Le sens d'un vote blanc, au cas où...

A deux jours du scrutin, je suis tellement bassiné part les sermons moralisants - sincères ou intéressés - à propos du vote blanc et de l’abstention lors d’un deuxième tour Macron-Le Pen, que j’ai simplement envie de porter mon hésitation, qui durera sans doute jusqu’au moment ultime, comme un étendard.

Je ne demande rien d’autre, à défaut de silence, que du respect. Et le droit de rire de tous, y compris de moi-même.

Les Diafoirus de l’anti-fascisme, dont beaucoup ne se sont découverts menacés par le FN que depuis quelques jours, alors que ça fait longtemps que se famille nous pompe l’air, nous assènent que « voter blanc, c’est voter Le Pen ».

Les plus méchants vous disent que « si vous votez blanc, vous êtes facho », et autres amabilités de la même eau.

Je leur rappelle que le droit au vote blanc est parfaitement démocratique et constitutionnel et qu’il signifie d’abord que le citoyen qui fait ce choix n’est pas satisfait de l’offre proposée. 

Alors après, ça devient de la discussion de tête de gondole à la supérette : 

« Je voudrais du jus de raisin.

- Ah, désolé, y’en a plus. Mais il reste du jus de pamplemousse et du jus d’ananas…

- Eh bien non merci, je ne veux rien.

-  Pourquoi? Ils ne sont pas bons, mes jus? »

Etc. Etc. Le vote blanc n’est pas pris en compte, c’est vrai. N’empêche que lors des dernières municipales, il y a eu quelques communes où le vote blanc a atteint 30%. Vous vous rendez compte? 30% des gens qui se déplacent jusqu’au bureau de vote pour dire que, non, vraiment, les deux finalistes sont trop nuls ! De quoi raboter un eu le sentiment de puissance du vainqueur. Enfin, je trouve.

Mais le vote blanc a une portée bien plus forte. Curieusement, en effet, il n’y a jamais personne chez les fachos pour vous dire « voter blanc, c’est voter Macron ». Pourquoi, parce qu’à la vérité, le vote blanc a ce pouvoir d’adresser à chacun des candidats un message, euh, personnalisé.

A M. Macron : « jamais les Français n’adhèreront à vos projets en matière de politique sociale, vous voulez nous imposer une manière de thatchérisme avec 20 ans de retard, ça ne marchera pas. Votre politique européenne est bien trop floue pour être fiable alors que le rognage continu des acquis sociaux, la suppression de dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, la remise en cause de leur statut, le projet de tordre le bras aux syndicats, entre autres, tout ça nous évoque irrésistiblement un plat de champignons… à la grecque. Je prends cet exemple parceque  ce plat, dans sa version française généralement servie dans les brasseries, est une insulte à la fois à la gastronomie et à la Grèce. »

A Mme Le Pen : « Ayé ! Vous pouvez partir à la retraite ! Les Français ont compris pourquoi votre père et vous étiez là ! Pour obliger le bon peuple à bien voter pour le tenant (LR ou PS ou En Marche! aujourd’hui) qui imposera, en se justifiant par un vote masse en sa faveur, des couches supplémentaires d’austérité, des compromis européen et internationaux de plus en plus foireux. Mais bon, aujourd’hui, vous ne faites plus peur à personne, surtout après, à ce qu’on me dit, votre calamiteuse prestation lors du débat de l’autre soir (j’ai pas regardé, j’avais mille choses plus intéressantes à faire). D’ailleurs, votre nièce envisage de quitter la politique : elle n’a sans doute pas envie de perpétuer le glorieux rôle entamé par votre père et repris par vous, non sans talent je vous le concède, d’épouvantail à moineaux. C’est un signe, non? En tout cas, bon débarras ».

Bon, allez, j’arrête et je me donne quelques heures pour découvrir ce sentiment curieux - parce qu’inédit pour moi lors d’un vote - celui de l’incertitude.

 

 

 

 

 

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