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Billet de blog 19 mars 2021

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Congo : Lettre ouverte à Thierry Moungalla

"(...) Le respect est un précepte sacro-saint de la sagesse africaine dont l’observation volontaire distingue notre identité. Pour le bénéficiaire, le respect ne se demande pas parce qu’il est implicitement dû par la personne obligée mais si la règle est brisée, un tiers se doit d’intervenir pour rétablir l’équilibre social rompu..."

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Lettre ouverte d’un catholique congolais à Monsieur Thierry MOUGALLA,  Ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement 

Brazzaville, le 07 mars 2021 

Monsieur le Ministre, 

Illustration 1

Votre interview avec Laurent Correau, sur les ondes de Radio France internationale, le 04 février dernier, aurait été moins tonitruant sans votre marque d’irrévérence à l’égard de Messeigneurs les Evêques de la Conférence épiscopale du Congo qui ont, de droit, exprimé leur opinion sur l’élection présidentielle prévue pour le 21 mars  prochain. Que vous ayez  affiché des airs de grandeur ou proféré une logorrhée démagogique à gros débit n’auraient que faiblement interpellé le public, mais avoir osé porter atteinte à la dignité des prélats ne saurait  laisser indifférents tout chrétien congolais et tout digne citoyen du Congo. Pourquoi avoir répondu si insolemment, violemment ou dédaigneusement  à des prélats qui n’ont fait qu’exprimer légitimement et le plus courtoisement possible une opinion des sans voix que sont les chrétiens catholiques dont ils ont la charge de conduire ? « Je crois que les évêques peuvent remuer dans tous les sens et dire que l’alternance, l’alternance, l’alternance… On peut crier comme un cabri sur sa chaise « Alternance, alternance, alternance », elle ne se décrète pas… ». Tels sont vos propos irrespectueux qui suscitent l’indignation et la colère de l’Eglise catholique en particulier et de toute la chrétienté du Congo ainsi que des citoyens laïcs en général et contre lesquels un chrétien ne peut rester coi.  

Mesurez-vous combien ravalant est votre référence à une métaphore aussi péjorative que celle du cabri perché sur une chaise revendiquant des droits pour fustiger quelconque attitude ou opinion des hauts dignitaires de  la hiérarchie catholique réunis en conférence épiscopale,  la plus haute instance de l’Eglise au niveau national ? Quelle impertinence ou espièglerie que de vous adresser à des sommités de cette institution sans ménagement de votre langage ? Peut-être qu’avez-vous été gagné par la prétention d’étaler l’étendue de votre bagage linguistique mais très inutilement car vous avez  dans ce collège d’évêques, destinataire de vos déclarations, de meilleurs linguistes que vous, des spécialistes du latin et du grec -les deux langues source  du français-  des professeurs dont deux anciens recteurs de grand séminaire. Vous ne les atteignez certainement pas à la cheville sur ce plan, Monsieur le Ministre. Vous n’avez pas affaire à de piètres cadres du PCT dont l’incompétence patente n’est plus à démontrer à en juger par le scandaleux bilan de votre  demi-siècle  de gouvernement du pays. Vous engageriez un combat perdu d’avance sur ce plan avec ces sommités. Qu’il vous plaise d’arrêter donc vos prétentions !    

Dans votre excès de zèle, vous avez, comme monsieur De Flesques, enclenché votre moulin à paroles jusqu’à perdre toute retenue qui autrement vous aurait inspiré un peu de circonspection avant de parler et vous aurait évité de recourir à cette métaphore outrageuse pour les bantou comme vous et moi. Vous vous êtes exprimé dans l’ignorance intentionnelle des normes, des mœurs et des valeurs culturelles et morales qui gouvernent notre société bantou du Congo. Avez-vous seulement feint d’ignorer, Monsieur le Ministre, la symbolique du cabri dans notre culture ? Certes, nous avons au Congo une forte diversité culturelle et linguistique mais il est unanimement reconnu dans les communautés du sud du Congo que le cabri symbolise l’imbécilité et la déraison. L’oublier dénoterait d’une acculturation inquiétante et feindre de l’ignorer d’une insulte préméditée. D’ailleurs, même en Occident, le cabri comme le mouton ne représentent point une image noble, de ruse ou de sagesse animale. Rappelez-vous les allégories des moutons de Panurge et la chèvre de monsieur Séguin.  

Pourquoi donc évoquer l’un d’eux dans votre langage allégorique pour vous adresser à des sages de notre église si ce n’est vouloir les déconsidérer ? Avez-vous seulement considéré l’âge de nos prélats ; où à vue d’œil vous situez-vous par rapport à eux ?  Où avez-vous enfoui vos repères de Congolais, de bantou et d’Africain qui consacrent le respect des anciens et la reconnaissance du droit d’ainesse en valeurs cardinales de nos rapports sociaux ? D’éventuelles contradictions idéologiques ne sauraient nous soustraire à l’obligation d’observation de ce code moral qui régule notre comportement dans toutes les sphères sociales. Le respect est un précepte sacro-saint de la sagesse africaine dont l’observation volontaire distingue notre identité. Pour le bénéficiaire, le respect ne se demande pas parce qu’il est implicitement dû par la personne obligée mais si la règle est brisée, un tiers se doit d’intervenir pour rétablir l’équilibre social rompu. C’est à ce titre que j’interviens dans ce débat public pour vous exiger réparation du respect manqué aux anciens. Vous m’obligez de croire que pareille bourde ne peut émaner que d’un maladroit commissionnaire du Parti congolais du travail qui, dans son étourderie et sa perversion, perd le bon sens jusqu’à fouler aux pieds les règles de l’éthique communicationnelle comme un petit morveux qui vient à se moucher devant une assemblée de doctes. Vous avez commis un sacrilège, Monsieur le Ministre, un crime de lèse-majesté qui vous expose à l’indignité.   

Vous devriez vous morfondre de cette maladresse de communication et laver cet affront qui engage l’honneur du pays à l’extérieur comme l’interview a été donnée dans un média d’audience internationale. Un mois après l’incident, le gouvernement se complait dans son indifférence vis-à-vis du clergé auquel il ne daigne point présenter la moindre excuse, ne serait-ce que par courtoisie pour sauver les apparences. On n’insulte pas un peuple ou une communauté, c’est une règle de communication politique que je m’oblige de vous rappeler. Cependant, vous, Monsieur le Ministre, vous avez insulté, à travers ses bergers, le peuple chrétien du Congo. Vous n’êtes pas démocrate, contrairement à vos prétentions car autrement vous n’auriez pas insulté si délibérément une communauté qui constitue une si forte base électorale que vous auriez dû courtiser au contraire. Ce faisant, vous pouvez être sûr d’avoir fait perdre à votre candidat les suffrages des chrétiens de tout le pays.   

Monsieur le Ministre, que vous dit votre conscience citoyenne lorsque vous reconsidérez vos déclarations ? Quel est le degré de sincérité de vos propos ? Parlez-vous par conviction idéologique ou plutôt démagogiquement pour préserver votre poste ? Vous semblez bien appréhender une certaine théorie démocratique que vous défendez si éperdument. Cependant, êtes-vous, toutefois, satisfait de votre fonction de tribun d’un pouvoir dictatorial même si vous n’êtes pas dans les secrets des dieux comme vous aimez à l’affirmer tantôt pour vous justifier dans certaines affaires aux yeux de l’opinion ? Est-ce votre action politique en parfaite adéquation avec votre conscience profonde ?  Je dénote chez vous un gros problème d’honnêteté intellectuelle à travers la dichotomie paradoxale entre la qualité de vos réflexions et la médiocrité de vos pratiques politiques, celle du régime dictatorial que vous servez. Il est regrettable de posséder un niveau si appréciable de connaissances sur la démocratie et de ne vous en servir qu’à des fins démagogiques pour justifier l’arbitraire d’un pouvoir totalitaire. 

Vous avez fait, Monsieur le Ministre, un choix suicidaire qui vous exposera très bientôt à la justice populaire car le régime que vous servez est en phase de décadence. Vous êtes venu défendre bec et ongles la position du gouvernement de Denis Sassou-Nguesso, Chef de l’Etat, dont vous êtes le communicateur et les points de vue exprimés doivent être conséquemment attribués à votre mandant. Le peuple congolais si civique et si judicieux ne vous tiendra certainement pas, en tant que mandataire, une rigueur absolue dans le fond conformément à un proverbe chinois qui dit : quand le doigt vous montre l’horizon, vous devez regarder l’horizon et non le doigt. Toutefois, il vous revient personnellement de soigner votre expression car, étant placé au-devant de la scène, c’est vous qui êtes exposé au public et qui, de ce fait,  êtes susceptibles d’essuyer le courroux du peuple en cas de vindicte conformément à un proverbe de la sagesse Kôngo qui dit : « Nzonzi ni bwâ mbangala », signifiant littéralement  que c’est l’avocat qui reçoit le coup de bâton ; autrement dit, c’est le conseil qui reçoit la raclée de la partie adverse en colère en lieux et place du coupable.  

Ma réaction, Monsieur le Ministre, est une invite à la circonspection dans vos déclarations publiques et à la considération de la dignité des personnes notamment lorsqu’elles sont revêtues de certaines dignités ou sont des leaders d’opinions. Dans tels cas, vous devez votre considération, non seulement à la personne physique ou l’individu qui est naturellement sujet de droits mais aussi et surtout à la dignité qu’il porte ou encore au groupe, à la formation, à l’organisation ou à la communauté qu’il représente. Ainsi les évêques qui, portant une dignité ecclésiastique et représentant le peuple chrétien catholique, méritent dûment votre considération d’autant plus qu’ils sont aussi ministres comme vous et portent respectivement le titre de Monseigneur. Prenez donc garde si, prochainement, vous reparlez à nos ministres de Dieu car à tout seigneur, tout honneur. 

Civiquement vôtre.    

David NTOYO-MASEMBO

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