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Billet de blog 10 janv. 2022

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(Congo) Dans la dictature de Sassou Denis, la Constitution n’a aucune valeur

Tsaty-Mabiala et Jeremy Lissouba votent assis et en catimini la modification de la constitution. La révision constitutionnelle de l'article 15 de la constitution du 25 octobre 2015 a pour but de permettre à l'empereur de concentrer tous les pouvoirs militaires. Ainsi, la route sera libre pour son rejeton. C'est ce scénario qui se dessine sous nos yeux.

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Dans la dictature de Sassou Denis, la Constitution n’a aucune valeur

  • Tsaty-Mabiala et Jeremy Lissouba votent assis et en catimini la modification de la constitution

Annoncée à coup de trompette par Thierry Moungalla, le toutou au service du régime dictatorial de Brazzaville, la révision de la Constitution du 25 octobre 2015 en son article 157 fait monter dans les tours plus d'un congolais.

Si le courroux de certains compatriotes est compréhensible, force est de se rappeler que le dictatueur Sassou Denis a régné au lendemain de son coup d'Etat sanglant de 1997, sans Constitution jusqu'en 2002. L'homme qui renie en permanence sa parole balaie également d'un revers de
main les textes juridiques. La Constitution au pays de l'empereur-tueur n'est qu'un habillage, un paillasson sur lequel l'ogre de Mpila s'essuie les pieds.

Même taillée sur mesure, le dictatueur Sassou Denis met des coups de canif à sa propre Constitution. Ce tripatouillage nous fait penser à cette plaisanterie que nous racontait Grégoire Mavounia en premier année de droit constitutionnel.

“Un homme se rend dans un restaurant. D'après le menu qu'il étudie en détail, le choix qui s'offre à lui comprend du bœuf, de l'agneau et du porc. Alors qu'il commande du bœuf, le serveur l'informe que malheureusement ce plat n'est pas disponible. Passablement énervé, il demande qu'on lui serve n'importe quelle viande.

Le serveur lui apporte alors une mie de pain sec et de l'eau. L'homme, alors en proie à la colère proteste. Il est arrêté et jeté en prison. Il comprend alors que le menu qu'il tenait entre ses mains n'en était pas. Il s'agissait en réalité de la Constitution”.

Cette plaisanterie a le mérite de faire apparaître de façon pédagogique la distinction entre une constitution nominale-le droit sur le papier- et la mise en œuvre de ce droit-le droit en action-

Dans la dictature de Sassou Denis, la Constitution a pour objectif de mettre les ressources et les richesses du Congo à la disposition des siens au détriment de l'ensemble des congolais. Sa dictature utilise la Constitution en la mettant sous cloche et en la détournant de sa fonction première pour la mettre au service de ses aficionados. C'est pour cela que la dictature constitutionnelle est difficilement attaquable. Elle reste dans le cadre de la loi, mais en la détournant de son esprit pour n'en retenir que la lettre, ce qui rend vain ou hypothétique toute poursuite. Les lois existantes sont complétées, bidouillées ou remplacées par d'autres lois plus favorables aux intérêts de son clan. Nous y sommes !

La révision constitutionnelle de l'article 15 de la constitution du 25 octobre 2015 a pour but de permettre à l'empereur de concentrer tous les pouvoirs militaires. Ainsi, la route sera libre pour son rejeton. C'est ce scénario qui se dessine sous nos yeux.

La dictature de Sassou Denis s'appuie également sur ses médias (télé foufou et radio Mpila) qui ne laissent pas de place à un discours qui risquerait de remettre en cause la dictature constitutionnelle. Tout discours contraire est aussitôt taillé en pièces par l'ensemble de l'oligarchie.
En martelant en permanence le discours du PCT et les âneries de l'emmerdeur Sassou Denis, le Congolais finit par douter de ses propres pensées et n'ose et n'ose plus remettre en question le discours de la dictature constitutionnelle du régime illégal et illégitime de Brazzaville.

Les caisses publiques étant vides, cette révision constitutionnelle a pour but d'allumer un contre-feu face à la grogne sociale qui monte. Les employés de la mairie de Mossendjo cumulent 60 mois d'arriérés de salaires !

Dans un communiqué publié le 21 décembre, Jean Didier Mbélé, secrétaire général du syndicat des enseignants du supérieur (SYNESUP)
informe ses membres de la tenue de l'opération remise de sac de riz à Brazzaville, en raison de la situation salariale difficile des agents de
l'université Marien Ngouabi.

Sassou Denis peut mentir, raconter des contre-vérités à tout instant et en toute occasion, réviser à sa guise sa constitution, les congolais n'osent plus se rebeller, de peur d'avoir affaire à une justice brutale et injuste.

Dans un pays dans lequel tout est sens dessus-dessous, dans lequel aucune Règle n'existe et même si elle existe, elle est loin d'être respectée encore moins appliquée, à quoi bon s'émouvoir des caprices d'un dictatueur gaga ?

Incapable de respecter les 48 mesures imposées par le FMI, Sassou Denis n'en a cure de sa propre Constitution qu'il peut tourner comme une omelette au gré de ses caprices. Pourquoi se gêner, alors même que Placide Moudoudou, membre de sa cour constitutionnelle, prône le primat
de la coutume mbochie sur la constitution.

Ne perdons pas notre temps et notre énergie sur un épiphénomène. Notre combat est ailleurs. Notre objectif est clair : libérer le Congo des fourches caudines de la dictature de Sassou Denis.

Cet empereur ambivalent prétendait "aimer passionnément le Congo" (Le manguier, le fleuve et la souris", page 18). Il l'a littéralement détruit.

Au crépuscule de sa vie, que laissera l'empereur Sassou Denis aux générations futures pour lesquelles son neveu, le veuf Jean-Jacques Bouya a détourné les 14.000 milliards de CFA ? Rien. Il a sciemment sacrifié des générations entières, cyniquement brisé les pans entiers du pays, fait du tribalisme l'alpha et l'oméga de sa stratégie de division et, cerise sur le gâteau, il a fait des congolais des sans dents.

Aujourd'hui, la révision constitutionnelle de l'empereur Sassou Denis est loin d'être notre préoccupation. Il est dommage de tomber pieds joints dans un guet-apens tendu par ce criminel. Restons calmes et buvons frais. Unissons-nous pour arrêter l'hémorragie. Là où se trouve un congolais, chacun doit faire sa part. Ne pas se battre pour sauver et libérer notre pays est une faute morale. Goutte à goutte, la goutte d'eau finit
toujours par creuser la roche. Le malheur de notre pays, le Congo-Brazzaville, est d'avoir rencontré le dictatueur Sassou Denis.

Olivier MOUEBARA

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