(Congo) Qu'est-ce qu'un guerrier et qui est guerrier ?

Un guerrier est un homme courageux qui à armes égales ou non est prêt à affronter un adversaire redoutable et armé.

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Le Général Jean Marie Michel MOKOKO déclarait au cours de son entretien avec des pseudo agents des services spéciaux Français à la vingtième minute de la vidéo relative à la préparation d'un coup d'Etat:

"Les gens du Nord sont des guerriers... Les gens du Sud sont des revanchards... les Présidents du Sud ont toujours perdu le pouvoir et veulent revenir au pouvoir pour se venger... Les gens du Sud sont des tribalistes"

Des propos erronés! On comprend aisément aujourd'hui pourquoi un homme de son rang avait-il pu se faire piéger aussi facilement devant caméra comme un enfant, pour se faire par la suite incarcérer comme une femme en string sans défense.

Pour mieux démonter qu'en aucun moment de l'histoire du Congo, les gens du Nord ont eu la réputation d'être des guerriers si ce n'est une invention de l'esprit, il faudrait rappeler les différents événements armés qui ont marqué l'histoire du Congo.

Mais avant, les annales d'histoire nous enseignent que les guerriers au Congo depuis l'époque coloniale étaient en majorité concentrés dans le Sud du pays et en particulier dans le Département du Pool.

On peut à cet effet, dores et déjà parler de MABIALA MA NGANGA: "avec ses soldats, ils s'opposaient aux règles établies par les Français. Ils s'attaquaient aux voyageurs qui commerçaient avec ces derniers. MABIALA MA NGANGA va jusqu'à tuer un officier Français. Il sème la terreur au nom de la libération de son territoire. L'administration coloniale ordonne sa capture. Les officiers MARCHAND et BARATIER sont désignés pour mener cette chasse à l'homme. La première attaque contre le camp retranché de MABIALA MA NGANGA se solde par un échec. MARCHAND décide d'enfumer la grotte où sont cloîtrés MABIALA MA NGANGA et ses hommes. Dans la nuit du 21 au 22 Octobre 1896 MABIALA MA NGANGA et ses soldats meurent en héros, ils ne se sont pas rendus..." un rappel historique!

Ceci dit, on en vient aux événements armés pour voir si les gens du Nord sont réellement des guerriers.

En 1959, à la suite d'une élection démocratique qui avait basculée la majorité en faveur du parti de l'Abbé Fulbert YOULOU au détriment de celui de OPANGAULT, les partisans de ce dernier, mécontents, éventraient dans un champ une femme enceinte originaire du Sud et après une guerre civile s'en était suivie. De part et d'autre, les belligérants combattaient à armes égales et au sujet du décompte des morts, le Nord n'avait pas fait plus de victimes que le Sud.

En 1968 à la chute du President Alphonse MASSAMBA DEBAT et l'accession du Capitaine Marien NGOUABI au pouvoir, l'armée Congolaise s'était affrontée aux éléments de la défense civile du camp météo, une milice armée de la jeunesse du Mouvement National de la Révolution. L'armée régulière sous le commandement du commandant Félix MOUZABAKANI fraîchement sorti de prison mit en déroute ces derniers à l'issue des combats.

En 1970 et 1972, coups d'Etat de Pierre KIGANGA alias Sirocco et Ange DIAWARA, encore des gens du Sud.

En 1993, pour s'opposer à la dérive autoritaire, Bernard KOLELAS avait dû créer une milice d'autodéfense appelée Ninja et composée de jeunes gens courageux originaires du Sud qui affrontaient l'armée régulière. Parmi ceux-ci, il y avait: le (Colonel) MASSASSI; Capi Justin; le (Commandant) Camille; Capi MA TSIÉCHÉ etc...A la même période, Denis SASSOU-NGUESSO et Thystère TCHIKAYA lui emboitaient le pas en créant respectivement les milices Cobras et les Requins.

En 1997, parmi les guerriers qui avaient pris part au combat au front et participé ainsi à la victoire de Denis SASSOU-NGUESSO, on peut citer:

Willy MATSANGA , surnommé le Seigneur de guerre par Denis SASSOU-NGUESSO; KIHOUNZOU Morel; Blaise BAKOUA; Vital BAKANA et bien d'autres. Ceux-ci furent les premiers civiles armés à investir les quartiers Sud de Brazzaville pendant que les officiers supérieurs de l'armée se limitaient au Centre Culturel Français (CCF).

Aujourd'hui encore, la Direction Générale de la Police continue de collaborer avec des groupuscules d'anciens guerriers du Sud à l'instar des "Douze Apôtres".

Tous ces exemples démontrent à suffisance que les gens du Nord n'ont jamais été considérés comme des guerriers, c'est une simple invention de l'esprit.

Ce n'est pas parce qu'on est en surnombre dans l'armée qu'on est forcément des guerriers. Un guerrier, ce n'est pas un militaire en uniforme et armé qui exécute sommairement des gens désarmés au "petit matin"; un guerrier ce n'est ni un policier avec une arme d'assaut qui persécute les paisibles populations, viole des femmes et tire sur des citoyens désarmés.

Un guerrier est un homme courageux qui à armes égales ou non est prêt à affronter un adversaire redoutable et armé.

Quant aux Présidents du Sud qui ont toujours perdu le pouvoir, la vérité c'est que tout le monde finit toujours par perdre le pouvoir un jour ou l'autre à l'instar de Marien NGOUABI, Joachim YHOMBI OPANGAULT et même de Denis SASSOU-NGUESSO en 1992.

Enfin, l'homme du Sud n'est pas revanchard. Pour preuve, après les tristes événements 1959, quand l'Abbé Fulbert YOULOU accède au pouvoir en 1960, il n'a pas persécuté les gens du Nord. Bien au contraire, il avait fait de son ancien rival OPANGAULT qui était du Nord son proche collaborateur et ce dernier en retour lui fut solidaire même après sa déchéance.

Alphonse MASSAMBA DEBAT n'avait jamais martyrisé les gens du Nord. Le triple assassinat de Lazare MATSOKOTA, POUABOU et MASSOUEME qui avait entaché son règne ne concernait que le Sud.

Le Professeur Pascal LISSOUBA non plus ne s'en était jamais pris aux gens du Nord, bien au contraire, il était en désaccord avec ses propres frères du Sud; Bernard KOLELAS mais aussi Thystère TCHIKAYA.

Désolé! les intellectuels, les cadres ainsi que les Généraux du Sud ne réfléchissent jamais en terme de "être du Sud ou du Nord", ils pensent plutôt NATION! C'est peut être un défaut au Congo d'aujourd'hui, mais ils ont été élevés ainsi et ça ne les quittera jamais, c'est une affaire de culture, c'est dans leur ADN.

DIFUA DISSASSA NGÔ YA MUMPALA.

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