La transhumance politique au Congo à l'approche de l'élection présidentielle...

La politique est une question de conviction, du don de soi au service du peuple afin d’améliorer son quotidien. Au Congo-Brazzaville les dirigeants ne se rappellent au peuple que lors des échéances électorales avec des slogans de compagne farfelus.

La transhumance politique au Congo-Brazzaville à l'approche de l'élection présidentielle du 21 mars 2021.  

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Le 05 mars 2021, début de la compagne présidentielle était la journée la plus palpitante pour les politiques au Congo-Brazzaville. Il faut se positionner pour se refaire la cerise sur le dos du peuple congolais.       

Nos partenaires d’hier ont changé leur fusil d’épaule. Certaines alliances sont contre-nature car sans projet politique cohérent et mal perçu par le peuple congolais qui n’en connait ni les tenants et ni les aboutissements. C’est le mariage de la carpe et du lapin.       

La politique est une question de conviction, du don de soi au service du peuple afin d’améliorer son quotidien. Au Congo-Brazzaville les dirigeants ne se rappellent au peuple que lors des échéances électorales avec des slogans de compagne farfelus.       

Certains politiques et musiciens jettent leur dévolu sur celui qu’ils avaient combattu il y a 5 ans. Il est vrai que l’eau a coulé sous les ponts. Le cas de madame Gilda Rosemonde Moutsara Gambou qui rejoint le camp de monsieur Sassou Nguesso est frappant et saisissant. Lors d’une émission télévisée, nous avons découvert une femme avec le verbe facile qui se battait pour l’alternance politique au Congo-Brazzaville afin d’inscrire le Congo-Brazzaville au rang des pays civilisés. Mais qu’est-ce qui a vraiment changé pendant les 5 ans de mandat de monsieur Sassou Nguesso pour aller se livrer à ce dernier ? L’alternance n’a pas eu lieu, certains de nos compagnons de lutte sont en prison, le pays va mal et le peuple congolais est toujours aussi démuni. À moins d’être aveugle, sourd ou muet, c’est bien monsieur Sassou Nguesso qui est à l’origine de tous les maux que connaissent le Congo-Brazzaville. Quel gâchis !       

En somme au Congo-Brazzaville, la politique ne consiste pas à améliorer le quotidien de nos concitoyens. Mais comme l’a montré ces dernières décennies, elle sert à dilapider les deniers publics. La cupidité de ces Hommes qui comme des moutons de Panurge les poussent à suivre aveuglément l’exemple des uns et des autres à savoir voler. Mais l’important est de suivre celui qui détient la clé du coffre-fort en l’occurrence monsieur Sassou Nguesso. Tout homme ou toute femme a un prix en politique. Espérons que Gilda Rosemonde Moutsara Gambou a fait monter les enchères pour s’assurer une vie confortable. Elle a désacralisé la parole politique en jouant de malice. Nous pensions que c’était une femme de conviction, mais le temps nous a donné tort. On continue à apprendre pour ne plus donner de blanc-seing aux opportunistes.       

Au cours de la même émission télévisée, se trouvait Thierry Lézin Moungalla, autrefois collaborateur de monsieur André Milongo, qu’il a trahi à la vitesse de l’éclair au moment même où l’on mettait ce dernier sous terre, pour aller s’encanailler avec monsieur Sassou Nguesso son nouveau mentor. C’est le Usain Bolt de la trahison qui a vite rejoint le PCT (Parti congolais du travail). Un traître restera un traître quel que soit le camp dans lequel il se trouve. Il n’a pas de scrupule et il est dangereux. C’est inscrit dans leurs gènes.         

L’opposition congolaise de façade avale des couleuvres pour aller soutenir celui qu’on a critiqué hier, qui avec 37 années de pouvoir cumulées n’a même pas réussi à répondre aux exigences du FMI (Fonds monétaire international) pour la bonne gouvernance et la bonne gestion des biens publics. Un Empereur ne rend pas compte au FMI, ni à la Banque mondiale car il est détenteur de 14 milles milliards de francs CFA soit 28 milliards de dollars. Le Congo-Brazzaville est devenu pour eux le Club Med.       

Nous ne reconnaissons plus nos élites qui se délitent à la première tentation. La plupart n’assument plus leurs rôles de vigies de la république pour mieux édifier le peuple sur les différents aspects sociétaux auxquelles nous faisons face. Celles ou ceux qui veulent participer au buffet doivent avant tout faire allégeance et se soumettre à la volonté de l’Empereur.       

La politique au Congo-Brazzaville se résume à la corruption des élites qui laissent sur le bord de la route avec un certain mépris les plus démunis. Le rôle d’un État n’est-il pas de venir en aide aux plus faibles ? L’on a transformé le peuple congolais en mendiant. Des hommes et des femmes chantant « à la gloire » de ces dirigeants qui ont mis le pays sens dessus dessous, dans le but de recevoir de ces derniers un peu d’agent.       

Pour un pays qui fonctionne normalement, la politique se fait au quotidien pour le bien-être du peuple. Le rendez-vous de l’élection présidentielle est devenu un concours de beauté dans lequel l’on déploie son beau plumage tel un paon. C’est triste d’en arriver là. Nous connaissons les poids lourds de cette élection présidentielle, la balade des gens heureux, qui ne sont là qu’en tant que figurants pour pérenniser ce système mafieux qui gangrène notre pays.       

L’élection présidentielle se doit d’être un rendez-vous entre le candidat et le peuple. Pour tromper le peuple congolais monsieur Sassou Nguesso ne fait que retourner sa veste, mais l’on sait qu’il reste le grand fossoyeur de la république.    

Les Congolaises et les Congolais ont besoin d’intellectuels qui ne font pas partie du système, pour éclairer le peuple sur les méfaits du PCT, Parti-État, qui a pollué notre jeunesse devenue sans repère pour en faire des griots à sa solde. Un des barons du PCT qui a 850 millions de dollars dans son compte bancaire se plaît à dire qu’il a été béni par Dieu. Tu ne voleras point ne s’applique pas à lui. L’âge avançant, iI vient se reposer au bord de la Seine en France pour dilapider le fruit de son braquage du Trésor public congolais. Sait-il que c’est l’argent du peuple congolais qu’il a volé ? Sait-il qu’avec cet argent volé, il y a ses compatriotes qui meurent par manque de soins médicaux de qualité, d'eau potable et d'électricité en ce XXIème siècle ?       

Ce comportement néfaste empêche la jeune congolaise soucieuse d’un avenir meilleur dans son pays de n’être plus capable de réaliser ses rêves. Et même pour ceux qui espéraient un avenir meilleur en allant étudier à l‘étranger sont pris en otage avec les arriérés de bourses.   

    

Lorsque le Général Jean François Ndenguet, l’homme des sales besognes, dit qu’il faille sécuriser l’élection présidentielle, c’est un message subliminal qui nous fait comprendre que monsieur Sassou Nguesso en sera le vainqueur. C’est la raison pour laquelle les militaires iront voter en avance, une fraude à huis clos qui se prépare en bourrant les urnes dans ces casernes où la présence des civils est interdite. Ces militaires seront après leur vote, au service exclusif de monsieur Sassou Nguesso pour mieux mâter la population en cas de contestation des résultats. L’Empereur a le traumatisme de l’élection de 2016 au cours de laquelle les militaires avaient voté massivement pour le Général Jean-Marie Michel Mokoko tout comme la ville de Pointe-Noire, la ville des derniers Mohicans. Cela avait déplu à l’Empereur qui pensait avoir une côte d’amour au Zénith ; Ce fut 8%.        

Le PCT-Parti-Etat n’a pas de bilan de ces 5 dernières années mais un projet de société aux contours flous pour les 5 années venir avec des slogans bidons : « Ensemble poursuivons la marche. » Il faudra avoir des sacrées chaussures pour y arriver. Ils prônent la PAIX et l’unité nationale pour mieux coopter les femmes et les hommes sans colonne vertébrale.          

Devant cette mascarade le peuple congolais est en droit d’entendre les voix qui portent où les écrits de Charles Zacharie Bowao, de Marion Ehouango-Mandziba et de Claudine Munari Mabondzot qui s’est servie de la Fédération de l’opposition congolaise, une auberge espagnole, pour avoir une visibilité politique nationale et internationale. Pour le moment, nous n’avons aucun bilan de cette dernière pour sa Présidence. Pour paraphraser le prix Nobel de médecine 2008, Françoise Barré-Sinoussi, nous dirons : « Ne donnons pas de faux espoirs (aux congolaises et aux Congolais), c'est une question d'éthique en politique. »       

C’est les lendemains des défaites que se préparent les victoires. Messieurs Mathias Dzon l’économiste hors pair qui fut Ministre des Finances entre 1997 et 2002 sous la présidence de monsieur Sassou Nguesso, Paulin Makaya le solitaire, Guy Brice Parfait Kolélas le taiseux et madame Claudine Munari Mabondzot la dame de fer et les autres, se sont-ils réunis pour choisir le meilleur d’entre eux en formant un Front commun contre le pouvoir sanguinaire en place ? Non, car hélas au Congo-Brazzaville tout le monde veut être Président de quelque chose à défaut d’être atteint du Syndrome de Stockholm.       

En politique quand l’on a un objectif commun, il faut se parler. Plongée dans une léthargie, l’opposition congolaise officielle et radicale sort du coma profond. Ils veulent être Députés ou Sénateurs pour protéger leurs acquis. Le rôle d’une opposition c’est de prendre le pouvoir par la voie des urnes et de diriger en appliquant son programme. Le poste de Député ou de Sénateur de certains membres de l’opposition ne mettra pas fin à la gabegie qui sévit dans notre pays. On se prépare pour les élections législatives avec le même fichier qu’ils critiquent pour l’élection présidentielle. C’est fort de café !             

À défaut d’être à la hauteur de la situation, il faut laisser la place aux compatriotes engagés car le leadership ne dépend pas de l’âge ni des diplômes ni des fonctions ministérielles autrefois assumées. Devant ce silence des cathédrales notre combat politique n’aura servi à rien sinon pour certains de revenir dans les bonnes grâces de l’Empereur. Serge Blanchard Oba, neveu du président Denis Sassou-Nguesso, a déjà montré la voie en retournant dans la majorité présidentielle dans laquelle les affaires du pays se règlent en famille. Les rats quittent le navire, c’est le présage d’une tempête à venir.     

La vie politique congolaise est rythmée par la cupidité et la trahison. Monsieur Pascal Tsaty Mabiala, le caméléon de Loudima battra campagne aux élections législatives avec le même fichier électoral qu’il dénonce pour ne pas participer à l’élection présidentielle, permettant ainsi à monsieur Sassou Nguesso d’être élu comme un Empereur. En retour, le PCT donnera quelques sièges de députés au caméléon de Loudima pour lui permettre d’être encore le Chef de l’opposition nommé, fonction qui lui sied bien. Le deal est déjà scellé. La décence aurait voulu qu’en tant que leader de l’opposition officielle, qu’une consigne de vote soit donnée à l’endroit de Guy Brice Parfait Kolélas, son compère, qui était dans l’opposition officielle comme lui. C’est à n’y rien comprendre. Décidément il nous surprendra toujours le caméléon de Loudima.      

Au Congo-Brazzaville, l’union nationale se fait entre le pouvoir en place et certains hommes et femmes politiques déboussolés. L’élection présidentielle du 21 mars 2021 est déjà jouée, car selon des indiscrétions l'Empereur aurait dit : « Qu’il serait le premier Président à prêter sermon dans les nouvelles chambres parlementaires (Assemblée nationale, Sénat), don des Chinois. The game is over (le jeu est terrminé) comme disent les Anglo-Saxons.       

Depuis 60 ans ce sont les mêmes qui dirigent ce pays avec les résultats que nous connaissons. Au Congo-Brazzaville, faire de la politique c’est se servir d’abord et les miettes pour le peuple. Au PCT, Parti État, le slogan : « Tout pour le peuple rien que pour le peuple. » a pris des rides.      

Je me permets de faire une digression. Pendant que monsieur Sassou Nguesso fait son cirque avec son élection présidentielle du 21 mars 2021 sans respect des mesures barrières ni de distanciation physique en ce temps de pandémie de la COVID-19, un devoir de mémoire s’impose à nous en ce mois de mars chargé de symboles au Congo-Brazzaville. À la suite de la mort non élucidée du Président Marien Ngouabi, des Congolais furent assassinés par d’autres Congolais avec monsieur Sassou Nguesso comme Ministre de la Défense et monsieur Florent Tsiba comme Directeur de cabinet de ce dernier. Ce duo infernal continue à sévir au Congo-Brazzaville après une parenthèse de 5 ans (1992 à 1997). Ces assassinats faisaient suite aux décisions de la Cour révolutionnaire d’exception au procès Ngouabi, avec comme Président Charles Assemekang et Jacques Okoko comme Commissaire du gouvernement en charge de l’accusation : « Les autorités ont confié au même homme, le Commissaire du gouvernement Okoko, les fonctions difficilement conciliables de Magistrat instructeur et de Procureur général. Celui-ci aurait, de surcroît, participé, au cours de l'instruction, à des interrogatoires poussés » devenant de facto juge et partie.      

Ces exécutions de nos compatriotes étaient annoncées le matin avec un certain cynisme par le Capitaine Florent Tsiba devenu le Général du Petit matin et Directeur de cabinet de monsieur Sassou Nguesso devenu Président à vie de la République du Congo. Nous avons accepté collectivement que l’innommable se produise dans notre pays sans aucune indignation aucune. Ces Congolais froidement abattus en ce mois de mars 1977 et qui resteront à jamais graver dans nos mémoires collectives sont :  

  • Le Président Massamba-Débat,  
  • Le Cardinal Émile Biayenda,  
  • Ndoudi Nganga,  
  • Kinkouba Étiennne,  
  • Samba Dia Nkoumi Dominique,  
  • Kianguila Daniel,  
  • Mizelet Germain,  
  • Kanza Daniel,  
  • Kouba Grégoire,  
  • Konda Albert,  
  • Dianzenza Pierre,  
  • Sissoulou Simon. 

L’État congolais doit reconnaître ses erreurs et demander pardon aux familles éprouvées afin que ces dernières puissent commencer leur travail de deuil. Une réparation même symbolique s’impose. C’est l’histoire de notre pays que nous devons regarder en face même si elle n’est pas glorieuse. Il y a eu d’autres drames par la suite.   

L’homme politique n’est en rien le propriétaire des votes des Congolaises et des Congolais. Ces derniers devraient voter en leur âme et conscience pour savoir s’ils veulent prolonger leur calvaire ou y mettre fin le 21 mars 2021. C’est le vote utile que le peuple congolais devra faire selon sa conscience pour ne plus revivre l’ignominie de ces condamnations barbares qui nous déshonneurs jusqu’à ce jour. La vie humaine est sacrée. 

Pour les Congolaises et les Congolais qui ne voteront pas le 21 mars 2021, ils devront se souvenir des Congolais qui ont perdu la vie pour des ambitions démesurées de certains.  

Nous ne désespérons pas que le Congo-Brazzaville resplendisse de nouveau. La politique c’est d’être au service du peuple pour son épanouissement et son bien-être. Le peuple nous délègue ce pouvoir pour le servir et pour un temps défini par la Constitution.   

C’est François René de Chateaubriand qui disait : « Les événements font plus de traîtres que les opinions. »  

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA   

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