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Billet de blog 3 mai 2014

Choisir ses combats, une liberté menacée...

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La liberté de choisir ses combats, de choisir les causes que l'on veut défendre est sacrément mise à mal ces jours-ci. Enfin, je trouve. Encore une fois, devant l'urgence de devoir faire croire à l'opinion que l'on maîtrise des phénomènes qui sont en réalité incontrôlables, on jette l'anathème sur certains de nos concitoyens, juste parce que quelques-uns d'entre eux font usage de leur liberté.

Je veux parler ici de la poignée de « djihadistes français » partis en Syrie aux côtés de groupes rebelles, au nom de leurs convictions, pas moins respectables que d'autres.

D'abord, je ne suis pas certain d'avoir une grande sympathie pour l'ensemble de ces groupes rebelles. Autant il me paraît légitime et juste de se révolter contre un type comme Bachar El-Assad, autant le caractère ultra-religieux de certains groupes m'apparaît suspecte.

Mais ces « djihadistes français » - 285 selon un ministère français de l'Intérieur, que je trouve mal nommé en l'occurrence – en Syrie sont-ils tous dans des groupes ultra-radicaux ? Et si oui, dans quelles proportions ? Bien malin qui pourrait le dire vraiment tant la situation est complexe dans ce pays.

Mais là n'est pas vraiment mon sujet. Mais c'est l'un des sujets les plus souvent abordés ces temps-ci par les télévisons, les radios, les journaux. On y met souvent en exergue les enfants mineurs partis là-bas, et il semble vrai qu'il y en ait bien quelques uns, environ une quinzaine.

Soit. Mais normalement, pour ces derniers, il y a un arsenal juridique existant qui permet à l'Etat de tenter de remettre la main sur un mineur qui fugue à l'étranger. En Syrie ou ailleurs. Point barre.

Non, ce qui me choque, c'est la manière dont, en France, on traite les autres, je veux dire de ceux qui sont majeurs. Ceux-là ont choisi leur camp, à leurs risques et périls, et ils n'ont a priori commis aucun délit en France, puisqu'ils sont en Syrie. Ce n'est même pas un délit de quitter le territoire français. Le gouvernement de la France n'a donc dans leur cas RIEN à dire ni à faire. Et s'il le fait, qu'il nous dise au nom de quoi.

Sauf à décréter – mais il faudrait une loi pour cela, à coup sûr retoquée par le Conseil constitutionnel – que les Français ont le droit de s'engager pour défendre certaines causes et pas d'autres.

Or, il n'y a pas de loi. Pas encore ? Qu'importe, on fait comme si. Et il n'y a personne, pas un ténor politique, pas un élu de la République pour dénoncer cette atteinte gravissime à nos libertés publiques. Et chacun d'y aller de son délire sur les « filières » de recrutement islamiques, etc. Oui, il y a des filières de recrutement, et alors ? Les défenseurs de toutes les causes ont toujours mis en place, partout où ils le pouvaient, des filières de recrutement. Il y en a des légales. L'armée française recrute ainsi, par exemple, et pour l'une des meilleures causes qui soit : la défense de la France. Elle recrute même à l'étranger !

Il y a des filières de fait, acceptées mais dont on parle peu. Par exemple, bon nombre de Français ont choisi, obéissant à leur convictions les plus profondes, ce qui est parfaitement légitime de mon point de vue, d'aller s'enrôler dans les rangs de Tsahal, l'armée israélienne, au nom de la défense d'Israël, ce qui est aussi une cause respectable. Envisage-t-on de légiférer pour empêcher des citoyens français de porter l'uniforme israélien ? Evidemment non. Alors pour quoi ce serait « évidemment oui » pour d'autres. Et, une fois encore, au nom de quoi ?

Alors, diront certains, mais l'entraînement au combat peut les transformer en terroristes potentiels qui séviront ensuite en France. Peut-être. Mais c'est vrai de tous ceux qui apprennent les techniques de combat, quelque que soit la cause au nom de laquelle ils les ont apprises. C'est toujours cette même idée d'arrêter quelqu'un pour un délit qu'il n'a pas encore commis. C'est le propre des régimes totalitaires.

La France ne devrait pas oublier qu'avant même l'entrée en guerre des Etats-Unis dans la première guerre mondiale, des volontaires américains – plus de 3000 ! - étaient, au nom de leur idéal de liberté, venus combattre aux côtés des poilus.

La France ne devrait pas oublier non plus que quelque 9000 de ses ressortissants étaient partis combattre en Espagne contre les armées franquistes dans les années 1930. La France ne devrait pas oublier Régis Debray, qui a participé aux guérillas sud-américaines.

La France devrait faire preuve de plus de calme et de retenue, aujourd'hui, sur cette affaire de « djihadistes français » et surtout éviter de montrer une fois plus du doigt, sous prétexte de terrorisme, une certaine catégorie de Français. C'est indigne, tout simplement.

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