Kazakhgate : Sophie de Wit, la députée et première adjointe lanceuse d'alerte

Alors que la commission d'enquête sur le « Kazakhgate » a terminé ses travaux, retour sur les déclarations de la députée et première adjointe de la commission, Sophie de Wit, qui n'a eu de cesse de dénoncer l'attitude partiale de son président, Dirk Van der Maelen.

Des noms d'oiseaux, dans une houleuse et dernière séance à huis clos. Après des mois de travaux aussi laborieux que controversés, la commission d'enquête parlementaire consacrée au « Kazakhgate » a adopté, dans une ambiance délétère, son rapport final le 30 mars dernier. Une ultime réunion qui n'aura pas failli à la réputation de la dite commission, les députés s'en prenant une dernière fois à son président, Dirk Van der Maalen (Socialistische partij anders (Sp.a)), depuis longtemps accusé de mener ses travaux de façon partiale, en dépit du droit et de la plus élémentaire probité.

Sophie de Wit, l'opposante numéro 1

S'il est une commissionnaire qui a son président dans le viseur, c'est bien Sophie de Wit (Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA)). Depuis 2016, la députée, également licenciée en droit et avocate, n'a eu de cesse d'alerter sur la possible partialité de la commission et de Dirk Van der Maelen en personne.

Mais, le 8 décembre de cette même année, c'est au premier président de la commission d'enquête que Sophie de Wit réserve ses piques : « Que cette enquête puisse être soupçonnée de partialité ne lui fera aucun bien, déclare-t-elle. Quelle n'est donc pas notre surprise que le cdH (Centre démocrate humaniste) ait poussé la candidature de Francis Delperée » pour la présider.

Et de rappeler que Francis Delperée était l'un des co-signataires, au Sénat, de la fameuse loi élargissant la transaction pénale, une modification législative votée en 2011 et dont ont bénéficié de nombreuses sociétés, y compris celle de Patokh Chodiev et de ses associés – bien que les travaux de la commission aient échoué à démontrer que les hommes d'affaires kazakh aient été à l'origine de cette loi, et pour cause, rien ne permet de penser qu’ils le soient. Delperée soupçonné de partialité, il sera, dès décembre 2016, remplacé par Dirk Van der Maelen à la présidence de la commission. Celui là même qui était vice président, en 2009, d’une commission parlementaire portant sur la fraude fiscale à grande échelle en Belgique. Commission qui avait proposé, à la fin de ses travaux, au parlement belge d'adopter... un système de transaction amiable, afin de clore les charges criminelles à l'encontre des fraudeurs. Le conflit d'intérêt est patent.

« Un changement de président qui ne ramène pas la confiance » au sein de la commission d'enquête, titre De Morgen le 23 décembre 2016. C'est bien le moins que l'on puisse dire, en effet, et Sophie de Wit n'est pas dupe : « Comment devrions-nous interpréter le mot ''impliqué'' ? demande-t-elle dans les colonnes du quotidien flamand. Cela concerne-t-il les personnes entendues en tant que témoin, qui ont co-écrit, ou voté en commissions ou en session plénière ? Ces questions doivent être clarifiées de manière objective, si nous entendons débuter nos travaux sur des bases saines », déclare la députée libérale. « Nous devons nous assurer de ne pas tourner en rond ». Un vœu pieux.

Dirk Van der Maelen, président et taupe de sa propre commission

Comme déclaré par Sophie de Wit lors de la session plénière du rapport final, fin avril 2018, dès qu’il prend la conduite des travaux de la commission Kazakhgate, Dirk Van der Maelen a une idée bien arrêtée de l’issue qu’il souhaite lui donner. Il multiplie les insinuations, n'a de cesse d'accuser Patokh Chodiev et ses associés d'avoir été à la manœuvre pour faire adopter la loi d'élargissement de la transaction pénale. Faisant fi de son devoir de réserve, sans avancer le début d'une preuve, le président de la commission parlementaire s'est répandu à d'innombrables reprises dans la presse sensationnaliste belge, accusant par exemple « Chodiev et ses acolytes (d'avoir) payé 500 000 euros chacun afin de faire nettoyer leurs dossiers » et d’être liés à la mafia russe, avant de se contredire, confessant n'avoir « aucune preuve de l'implication de la mafia russe ».

Dirk Van der Maelen s’est entretenu à de nombreuses reprises avec les médias belges, et a même organisé une conférence de presse avant que le rapport final ne soit publié, au mépris total des règles de confidentialité que doit observer le président d’une commission parlementaire.

« Du spectacle à grands frais du Kazakhgate, il ne reste plus rien »

Autant de manquements aux règles de déontologie que n'a pas manqué de relever la députée Sophie de Wit : tout cela est « indigne d'un parlement » qui se respecte, déclare-t-elle en avril 2017.

Quelques jours plus tard, la députée menace même de faire suspendre les travaux de la commission par la majorité « si nous retrouvons la moindre information fuitée dans la presse ». Une allusion à peine voilée au comportement de Dirk Van der Maelen, qui abreuvait la presse belge de confessions, révélations et déductions toutes personnelles, compromettant gravement la sérénité des débats. Pour l'un de ses collègues, David Clarinval, cela ne faisait déjà plus de toute : Van der Maelen était bien la taupe.

Les récriminations de Sophie de Wit à l'encontre du président de la commission d'enquête ne cessent pas avec le temps. « Nous ne sommes pas encore arrivé au moment des conclusions, nous avions le droit de réagir », proteste-t-elle en juillet 2017. « Quand le N-VA était dans l'opposition, au moins coopérions-nous » (décembre 2017). Une fois les travaux de la commission achevée, Sophie de Wit dresse un réquisitoire sans concession : « La chasse aux sorcières menée par quelques uns n'a, de fait, mené à rien ». Elle est convaincue que les théories du complot et l'attitude de Dirk Van der Maelen ont même « sapé le travail de la commission ». « du spectacle à grands frais que devait être le Kazakhgate, il ne reste presque plus rien », conclut la députée. Une épitaphe désabusée, pour une tragi-comédie politique qui n'a pas rehaussé le crédit de la Belgique et de ses institutions. Et a causé des dommages irréparables pour la réputation de citoyens belges innocents tels que Patokh Chodiev et l’ancien Premier ministre, Didier Reynders.

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