(Congo) Monsieur Sassou Nguesso, le débiteur insolvable

Ce n’est pas la malédiction de l’or noir que nous vivons, mais la cupidité et la cruauté de l’Africain, Congolais surtout, envers son prochain. Nous sommes dans la fable de la Cigale et de la fourmi de Jean de la Fontaine. Et bien ! dansez maintenant.

Monsieur Denis Sassou Nguesso, le débiteur insolvable.  

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Étant donné que le Congo-Brazzaville est une démocratie aux yeux de Monsieur Sassou Nguesso, osons lui poser la question de savoir ce que sont devenus les 28 milliards de dollars des générations futures… Cette question pourrait en fait nous valoir à tous une inculpation pour « atteinte à la sureté de l’État » car nous sommes tous conscients que notre pays est une dictature qu’incarne à lui tout seul l’Empereur Denis Sassou Nguesso. « L’atteinte à la sureté de l’État », devenue le seul vocabulaire juridique du Procureur de la République de Brazzaville.   

La justice au Congo-Brazzaville ne participe pas à la manifestation de la vérité, mais à son enfouissement dans les ténèbres.    

Il y a peu de temps, le Congo-Brazzaville, petit pays pétrolier géré comme une épicerie familiale, bénéficiait de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) avec en prime l’effacement de sa dette extérieure publique de 9,2 milliards de dollars due à la mauvaise gestion de la chose publique, par ces mêmes dignitaires qui aujourd’hui font la manche pour avoir quelques subsides afin d’assurer le fonctionnement calamiteux d’un État comateux. Avait-on effacé la dette du peuple congolais ou celle clan Sassou Nguesso et affidés ? C’était la farce du début du siècle.    

Nous allons revenir sur un fait qui parait anodin mais qui a tout son sens dans la situation actuelle que vit le peuple congolais. Après l’effacement de la dette, la délégation congolaise conduite par le Conducator à New York prenait ses quartiers au Waldorf-Astoria New York, l’un des hôtels les plus huppés de New York pour une session onusienne. Le Waldorf-Astoria est l'hôtel le plus luxueux et le plus renommé à New York et peut-être même dans le monde entier. En dehors des prix faramineux des chambres, les pieds nickelés étaient de retour sur la scène internationale, se soûlant au Champagne hors de prix pour le commun de mortel. Ils fêtaient l’entourloupe qu’ils venaient de faire aux institutions financières internationales avec des complicités internes, à savoir le FMI (Fonds mondial international), la Banque mondiale et le Club de Paris.    

Interloqué par ce train de vie indécent des dirigeants d’un pays sauvé de la noyade avec l’argent de tous les citoyens du monde, notre cher dictateur répondit au journaliste américain qu’il n’avait de compte à rendre qu’au peuple congolais, peuple traumatisé, bâillonné qui sortait d’une guerre civile du 05 juin 1997 qui avait fait au moins 400 000 morts, soit un dixième de la population congolaise.    

C’était la revanche de ceux qui avaient été mis à la diète forcée après l’élection présidentielle de 1992 qu’ils perdirent tant ils étaient incompétents et s’adonnaient plus au plaisir de la chair au lieu de bien gérer les biens de l’État, des biens communs.    

Après l’accession à l’initiative PPTE, surgit l’histoire des « Fonds vautour », une autre arnaque impliquant toujours ces mêmes dirigeants congolais, le FMI et le groupe pétrolier Total qui avait aidé le Congo-Brazzaville pour l’accession à l’initiative PPTE ; c’est l’histoire d’un montage financier offshore. Des documents issus des « Paradise Papers » révélèrent comment le pétrolier français Total avait aidé le Congo-Brazzaville à berner le FMI. C’est de la magouille de haute voltige ; même du temps de sa superbe Al Capone n’aurait pas fait mieux.    

Pour les nantis congolais l’argent coulait à flot avec des excédents budgétaires dont le peuple congolais a perdu toute trace aujourd’hui ; en même temps toujours pas d’eau potable au robinet ni d’électricité pour les Congolaises et les Congolais.    

Et voilà que monsieur Denis Sassou Nguesso veut nous refaire le même coup avec la dette chinoise d’environ 1300 milliards de francs CFA. La dette chinoise est insoutenable selon les normes internationales pour permettre au Congo-Brazzaville d’engager des négociations avec le FMI. Les carottes semblent être cuites pour les bricoleurs en charge des finances et de l’économie congolaises. L’on nous explique que les 1300 milliards de francs CFA ont servi à bâtir la corniche de Brazzaville dont on connait l’état avec ce pan qui s’est écroulé. Pour une corniche bringuebalante, le prix payé par le peuple congolais est juste énorme. L’autre partie de la dette chinoise a servi à financer le train de vie de notre Empereur et ses allées et venues de Brazzaville à Oyo devenue de fait la capitale politique du Congo-Brazzaville. Pendant ce temps, le peuple congolais crie famine.    

Circule sur les réseaux sociaux un document de la justice américaine, la Cour de district des États-Unis, district Sud de la Floride, qui démontre comment notre très cher Prince, Denis Christel Sassou Nguesso, récemment nommé ministre de la Coopération Internationale et de la Promotion du Partenariat Public-privé a envoyé 10.374.212,45 dollars aux USA après avoir dépecé à la tronçonneuse la SNPC (La Société Nationale des Pétroles du Congo) et la CORAF (Congolaise de Raffinage). Un Homme politique se doit d’avoir une éthique. Mais au Congo-Brazzaville les anti-valeurs perdurent et la honte ne tue pas. C’est la récompense pour avoir mis à l’abri des problèmes financiers, le clan Sassou Nguesso pour des siècles et des siècles.   

Au Congo-Brazzaville, faire de la politique, c’est s’assurer une rente financière au dépend du peuple congolais qui vit dans une misère insoutenable depuis toujours et avec les mêmes dirigeants.    

En l’état actuel des choses, la décence recommande aux institutions financières internationales de ne pas céder aux caprices des dirigeants congolais qui sont les premiers pilleurs des ressources de leur pays. L’audit de la SNPC est une condition sine qua non pour comprendre les circuits financiers occultes qu’a emprunté l’argent volé du peuple congolais. Cet argent est niché quelque part.    

Le bien-être du peuple congolais passe au second plan pour les gouvernants actuels. À force d’être martyrisé par la police politique, les Congolais sont plongés dans un profond désespoir. Même percevoir ce qui leur revient est du ressort du miracle, à savoir les salaires pour les fonctionnaires, les bourses pour les étudiants et les retraites pour nos ainés.    

Être Congolais du Congo-Brazzaville devient une honte mondiale. Les personnes sensées n’arrivent pas à comprendre qu’un petit État pétrolier avec au moins 4 millions d’habitants et tant de ressources soit géré comme une échoppe familiale.    

Les Américains auraient-ils eu l’audace de nommer Al Capone en charge de leur budget ? C’est ce qui se passe actuellement au Congo-Brazzaville avec des Congolais sans voix tant la mascarade est énorme.    

Une atteinte à notre intelligence, c’est qu’au bout de plus de 37 ans de pouvoir absolu que l’on nous propose une diversification de l’économie comme un défi à relever. Sont-ils sérieux ? Le constat est amer et l’échec est patent.    

Ce n’est pas la malédiction de l’or noir que nous vivons, mais la cupidité et la cruauté de l’Africain, Congolais surtout, envers son prochain.    

Nous sommes dans la fable de la Cigale et de la fourmi de Jean de la Fontaine.    

Et bien ! dansez maintenant.    

Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA  

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