Billet paru sur le site Mondafrique (http://www.mondafrique.com/) animé par Nicolas Beau.
« Entre ici, Jean Moulin », ainsi s'adressait André Malraux le 19 décembre 1964 - cela fera bientôt un demi-siècle – à la dépouille du fédérateur des réseaux de la Résistance devant la porte du Panthéon. « Entre ici Edward Snowden, ici en France, panthéon des libertés, tu y seras en sécurité, mais, de grâce, entre-z-y vivant ! »
C'est ce discours que beaucoup de citoyens français (une pétition circule) aimeraient entendre de la part d'un haut représentant de ce qui reste de leur République, qui redevient de plus en plus un Etat, dans son expression la plus simple. Vichy avait ainsi choisi cette appellation pour éviter de donner un nom à son régime à l'inavouable nature. C'était la France, moins la République. Nous n'en sommes plus très loin.
Séisme à Colombey
Les prétextes brandis par les « partis de gouvernement » (PS, divers centres, UMP) - qui n'ont même pas pu réunir ensemble la moitié des suffrages aux dernières élections européennes - pour laisser Edward Snowden en Russie, à la merci d'un Vladimir Poutine, le dirigeant qui illumine la planète de son humanisme, restent flous. Mais globalement, il s'agit pour eux de ne pas chagriner les Etats-Unis. Tiens, j'ai senti un micro-séïsme de 7 sur l'échelle de Richter au cimetière de Colombey-les-Deux-Eglises... Pas vous ?
Mais Edward Snowden n'est pas abandonné qu'à l'ancien patron du KGB dans l'ex-RDA. Dans le débat politique français, il est laissé aux mains de gentillets (Verts, Front de gauche, Parti pirate), quasi-inaudibles dans l'opinion, et de méchants, ceux du Front national. C'est malin ! Pauvre lanceur d'alerte abandonné des socialistes qui ont oublié qu'ils ont été, à une époque, vraiment engagés contre la tyrannie, des centristes qui ont oublié leurs origines démocrates... chrétiennes, et de l'UMP qui ne peut définitivement plus se qualifier de gaulliste.
Liberté, j'écris ton nom!
Alors, M. Hollande, c'est très bien de tenir le crachoir à Barrack Obama sur cette pauvre BNP, en sachant pertinemment d'ailleurs que vous n'obtiendrez rien. Les Français vont adorer. Mais parlez-lui plutôt des libertés dans le monde. La France est fondée à aborder ce sujet avec les Etats-Unis depuis qu'un certain Bartholdi a planté une grande statue avec un flambeau à l'entrée de New-York. Et causez-lui du pays. Du sien. Du nôtre. De notre idéal démocratique théoriquement partagé. Et d'Edward Snowden, à qui vous accorderez le droit de vivre libre et en sécurité en France, en attendant de pouvoir circuler à nouveau librement de par le monde.
Bon, ce faisant, vous empêcherez sans doute quelques dirigeants européens de bien dormir. Mais gageons que ça remettrait un petit coup de lustre sur votre cote de popularité.
Il y a quelques années, Renaud chantait dans un couplet persiffleur : « On ne peut pas être à la fois et au four et au moulin, on ne peut pas être à la fois Jean Dutourd et Jean Moulin ». A vous de choisir.