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Billet de blog 13 janvier 2021

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(Congo) LIVRE : Palabres et proverbes koongo - Région du Pool

C'est une Thèse de Doctorat en ethnologie. Généralement placée sous la houlette d’un médiateur rompu à l’art oratoire (nzoonzi), et élevée au rang d’institution à caractère judiciaire et social, la palabre (bu nzoonzi, kinzoonzi, mfundu), est un processus de médiation et d’harmonisation des relations interpersonnelles et sociales.

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Lillhet MILANDU-BASSINGA

(MILANDU BASHINGA)

PALABRES ET PROVERBES DES LAARI-SUUNDI-KOONGO (REGION DU POOL)

TRIBUNAL COUTUMIER DE TENRIKYO

(BRAZZAVILLE-CONGO)

Généralement placée sous la houlette d’un médiateur rompu à l’art oratoire (nzoonzi), et élevée au rang d’institution à caractère judiciaire et social, la palabre (bu nzoonzi, kinzoonzi, mfundu), est un processus de médiation et d’harmonisation des relations interpersonnelles et sociales.

Quel que soit le cadre (tribunal coutumier case commune (mboongi) ou encore sous un arbre), le déroulement de la palabre obéit à une certaine procédure, notamment le respect de la partie adverse dans la prise en compte de son temps de parole et de son droit de retrait pour concertation (huis clos). Le non-respect de cette sacro-sainte disposition peut faire échouer la palabre en la transformant en dispute ou « palaba ». Quoi qu’il en soit, ces joutes oratoires permettent de démontrer la maîtrise de la parole par le choix du mot juste, de l’image percutante, du proverbe précis, d’étaler sa culture générale, de déstabiliser son adversaire et donc de prendre le dessus sur ce dernier par l’argumentation, la persuasion et la dissuasion.

Dans sa composition interne, la palabre est un faisceau d’images soutenu par des adages, des procédés stylistiques, de paraboles et des proverbes qui rehaussent la qualité sapientiale et le niveau esthétique de la palabre. Ainsi, la palabre, en tant que contenant, est indissociable de ces énoncés, notamment les proverbes qui constituent le fer de lance de la stratégie de l’argumentation et de l’illustration.

En effet, le proverbe est une vérité d’expérience qui, selon les enjeux de la palabre et la perspicacité des interlocuteurs, peut embrasser des domaines multiples et variés, bien loin de l’idée principale du discours. Si son contexte d’émission et de réception reste circonstancié, celui de production peut être constitué par la pointe d’un conte d’une parabole, d’une devinette faisant partie d’un corpus personnel ou collectif. Cependant, il arrive qu’au fil du temps cette matrice soit sortie du corpus des informateurs, alors l’énoncé est considéré comme un « proverbe-fossile », autrement dit, le proverbe devient un indice d’une réalité qui n’existe plus.

L’énonciation proverbiale est acte discursif et non une simple illustration imagée et codifiée arbitrairement. Le proverbe relève du signifié. En tant support de la palabre, il se veut être une articulation pouvant moduler le rythme, la cadence, modifier la trajectoire de l’intrigue. En effet, l’émission d’un énoncé proverbial renferme des images ou des métaphores plus ou moins hermétiques. Incorporées dans un ensemble hétéroclite, elles occupent, par leur charge symbolique, une place privilégiée dans le processus d’énonciation, d’interprétation et de compréhension.

Le proverbe vivant dans un discours ou palabre, nous les avons présentés dans leur « écrin », autrement dit dans leur contexte d’émission et de réception. Partant des six échantillons recueillis au Tribunal Coutumier de Tenrikyo en février-mars 2004 à Brazzaville, nous avons procédé à l’analyse des proverbes, paraboles, adages, locutions et procédés stylistiques et dégagé des variantes, de synonymes, des contre-proverbes, des correspondances et des occurrences. En tant que parole codée, le proverbe ne peut se passer de l’approche interprétative. Ainsi, nous avons fait usage des outils mis à notre disposition ou clefs d’interprétation comme la connaissance du milieu culturel, la traduction littérale et élaborée, la prise en compte du contexte d’émission et de réception.

En définitive, la tenue d’une palabre obéissant à une logique discursive, est un marqueur social. Si la production d’un énoncé a un arrière-plan sociologique, son émission se déploie dans un milieu culturel donné en faisant appel à bien des ressorts sociaux. Le proverbe apparaît donc comme une pointe émergée du fond culturel d’un peuple, mieux une porte d’entrée dans une culture.

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