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Billet de blog 1 septembre 2024

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Argentine. Tous contre tous et tous à droite toute (IV)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ainsi, si les caciques des extrême-droites au pouvoir se déchirent maintenant, c’est probablement parce qu’ils peuvent se le permettre. L’opposition est trop mal en point pour qu’elle les inquiète. C’est donc l’heure de sortir les longs couteaux.

Reste à comprendre qui joue avec qui et qui contre qui. L’enjeu entre Milei et Villarruel, c’est Macri. L’ancien président (2015-2019) représentait la droite telle qu’elle est aimée dans les cénacles du pouvoir international. Par exemple, Christine Lagarde, alors directrice du FMI, avait accordé le plus gros prêt de l’histoire de l’institution à l’Argentine afin que Macri puisse être réélu. Les 57 milliards de dollars n’avaient pas suffi à la campagne de Macri pour l’emporter mais les Argentins continuent de payer la dette.

Macri est donc la droite « éduquée » qui n’a pas hésité à appeler à voter Milei l’année dernière (ce qui devrait être sans cesse rappeler à quiconque voudrait encore faire croire que droite éduquée et extrême-droite ordurière sont fondamentalement différentes. Il n’y a pas qu’en France que ces deux familles se font des yeux doux dès les élections passées -durant lesquelles, l’une en appelle aux « heures les plus sombres de l’histoire » afin de rallier l’électorat de gauche qui sera, immédiatement après, exclu de « l’arc républicain »).

Macri, le fascilitateur

Pour Macri, les choses sont un peu compliquées en ce moment. Il ne s’est pas contenté d’appeler à voter Milei, la plupart des ministres de poids sont issus de sa formation. De même, à l’Assemblée, sans le soutien systématique des macristes (et presque systématique des « centristes » de l’UCR), le parti de Milei serait ultra-minoritaire et complètement bloqué.

Bref, Macri a offert l’armature institutionnelle qui permet à Milei de gouverner à peu près légalement. Qu’a t-il reçu en retour ? Pas grand-chose. « Ses » ministres sont désormais bien plus miléïste que macriste, et il est probable qu’il en aille un peu de même de « ses » députés. Autrement dit, il semble avoir été dépouillé. Qui a besoin d’un second leader qui dit la même chose que le président, en moins percutant ?

Il a retrouvé la présidence de son parti mais il est difficile de savoir qui répond encore à celui-ci. (L’aile droite est chez Milei et l’aile moins à droite se rassemblera probablement dans une autre organisation). Il n’est pas pour autant hors-jeu car il continue de représenter une bonne partie des riches, mal à l’aise ou seulement dubitative avec le président-aboyeur. Il représente ainsi un potentiel en cas d’un retour de bâton contre Milei, comme autre personnage du même projet de saccage du pays.

 Entre Milei et Villarruel, le cœur de la caste balance

Dès les premiers mois de gouvernement (investi en décembre de l’année dernière), Victoria Villarruel est apparu comme une alternative sérieuse à Javier Milei jugé un peu trop brouillon et, surtout, trop bruyant par un establishment habitué à mener ses dessins à pas feutrés. Ce n’est pas que le programme de destruction de l’Etat promu par Milei déplaise, c’est que ses manières peuvent apparaître contre-productives. Ainsi, le Financial Times a consacré un portrait flatteur à la vice-présidente dès janvier, ouvrant la voie à de nombreuses spéculations. Notamment, des rumeurs sur une alliance entre Macri et Villarruel dans le dos de Milei (et contre lui, bien sûr).

Officiellement, Macri, meilleur représentant de la « caste » (à la fois l’un des plus riches héritiers du pays et ancien président de la république), continue d’apporter tout son soutien à Milei. Officieusement, il serait l’allié de Villarruel.

Les bisbilles des droites au pouvoir cachent la catastrophe sociale en cours

Nous pourrions continuer longtemps à analyser les différences entre ces sinistres personnages et leurs jeux de pouvoir. Cet exercice est, à mon avis, pas tout à fait inutile (il permet peut-être d’identifier des failles et de saisir des jeux similaires entre droites d’autres cieux). Mais ces gens représentent des options qui ne diffèrent pas sur l’essentiel.

Celui-ci est un appauvrissement massif et rapide de la très grande majorité de la population, avec une récession délibérément provoquée par le gouvernement (sous la logique, aussi simple que brutale, qui veut que si plus personne n’a d’argent, les prix des produits cesseront d’augmenter, mettant fin à l’inflation. La population peut ainsi crever de faim sans inflation). Pour une description/analyse de cette catastrophe, le blog de Claudio Casparrino.

La répression et l’intimidation sont aujourd’hui les principaux instruments de gestion de la colère populaire. Des personnes peuvent rester plusieurs mois en prison pour avoir participer à une manifestation (dans un pays où la manifestation était une activité politique des plus courantes). La moindre critique du gouvernement peut valoir un harcèlement des troupes digitales du pouvoir (dûment rémunérées par l’argent public alors que les organismes qui faisaient vivre les sciences et la culture sont démantelés ou étranglés financièrement).

La population est ainsi attendrie à coup de bâton (comme on attendrit un steak avant la cuisson), afin qu’elle soit docile et travailleuse, en mesure de séduire des multinationales à qui tout est offert pour qu’elles s’installent dans le pays. Outre la population corvéable à merci, le gouvernement leur offre un saccage sans précédent des terres -et de l'environnement- du pays. Pour cela, il criminalise la moindre revendication écologique.

Ainsi, le ministre du Culte et la Civilisation (c’est l’intitulé de son nouveau secrétariat) a évoqué la possibilité de placer l’ONG Greenpeace parmi les organisations terroristes. Le reste est à l'avenant.

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