[Congo-Brazzaville] La triste dure réalité

Congo-Brazzaville, la triste dure réalité

Publié par La Rédaction le 22 septembre 2012.
Publiée dans Actualité, Ce jour là, La une

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Deux semaines à peine après mon retour de Jo’burg, je fais cap, à l’improvise, vers  Brazzaville, où je découvre un drame : celui du mythe et de la vraie réalité Brazzavilloise.  Retour sur une visite de 7 jours dans un pays au bord de l’alvéole.

Brazzaville est la capitale politique et administrative de la République du Congo. Elle se situe dans le sud du Congo, sur les rives du fleuve Congo. La ville a été fondée le 3 octobre 1880 à l’emplacement des anciens bourgs précoloniaux globalement désignés par le nom de Nkuna et dont les principaux étaient Mpila et Mfa, ou Mfoa. Elle tire son nom de l’explorateur italo-français Pierre Savorgnan de Brazza, et compte aujourd’hui 1 370 612 habitants, les Brazzavillois.

Venant d’une capitale à plus de 8 millions d’habitants, on comprend mieux pourquoi je ressens de l’encombrement dès mon arrivée à ce qu’ils appellent ici « le port autonome de Brazzaville ».

Quitter Kinshasa aura été simple, d’autant plus que c’est ma quatrième visite en 2 ans dans ce pays. Les deux capitales étant les plus rapprochées au monde, un simple « laissez-passer » à 5000 Francs Congolais (6 dollars américains) m’en donne le droit.

Au port, on sent de suite qu’on est toujours en Afrique noir, comme si quelqu’un voulait à tout prix que tu t’en rappel. Un gars me demande mon billet de canon rapide, tandis que l’autre prend ma carte de vaccin et celle de service, sans toutes fois m’en informé la destination.  Une ambiance dévastant, moi qui venait, une semaine plutôt, de vivre un tout autre monde à l’aéroport Or Tambo de Johannesburg. Sans doute atténuée par celle du beach Ngobila de Kinshasa, qui en est pas si loin. Quelques Francs CFA sortis, un document rempli et j’étais libre de circuler dans Brazzaville.

A la sortie du port, une dizaine de Taxi au parking attendent visiblement les clients. Comme de patrons, sans précipitation quelconque, ils attendent.

Plus tard, je me rendrais compte de ce qui a de naturel au Brazzavillois : « la fierté », j’y reviendrais.

Au moment de trouver un taxi à destination de Ba-Congo, où est situé un ami qui y réside depuis deux ans, lequel allait me servir de guide, je découvre l’énigmatique problème Congolais.

En effet, j’en étais abasourdis qu’ils soient tous réticents d’y aller, avant que Tangui, le chauffeur qui m’a dit « oui », ne me raconte l’histoire au volant de sa Toyota, la triste histoire.

« C’est à cause des guerres passées », répond-il à ma question.

Surpris, et incrédule, je lui demande d’expliquer.

« Ceux du Nord ont peur d’aller vers le Sud. Nombreux avaient participé à des massacres pendant la guerre. Et depuis, ils craignent une vengeance de ceux du Sud », poursuit-il.

« Par contre, ceux du Sud n’éprouvent aucune difficulté pour venir au Nord. Ils sont obligés puis que le Mboshi (Ndlr : ceux qui Nord) détiennent le pouvoir, ils ont tout l’argent du pays», ajout-il, dans un ton ricaneur.

La guerre dont parle Tangui est celle de juin 1997 à décembre 1999.

Tout commence le 10 mai 1997, lorsque l’arrivée à Owando de Denis Sassou-Nguesso, en tournée préélectorale, est perturbée par les partisans de Joachim Yhombi-Opango qui s’opposent son entrée en tipoye dans leur fief. Un militaire proche de Yhombi-Opango, soupçonné de vouloir attenter à la vie de Sassou-NGuesso, est abattu par la garde personnelle de l’ancien président. Le drame met le feu aux poudres dans la capitale de la Cuvette. Les partisans de Sassou-Nguesso sont pris à partie et doivent fuir la ville. Les événements causent la mort d’une dizaine de personnes.

La signature d’un code de bonne conduite par les principaux leaders politiques congolais, le 31 mai, en présence de Federico Mayor, ne met pas fin à la crise. Seulement deux jours après l’engagement des chefs politiques à renoncer aux armes comme moyen de résoudre les conflits politiques, les Cobras tendent une embuscade à des militaires proches de Yhombi-Opango, aux environs d’Oyo, et en tuent quatre. Le président de la République Pascal Lissouba rentre précipitamment de Harare où il participait au 33e sommet de l’OUA. Le 4 juin, le gouvernement proclame sa détermination à traquer et anéantir tous les éléments non réguliers détenteurs d’armes de guerre.

Le 5 juin au petit matin, un détachement de blindés encercle la résidence privée de Sassou-Nguesso. Les Cobras repoussent l’armée et occupent en quelques heures la majeure partie du Centre-ville et toutes les casernes du Nord de Brazzaville. La conflagration entre les deux camps a fait plusieurs victimes civiles. Dans la soirée, le Ministre de l’Intérieur, Philippe Bikinkita, invité au journal de la télévision nationale, affirme que l’opération du matin était une simple opération de police visant à l’arrestation du commandant Aboya et du colonel Engobo, impliqués dans les événements d’Owando et Oyo, qui ont trouvé refuge à la résidence de Sassou NGuesso. La poursuite des affrontements provoque un exode massif qui vide les quartiers de Poto-Poto, Moungali, Ouenze et Mpila. Les centaines de milliers de déplacés trouvent refuge auprès de la parenté à Bacongo, Makelekele, Mfilou, Talangaï ou au PK45. La guerre reste circonscrite à Brazzaville dont le Centre-ville est le principal champ de bataille. Dès les jours suivants, la France évacue ses ressortissants et ceux des autres pays occidentaux.

Au début du mois d’octobre, pour contrer son opposant Jonas Savimbi qui a apporté son soutien à Lissouba, le Président angolais José Eduardo dos Santos vient à la rescousse de Sassou-Nguesso et engage un fort contingent de l’armée angolaise dans la guerre civile congolaise. Le rapport des forces sur le terrain s’en trouve totalement inversé. Les revers militaires qui s’ensuivent, poussent les principaux dignitaires du régime Lissouba à se replier à Pointe-Noire. Le 9 octobre, les Cobras et l’armée angolaise s’emparent de l’aéroport de Maya-Maya. Le 11, l’aviation angolaise entre en action et lâche des bombes sur le Palais présidentiel et sur les quartiers de Bacongo et Makelekele, lesquelles bombes raisonnent toujours dans les oreilles des « Lari » (ceux du Sud).

Lorsque Lissouba est contraint de quitter Brazzaville et de se replier sur Dolisie, Brazzaville tombe aux mains des Cobras et de l’armée angolaise le 14 Octobre. Et ceux du Sud allait dès à présent gouter à la célébration des victorieux  « Mboshi ».

Un « ratissage » s’opère en coulisse en exterminant une grande partie de l’élite Lari. Haut-Cadres, intellectuels, hommes d’affaires… y passaient.

Le 24 octobre 1997, Denis Sassou-Nguesso s’autoproclame Président du Congo et promulgue un Acte fondamental qui aménage une transition flexible. De la guerre, il répondra d’un petit : « J’assume ».  Assumera-t-il peut-être un jour.

Quant à moi, j’arrivais à ma destination, la course me coutera le double du prix. Je retrouve Christophe après longue absence, qui m’attendait devant la mairie de Ba-Congo. La nuit allait être longue et riche pour moi. Cette histoire qui me tombe dessus me donne envie de vouloir en savoir plus sur cette société. Christophe  allait donc m’ouvrir le ventre de Brazzaville…

C’était-là la première partie de mon séjour. A suivre.

Le voyageur Kinois,
Direct.cd/ Ce jour là

 

SOURCE : http://direct.cd/2012/09/22/congo-brazzaville-la-triste-dure-realite/

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