au maintien d’une activité intellectuelle inhérente à la vie quotidienne, en lien avec le chapitre prévention.

Il est donc nécessaire de développer un réseau d’organisation de l’aide à domicile, accessible à toutes et tous financièrement. Plus souple que les grilles d’autonomies actuellement à l’œuvre, adaptable et contrairement au système de l’Allocation Personne Agées actuelle où la personne ne soit pas « l’employeur/euse » mais l’usager-es d’un service public.  De même que les personnels de l’aide à domicile bénéficient de formations adaptées polyvalentes et d’un statut. Or aujourd’hui ces personnels font partis des emplois les plus précaires, les moins reconnus avec des conditions de travail très difficiles et une convention collective de bas niveau. L’irruption d’entreprises privées lucratives dans ce domaine vient en aggraver les conditions. Les bénéfices qui en sont tirés le sont au détriment des conditions de travail des personnels et/ou de la prestation fournie.

Des solutions intermédiaires à l’orientation en EHPAD.

En complément du réseau de soin à domicile, le système actuel manque de souplesse. Il est nécessaire d’imaginer des structures de proximité, qu’elles soient adossées aux EHPAD ou à d’autres structures municipales, d’accueil à temps partiel, de restauration, d’accueil de jour. L’imagination peut être vaste en la matière, pourquoi ne pas imaginer des cantines, scolaires, municipales ou autres, qui accueillent aussi des personnes retraitées qui, bien que ne pouvant pas assurer leur autonomie alimentaire, jouissent de toutes leurs facultés mentale et dont l’apport pourrait être bénéfique dans une dynamique intergénérationnelle d’échange. Ce n’est qu’un exemple. D’autres expériences ont été menées en milieu rural autour de potagers partagés où les enfants des écoles bénéficiaient de l’expérience et des savoirs de leurs aînés-es à travers une activité commune. Cela vaut aussi pour d’autres formes d’activités, sorties, séjours, ateliers…

EHPAD (établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes)

Là encore le vocable dépendant est à sociologie variable. La dépendance n’est pas un absolu, une personne n’est pas forcément dépendante pour tous les actes de la vie quotidienne et certaines dépendances se compensent, se rééduquent ou se soignent.

Séjourner en EHPAD ne doit pas signifier être coupé de son environnement de vie, séjourner en EHPAD ne veut pas dire subir un traitement standardisé.

Le financement d’un séjour.

Le tarif hébergement pour les prestations d’administration générale, d’hôtellerie, de restauration, d’entretien et d’animation. Il est identique pour tous les résidents.

Le tarif dépendance recouvre l’intégralité des prestations d’aide et de surveillance nécessaires à l’accomplissement des actes de la vie courante. Il est évalué par un médecin,
en fonction du niveau de dépendance du résident (GIR 1 à 6), l’établissement facturera le tarif dépendant correspondant. Les personnes âgées en GIR 5/6 règlent intégralement le tarif dépendance sans possibilité d’aide. Pour les autres personnes (GIR 1 à 4), l’APA peut être octroyée sous certaines conditions, et diminuer ainsi le reste à charge pour le résident.

Le tarif soins pour les dépenses de fonctionnement de l’établissement relatives aux charges du personnel. Il est directement versé à l’établissement par l’Assurance maladie, le résident n’a donc rien à payer.

Si le tarif soin est pris en charge par la sécu, le/la résident-e de l’EHPAD est à charge d’une partie des deux autres tarifs. Le commun des personnes hébergées peut bénéficier pour partie de l’APA (Allocation Personnes Agées), de réductions d’impôts et en fonction de leur classement dépendance sur la grille AGGIR.1

En moyenne la résidence en EHPAD coûtera « Selon une enquête de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et de la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), qui a étudié les tarifs de 50 EHPAD volontaires représentatifs, le coût total d'une place d'hébergement permanent est estimé à 34 707 euros par an, soit 2 892 euros mensuels en 2012.3 avr. 2014 ».

Il est facile de constater, sachant que le montant moyen de la retraite en France tourne autour de 1300€, que le reste à charge pour les familles est important sauf à avoir un score GIR1 à 1. A savoir, être en perte d’autonomie physique et psychique totale.

Malgré les tarifs élevés pour les résidents, sauf participation des Comités d’Entreprises pour certaines EHPAD financées en partie par ces CE, le financement est loin de permettre une prestation de qualité. La liste est longue d’établissements où des mouvements sociaux, regroupant aujourd’hui personnels et usagers (et leurs familles) dénoncent les conditions de travail et d’hébergement.

A l’heure où tout est comptabilisé, le temps d’une douche, d’un soin, l’usage de couches, le change de draps… sont rationnés. Les personnels sont pressurées, familles et résidents subissent souvent sans se plaindre de peur de perdre leur place et même les associations de directeurs (AD-PA) qui ne peuvent pas être taxés de gauchisme primaire tirent la sonnette d’alarme et communiquent sur le dysfonctionnement de ce secteur. L’expression de maltraitance institutionnelle devient prédominante dans l’ensemble des discours.

121 jours de grève dans une maison de retraite du jura , mouvement social dans le groupe Korian pendant tout l’été.  

Recruter du personnel formé, rémunéré en fonction, en nombre suffisant est une urgence pour ces établissements. Avoir le temps pour une prise en charge permettant une approche individuelle des besoins de chacun, pour adapter ces prises en charge et en faire un soin ou un accompagnement respectueux des personnes concernées est une urgence.

Une politique territoriale de structures de proximité complétée d’une politique de recrutement et de formation est donc nécessaire. Le mode de financement doit être repensé de façon à ne pas être un obstacle ou source d’inégalités dans l’accueil des personnes et en finir avec une situation honteuse pour une société dite évoluée. 

Conclusion provisoire.

Répondre aux besoins sociaux en matière de vieillissement de la population ne se limite donc pas à la seule question des EHPAD. C’est l’organisation même de notre société qui doit être repensé. Le premier objectif étant de ne pas considérer la vieillesse comme synonyme de dépendance et de permettre d’aborder cette période de la vie comme source de richesse sociale et culturelle. De favoriser dans tous les domaines l’insertion sociale et le maintien de l’autonomie.

Donner les moyens aux services publics territoriaux de proximité d’organiser la réponse à ces enjeux, dynamique sociale d’intégration, d’aide ou de soin à domicile. Favoriser la création de structures et de projets intermédiaires, toujours dans le souci de la proximité. Et enfin, quand aucune autre solution n’est envisageable en fonction des besoins ou du désir des personnes mettre des moyens en regard de la satisfaction des besoins.

 

1Les critères de la grille AGGIR

Dix-sept critères sont pris en compte dans le calcul de l’indicateur AGGIR.

Les variables discriminantes

Il y en a tout d’abord dix variables discriminantes qui reposent sur les activités corporelles et mentales et qui fixent la position dans la grille. Est déterminé la capacité de la personne à :

  • Faire sa toilette
  • Entretenir une hygiène de l’élimination urinaire et fécale
  • S’habiller et se déshabiller
  • Se faire la cuisine, se servir et manger
  • Se lever, se coucher et s’asseoir ainsi que passer de l’une à l’autre position.
  • Se repérer dans le temps et l’espace
  • Se déplacer au sein du lieu de résidence
  • Sortir du lieu de résidence
  • Communiquer, agir et se comporter de manière logique
  • Utiliser un moyen de communication à distance (sonnette, alarme, téléphone, etc.)

Les variables illustratrices

Enfin, il y a les variables illustratrices qui portent sur les activités domestiques et sociales et servent seulement à nuancer le résultat de l’estimation. Est évalué l’autonomie de la personne pour :

  • Préparer ses repas et les conditionner de façon à ce qu’ils soient consommables.
  • Faire le ménage courant
  • Respecter une ordonnance médicale et gérer son traitement
  • Acheter des biens de manière volontaire
  • Effectuer des activités ludiques seul ou en groupe
  • Se déplacer avec un moyen de transport collectif ou individuel.
  • Administrer ses affaires, connaître la valeur de l’argent, l’utiliser et réaliser des démarches administratives.

Les activités effectuées sont évaluées suivant trois modalités. La personne âgée :

  • A : Fait seule, correctement, habituellement, de manière autonome et spontanément.
  • B : Fait partiellement, non correctement, non habituellement et non spontanément.
  • C : Ne fait pas.

L’évaluation du degré de perte d’autonomie de la grille AGGIR  fournie dans le dépôt du dossier de demande  l’APA, doit être actualisée et correctement complétée. 

Les groupes iso-ressources (GIR)

Selon l’évaluation, la personne âgée est alors positionnée dans le GIR (Groupe Iso-Ressources). Nous distinguons 6 GIR dont voici les caractéristiques :                   

Seules les personnes ayant un GIR de 1 à 4 sont éligibles à l’APA. Quant aux GIR 5 ou 6, ils ouvrent droit à une aide-ménagère.

GIR 1     •             Personne dont les fonctions physiques et mentales sont altérées, confinées au lit ou en fauteuil et qui a besoin d’une aide constante et continue.

  • Personne en fin de vie.

GIR 2     •             Personne confinée au lit ou en fauteuil, dont les capacités mentales ne sont pas totalement endommagées mais qui exige une assistance pour la plupart des gestes quotidiens.

  • Personne dont les capacités physiques ne sont pas complètement altérées mais dont l’état mental nécessite une surveillance continue.

GIR 3     •             Personne autonome mentalement et partiellement sur le plan physique mais qui nécessite d’une aide quotidienne et plusieurs fois par jour pour les soins corporels.

GIR 4     •             Personne pouvant se déplacer à l’intérieur de son domicile mais qui ne peut pas assumer ses sorties et qui a besoin d’une assistance pour l’habillage et la toilette.

  • Personne possédant une autonomie locomotrice mais qui requiert de l’aide pour les repas et les soins corporels.

GIR 5     •             Personne nécessitant d’une aide ponctuelle pour les activités quotidiennes (toilette, repas) ainsi que pour le ménage.

GIR 6     •             Personne autonome pour les gestes essentiels de la vie courante.

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