L’abstention en Martinique : « Abus de confiance politique »

Quand on ne croit plus en un destin collectif, l'individualisme devient une norme sociale. La décennie écoulée est celle d'un fragile optimisme individuel et d'un fort pessimisme collectif

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Nous sommes beaucoup à nous interroger sur les raisons de l’abstention massive aux diverses élections depuis une dizaine d’années. Le choc arrive avec les dernières territoriales qui permettent à quatre listes de participer au second tour. 
Les quatre candidats présents au second tour totalisaient seulement 20,03% des suffrages exprimés et 6,24% des inscrits au premier tour.
Pire encore la majorité élue ne représente que 16,35% du corps électoral et malgré l’organisation institutionnelle de la prime majoritaire, elle ne compte qu’une voix de plus.
Voilà des signes inquiétants qui semblent confirmer un rejet collectif de la démocratie représentative depuis une bonne décennie. 
En effet, 2009-2019 a été une décennie noire pour la confiance politique en Martinique du fait de la lassitude, de la déception, de la méfiance et de la morosité des citoyens : résultat une représentation politique sans autorité en perte de sens, d’autorité et d’écoute.

Le constat est posé
On ne se tromperait pas si on appliquait à la Martinique la réflexion du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) qui régulièrement analyse les résultats des élections : « Quand on ne croit plus en un destin collectif, l'individualisme devient une norme sociale. La décennie écoulée est celle d'un fragile optimisme individuel et d'un fort pessimisme collectif ».
Ainsi donc, le manque d’exemplarité de certains dirigeants politiques aurait un impact direct sur le vivre ensemble de toute la société : pourquoi donc se préoccuper du collectif si ceux qui en ont la charge ne le font pas ? 
Les dirigeants politiques ne sont plus capables de susciter la confiance nécessaire au maintien d’un système représentatif dans lequel les citoyens confient à quelques-uns la responsabilité de les représenter et le pouvoir de prendre des décisions en leurs noms. 
Quand on écoute un peu les citoyens, cette crise de confiance prend ses racines dans les arrangements entre amis, le népotisme, le clientélisme, l'abandon de l'intérêt général au profit d'intérêts privés, la gabegie d'argent public, le mépris de l'État de droit, l’impunité pour la classe politique. Les exemples ne manquent pas en Martinique.
Toutes ces trahisons ont détourné les citoyens des urnes. 

Que pouvons-nous espérer ?
Aujourd'hui, quelle réflexion pouvons-nous avoir face à un abstentionnisme encore plus important qu’hier ? Certains parlent de l’abstentionnisme comme une nouvelle force politico-sociale ! Un mouvement sans programme, sans proposition, sans représentant identifié. Une situation qui ne dessine aucun avenir et de l’avis de tous met encore et toujours en danger notre système politique démocratique. 
Nous devons nous donner pour mission de rétablir ce lien de confiance qui manque aux fondations de notre démocratie.  
- Cela veut dire d’abord lutter contre ceux qui la discréditent et écarter du monde politique les quelques responsables qui dysfonctionnent en allant voter.
- Cela veut dire imaginer d’autres formes de participation citoyenne.
- Cela veut dire oser des expériences nouvelles dans le système de démocratie participative   
- Cela veut dire, aussi, promouvoir l'éthique en politique dans l’espoir que les mentalités évoluent mais aussi reconnaître le mérite de ceux qui se battent pour plus de transparence, de démocratie et de probité.

Gare à la généralisation simpliste consistant à considérer que l'ensemble de la classe politique mérite la défiance. 
Rappelons que sur les plus de 900 élus martiniquais, nombreux dans l’ombre sont ceux qui ont à cœur de défendre l'intérêt général et le font souvent dans des conditions difficiles.

Jeff Lafontaine

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