La France, un pays de votes blancs...

Nous sommes à la veille d'élections régionales extraordinaires : d'abord, on nous le serine assez, c'est l'état d'urgence (alors qu'il y a des tas et des tas d'autres urgences en face desquelles on ne fait jamais rien...).

Je n'ose imaginer la compatibilité de ce nouveau et riant cadre légal avec le rassemblement de plusieurs dizaines, voire de centaines d'électeurs dans des milliers de bureaux de vote qui ne peuvent pas – c'est une évidence – être tous sécurisés.

Ensuite, nous allons élire les conseillers de nouvelles régions, redessinées à la hâte il y a peu, dont nous ne connaissons pas encore précisément les pouvoirs (il faudra attendre une loi au mois de janvier 2016 pour ça!). Absurde.

La critique n'est pas nouvelle, au contraire. Mais en haut lieu, on ne veut pas l'entendre.

Ah oui, et pour le coup, la grande affaire, c'est la percée annoncée du Front national... qui surfe sur la vague d'émotions suscitée par les attentats du 13 novembre à Paris. La dernière fois, je ne sais plus sur quoi il surfait d'ailleurs, mais il était aussi donné en progression fulgurante. Donc, attendons de voir...

N'empêche que je déteste tellement le Front national que je n'ai pas envie d'avoir peur de lui. Je n'ai pas envie d'avoir à choisir entre une gauche et une droite aussi incompétentes l'une que l'autre (vous voulez des preuves?) , juste pour conjurer le risque du FN. Et je vais vous dire pourquoi : parce que dans les faits, les idées et les méthodes de ce parti sont déjà à l'oeuvre. C'était déjà vrai sous Sarkozy, et ça l'est toujours avec Valls et l'état d'urgence.

Non, dimanche, je braverai tous les risques d'attentat terroriste et peut-être même la pluie pour aller, une fois encore, glisser dans l'urne un bulletin blanc.

Mon principe s'énonce ainsi : « Je veux user de ma liberté citoyenne, alors, je vote. Mais l'offre proposée m'apparaît insuffisante, voire carrément indigente. Alors ma voix n'ira à aucun des candidats, à aucune des listes ». Certes, je pourrais m'abstenir. Mais ce serait alors mêler ma voix à celle de ceux qui n'en ont rien à cirer, alors que ce n'est pas mon cas. S'abstenir est un message. Voter blanc en est un autre.

En 2014, lors du premier tour des élections municipales, les votes blanc ou nuls avaient représenté presque 5,5% des suffrages. Vous vous rendez bien compte que cela veut dire que plus d'un million et demi d'électeurs avaient fait le déplacement de chez eux à l'isoloir juste pour dire que bon, non, vraiment ce n'était pas possible de choisir entre des gens qui – bon an mal an - feront la même politique, à quelques petites nuances près.

 

J'aimerais, vraiment, que demain, la France soit un pays de votes blancs. Le moins longtemps sera le mieux, comme pour l'état d'urgence, quoi. Et si un jour nos élus se décident à reprendre leur indépendance (par rapport à leurs partis ou par rapport à l'Europe et à l'austérité), bef à refaire de la poltique, mécaniquement, les votes blancs diminueront (et ceux du FN aussi...)

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