Les martiniquais sont déjà vaccinés contre la peur

Une telle situation commence à trouver des réponses soit dans l’économie parallèle, le trafic de drogue, la prostitution, le grand banditisme, la contestation sociale de masse ou la radicalisation antisystème.

manifestations contre l'obligation vaccinale manifestations contre l'obligation vaccinale
Les mesures en faveur de la vaccination massive portée par le gouvernement et certains personnels politiques n’emportent pas l’adhésion d’une bonne frange des martiniquais puisque pour un objectif de 90%, seuls 17% des martiniquais sont vaccinés. La classe politique dans sa grande majorité semble approuver les mesures gouvernementales. Certains affichent publiquement leur état de vaccinés, d’autres vont jusqu’à faire personnellement la promotion de la vaccination en invitant les martiniquais à se vacciner et beaucoup restent silencieux.

Une initiative digne et courageuse
En dépit de cette gestion de crise basée sur la coercition, la répression, la peur, et en l’absence d’un signal politique fort et clair, un mouvement de protestation a commencé dès le samedi 17 juillet et réunissait dans un collectif plus de 1000 personnes dont la majorité était des organisations syndicales, notamment celles de la santé.  Aucune présence politique n’a été notée à l’exception d’un représentant d’une frange dite « RVN ». 
Cette manifestation fut un grand succès.
Parallèlement, des appels à manifester après 21 h étaient diffusés par des collectifs citoyens pour contester le couvre-feu imposé à 21h. En ont résulté deux nuits d’affrontements avec des « forces de l’ordre » spécialement envoyées en Martinique qui ont provoqué de regrettables dégâts matériels à la ville et a des citoyens.
Ce phénomène de violence, cette radicalisation dans la contestation, cette gestion autoritaire et répressive de la crise méritent mieux qu'un concert de condamnations ou d'appels au calme. Ces réponses tellement systématiques deviennent inaudibles et renforce l’idée que les citoyens se désintéressent de la Politique, parce que la Politique ne s’intéresse pas à eux. 
Il faut donc essayer de mieux comprendre les causes de ce fossé qui se creuse entre le personnel politique et les citoyens.
Une seconde manifestation de plus grande ampleur s’est tenue la mercredi 20 juillet à fort de France. On a noté la présence furtive de quelques élus de l’opposition à la CTM, et une déclaration de soutien. Ces signaux sont bienvenus même s’ils ont été qualifiés de récupération politique.

Une classe politique divisée et absente
La division et la désertion des élus sur cette question perturbent, préoccupent, inquiètent les martiniquais et ils affrontent comme ils peuvent le pouvoir central qui n’a de mode de discussion que la répression avec l’envoi de forces armées avec leurs grenades lacrymogènes. Une fumée contre laquelle nous sommes immunisés.
Une telle situation commence à trouver des réponses soit dans l’économie parallèle, le trafic de drogue, la prostitution, le grand banditisme, la contestation sociale de masse ou la radicalisation antisystème.
L’expérience nous enseigne que les situations de crise sont très souvent des opportunités pour tenter de se projeter à long terme tout en répondant à l’urgence. 
Cette crise sanitaire que connaît aujourd’hui la Martinique, la France, le monde entier, est une invitation à sortir des postures radicales et d’aveuglement du « Ti neg mawon » ou du « Politicien bien glacé ». Elles consistent à réclamer sur les tréteaux électoraux de manière très sonore ce qui n’est pas en rapport avec le conscient collectif populaire en cours, et de se cantonner alors dans « cet impossible » pour justifier peut-être un manque de courage ou un déficit en désir de responsabilité vraie.
Comble de l’ironie, c’est le Préfet qui maintenant réclame une solution martiniquaise pour régler la crise sanitaire.

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