Collèges et Lycées le Président de l'Exécutif finit par dire oui

La réouverture des établissements scolaires est apparue comme un véritable challenge rassurant sur l’implication des acteurs de terrains (enseignants, chefs d’établissement, CPE, AED, agents volontaires etc..) et interpellant sur la capacité de nos dirigeants prendre des décisions pour protéger la population

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Cette crise du COVID-19 a révélé, tant en France qu'en Martinique, la capacité de la classe politique à prendre des initiatives et à assumer les responsabilités qui leur incombent.  Nous ne reviendrons pas sur les exemples nombreux de cafouillage managérial qui conjuguaient incompétence, expression d'égo, et surtout séduction d'électeurs en vue des échéances électorales à venir. (Municipales, territoriales, présidentielles). Nous ne reviendrons pas non plus sur les débats dits "scientifiques" qui n'ont fait que prouver s'il en était encore besoin que notre santé dépend des décisions du business médical.

Sur l'éducation
S'agissant des Etablissements scolaires, rappelons qu'en Martinique la quasi-totalité des établissement scolaires publics sont fermés depuis janvier 2020.
Dans une opposition unanime à la réforme des retraites, l'ensemble des syndicats locaux des personnels des établissements scolaires étaient les seuls à porter une contestation dans un mouvement de grève illimité contre la réforme des retraites. 
Sans que l’on ne sache qui en était à l’origine, très rapidement, la presque totalité des établissements en Martinique a été bloquée et leur fonctionnement paralysé. Courant février, tous les établissements sont inaccessibles alors que dans le même temps en France et également pour les établissements privés de Martinique, les cours et les épreuves de contrôle continu (les fameux E3C) se déroulent normalement.
Même la Guadeloupe qui elle aussi avait entamé une entrée radicale dans le mouvement en sort assez rapidement, une fois obtenus des moyens supplémentaires pour l’académie. 
Même l’utilisation du 49-3 par le gouvernement ne met pas fin immédiatement au mouvement déplaçant alors les revendications sur la question des suppressions de postes et sur le départ du Recteur. 
Il a fallu attendre la semaine du 09 mars pour que s’amorce le processus de reprise de l’ensemble des établissements de Martinique. Reprise théorique pour certains puisque beaucoup de structures nécessitaient d’être nettoyées avant de pouvoir effectivement accueillir élèves et personnels. 
Les plus chanceux des élèves auront alors eu 5 jours de classe puisque dès le jeudi 13 mars, le Président de la république annonce la fermeture des établissements scolaires à partir du 16 mars 2020, dans le cadre d'un confinement généralisé de la population pour faire face à la propagation du COVID 19.
Pour les élèves c’est de nouveau le retour à la maison ….

À distance, les enseignants se mobilisent et prennent la main … 
Le numérique a été la meilleure solution à tout point de vue pour assurer une continuité d’activité tant dans les entreprises que dans les établissements scolaires. Un système de télétravail a été mis en place entre les élèves et leurs enseignants dans le cadre de la continuité pédagogique. 
Classes virtuelles, QCM, groupes WhatsApp, conseils de classes à distance, suivis éducatifs par téléphone, entretiens personnalisés en virtuel... Tous les moyens sont utilisés pour maintenir et entretenir le lien et garder les élèves mobilisés. 
La collectivité territoriale lance une enquête sur les besoins en matériel des élèves des classes d’examens et met à disposition plus de 500 tablettes pour les collégiens et lycéens. 
Cet effort important reste insuffisant dans un pays encore en sous-développement numérique. 
L’imagination et la créativité débordent chez de nombreux personnels enseignants qui partagent bien volontiers leurs méthodes et leurs outils. 
Toutefois, ce véritable “système D” a vite montré ses faiblesses. Entre difficultés à entretenir la motivation, impréparation de la communauté éducative à l’utilisation intensive du numérique, problèmes de connexion internet, manque d’équipements du personnel et des élèves, gestion de nouvelles problématiques éducatives, la réalité du virtuel tourne vite au désenchantement. 
Le résultat ne permet pas de dire si la compensation a été effectivement réalisée mais nul ne peut en contester l’intention.

Durant le mouvement social, les enseignants ont cher payé leur crédibilité professionnelle. Fustigés, vilipendés, montrés du doigt, ils ont parfois fait l’objet de jugements sévères et leur intérêt pour les élèves a souvent été questionné. 
Ces critiques étaient pour certains largement injustifiées. En effet, le blocage des établissements dans la durée et les formes extrémistes n’ont pas emporté l’adhésion de la totalité des enseignants. 
Nous devons nous garder de faire porter à tous les enseignants les positions de leurs syndicats dont certains dirigeants sont parfois dans des stratégies qui sortent du strict cadre syndical.

Et pourtant ....
Durant la crise sanitaire, ils ont inversé la tendance. 
Travaillant sur leurs moyens propres (internet, téléphone portable, ordinateur, imprimante...), sans formation sur la pédagogie à distance, sans compter leurs heures et bousculant totalement leur organisation familiale, ils sont vite montés en compétences, en autonomie sur des pratiques pédagogiques qu’ils ne maîtrisaient pas forcément. 
Nombre d’entre eux avaient déjà pris une longueur d’avance durant la crise sociale, mettant déjà en place à cette époque des stratégies pour garder le lien avec les élèves.

Le déconfinement
Dans le cadre d'un déconfinement partiel et progressif annoncé pour le 11 mai, le ministre de l'Éducation Nationale a décidé d’ouvrir les établissements scolaires, une obligation d'instruction qui obéit aux principes suivants :
- La réouverture des classes est progressive, 
- à compter du 11 mai pour les écoles de tous les départements classés «verts » 
- à compter du 18 mai pour les collèges des départements classés «verts», et en commençant par les classes de 6e et de 5e 
- dans le respect d’un protocole sanitaire partagé

La situation en Martinique
Pour les écoles : 
Sans chercher à proposer des solutions d’accueil des élèves, les Maires de Martinique, en charge des écoles, ont fait savoir dans leur quasi-totalité qu'ils ne rouvriraient pas leurs écoles au motif qu'ils n'avaient ni les moyens ni le temps d'assurer la sécurité sanitaire des personnels et des enfants. 
Le premier acte de refus est posé par le Maire du Prêcheur, Marcellin Nadeau qui proposait une concertation préalable des maires afin de “déterminer en Martinique et pour la Martinique” les conditions et les possibilités de réouverture. 
En effet, la Martinique suivait béatement et souvent avec excès ce qui se faisait en France. Des mesures tel le couvre-feu, étaient appliquées sans tenir compte du contexte et sans consultation des élus. L'état avait pris la main. 
On peut ici comprendre que le Préfet a profité du vide d'initiative et de prise de responsabilité dont a fait preuve notre classe politique.
Cette position de l'Association des Maires semblait être bien accueillie par les parents et la population en général.
À ce jour, deux communes ont ouvert leurs écoles : Saint-Esprit depuis le 18 mai et Saint-Pierre le 26 mai. 
Pour Fort de France, une ouverture est envisagée à compter du 02 juin.

Les enfants, les oubliés ... 
Les enfants, les élèves sont une fois de plus les grands perdants de cette tragédie. Privés d’école, de savoir, de formation, de cadre éducatif structurant, de leur droit fondamental à l’éducation, ils sont en outre spectateurs de jeux d’adultes incapables d’initiatives pour les encadrer et les protéger.
La réalité des enfants dans le confinement n’est pas uniforme. Tous les enfants ne vivent pas dans des coquettes villas avec jardin où il fait bon “confiner”. 
Les remontées des travailleurs sociaux sont accablantes. La maltraitance, les violences intrafamiliales ont augmenté durant cette période. Les premières victimes en sont les femmes et les enfants. 
Beaucoup semblent avoir oublié que si l’école est un lieu d’apprentissage c’est aussi et peut-être même avant tout un espace sécurisé et socialisant. 
Beaucoup de situations d’inceste, de maltraitances sont détectées par les éducateurs scolaires particulièrement dans un pays où 50% du territoire est en Éducation Prioritaire. 
Et puis, pour finir et faire simple, on pourrait tout simplement rajouter que la place d’un enfant est à l’école avec ses copines et copains, ses enseignants, “ses taties”, …. 
Les dégâts pour les enfants seront énormes si l’on doit en plus y rajouter les souffrances qu’ils subiront dans certaines familles où il y aura des pertes d’emploi.

Pour les collèges et les lycées :
La réouverture des collèges et lycées était conditionnée à la réunion de quatre facteurs: 

  1. La levée du confinement par le gouvernement
  2. La mise à disposition d’un Protocole sanitaire partagé
  3. La reprise de l’activité des personnels de l’Etat
  4. La reprise de l’activité des personnels de la CTM affectés dans les établissements scolaires du second degré.

Ce dernier point a fait l’objet de plusieurs rebondissements.

Premier acte : Une décision inattendue 
À la surprise générale et sans consultation, selon un bon nombre d’élus, le Président du Conseil Exécutif annonce qu’il s’oppose à l’ouverture des établissements scolaires au mois de mai. 
On aurait pu croire à une ouverture au mois de juin, et c’est en ce sens que certains chefs d’établissements et membres de la communauté scolaire se sont attelés à des plans de reprise d’activité. 
En effet, la Conseillère Exécutive en charge de ces questions, Sylvia Saithsoothane, dans ses interventions déclarait travailler pour une réouverture au mois de juin. 
Ces timides initiatives se sont heurtées à une vive opposition des syndicats des personnels techniques et aux réserves des syndicats d’enseignants sur la question du protocole sanitaire et notamment l’intérêt qu’il y aurait à rouvrir des écoles pour quelques semaines.

Deuxième acte : La reprise, un objectif qui semble s’éloigner 
Dans un entretien avec un journaliste de Martinique 1ère , le Président du Conseil Exécutif déclare qu’il n’y aura pas d’ouverture en juin et qu’il se positionnait pour une ouverture au mois de septembre. 
Les syndicats n’ont pas manqué l’occasion de mettre en évidence le discours discordant existant entre la Conseillère Exécutive, Sylvia Saithsoothane et le Président de l’Exécutif.
Entre temps, des voix commencent à s’élever pour une reprise plus tôt. En effet, la circulation du virus n’est pas celle annoncée et la peur qui avait été instillée s’estompe petit à petit. 
Les travailleurs sociaux alertent sur la souffrance de certains enfants dans leurs familles. Se pose également la question des examens, celle du retour des parents au travail, de la préparation de la prochaine rentrée, de l’évaluation du travail des élèves pour l’année scolaire, etc… Les interactions entre reprise de l’activité scolaire et redémarrage de l’activité économique ne semblent plus faire aucun doute.

Troisième acte : Le président du Conseil Exécutif lève enfin le dernier frein à la réouverture 
Nous l’avons vue auparavant, par le biais des réseaux sociaux, la pression en faveur de l’ouverture montait subtilement illustrée par exemple par la prise de position le 28 mai, du Comité Académique à la Vie Lycéenne (CAVL) qui a lancé une invitation à la CTM à leur prochaine réunion. 
Le 29 mai, le Président de l’Exécutif par communiqué fait savoir qu’il prend en compte les observations du Comité Technique de la Collectivité et demande aux services de la collectivité d’œuvrer afin que les conditions d’une reprise progressive soient réalisées et effectives pour le 08 juin 2020.

Jeff Lafontaine

 

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