Mélenchon, l'Européen

Je vais voter pour la France Insoumise, pour Jean-Luc Mélenchon, même si je ne suis pas d'accord à 100% avec lui sur tout, mais juste sur l’essentiel, et notamment sur l’Europe, source de pas mal de nos maux (si, si…) mais aussi de quelques-uns de nos espoirs, pour peu qu’elle change et qu'elle offre autre chose que l'austérité en guise de futur. Mélenchon, anti-européen? C'est juste un mensonge.

Il y a dix ans, l’auteur de ces lignes, qui avait pourtant toujours auparavant voté à gauche (Mitterrand, Jospin) avait opté pour François Bayrou, non par passion démocrate-chrétienne, mais c’était faute de parvenir à adhérer à la candidature de Ségolène Royal qui n'avait que pour seule qualité que celle d'être une femme, mais c'est tout.

Bayrou m’apparaissait alors offrir, avec sa promesse d'un referendum sur la moralisation de la vie politique (je résume) la perspective d'une petite révolution institutionnelle que je j'estime toujours salutaire. 

Je l’écoute toujours aujourd’hui car je lui conserve de l’estime et qu’il parle bien, mais je trouve pourtant étonnant et même regrettable qu'il n'ait absolument pas évolué sur l'Europe dont les néfastes dérives se sont singulièrement aggravées depuis dix ans. L'Europe est l'une des causes qui m'a fait, il y a quelques années déjà, me rallier à la France insoumise, où l'on peut, lorsqu'on débat - et même sans être toujours d'accord, c'est un mouvement démocratique - poser les bonnes questions :

Comment pouvons-nous accepter en silence le sort fait au peuple grec?

Comment pouvons-nous accepter le sort réservé par certains pays membres aux réfugiés du Moyen-Orient? 

Comment laisser dire qu'il faudra "sanctionner" la Grande-Bretagne pour le Brexit, alors qu'elle est le seul pays de nos voisins avec lequel notre commerce extérieur est excédentaire? 

En acceptant, comme lorsqu'il s'est agi de sanctionner la Russie, de nous tirer une balle dans le pied? 

Comment oser remettre sur le tapis "l'Europe de la Défense" alors qu'elle existe déjà et pour l’essentiel précisément autour de la France.... et du Royaume-Uni? La brigade franco-allemande ne tient pas vraiment la comparaison à côté de la longue coopération franco-britannique en matière de défense.

En plus, cette coopération ne nous a jamais empêché, nous les français, de conserver une politique extérieure indépendante, cauchemar des fédéralistes européens… et des Etats-Unis!

Mais bon, Sarkozy nous avait fait rentrer dans le giron de l’OTAN et Hollande a oublié de nous en faire ressortir. Nul doute que Macron, Fillon, Hamon oublieraient eux aussi. Mélenchon le propose, et je gage qu’il saura le faire sans accroc majeur avec les Américains, qui restent des alliés.

Comment faire comme si les Britanniques allaient devenir des sortes de martiens alors que la distance séparant les côtes françaises et anglaises n'est toujours que de 32 km et qu'en plus, il y a un tunnel?

Comment laisser le débat sur l’euro à la seule main de Marine Le Pen? Elle a beau jeu de dire qu’il faut en sortir - d’autant qu’il y a quelques arguments pas si bêtes en faveur d’une telle sortie - mais  il faut en parler autrement qu’avec le langage des économistes, loin d’être unanimes sur cette question, c’est le moins qu’on puisse dire, mais avec les mots de chacun. 

L'Europe est née quelques siècles avant l'UE et elle lui survivra encore bien longtemps alors qu'elle a dans les faits disparu. Je ne peux que recommander à tous la lecture de l'excellent ouvrage de Coralie Delaume et David Cayla ("La fin de l'Union européenne" - Michalon, 19 €) qui sont des gens sérieux et qui font le simple CONSTAT que l'UE est déjà morte mais qu'évidemment, elle ne s'en est pas rendue compte, illustrant leur propos par la violation par pas mal de ses membres de quelques une de ses règles les plus importantes. 

Un théâtre d'ombres dont Olivier Delorme, historien spécialiste de la Grèce et des Balkans propose de sortir dans "30 bonnes raisons de sortir de l'Europe" (H&O, 17 €), qui revient sur la malfaçon originelle de l'UE et sur ses défauts réels qui font que désormais il serait par exemple impossible - au motif de la non-interférence des Etats dans la concurrence "libre et non faussée" de se lancer comme la France et l'Allemagne l'avaient fait, dans la coopération qui avait permis de donner naissance à l'Airbus, à la France et quelques autres de se lancer dans l'aventure de l'Agence spatiale européenne, etc. 

Delorme y met notamment en évidence l'existence de deux conceptions rivales de l'Europe, la conception supranationale (que nous subissons actuellement) et la conception, disons "gaulliste" de l'"Europe des Nations", qui affiche aussi que "l'Europe est la solution", mais sans doute avec d'autres institutions. 

Alors, évidemment, tant que les tenants de ces deux principales conceptions de l'Europe ne se parleront pas, avec respect car ces deux conceptions sont respectables, l'UE continuera de pédaler dans la choucroute, ou les spaghettis, si vous préférez.

Accessoirement,  j'en ai marre de m'entendre traiter d'anti-européen alors que je suis polyglotte, universaliste, internationaliste et... européen aussi.

L'actualité et la frappe imprévisible de Donald Trump en Syrie après le gazage criminel des populations civiles nous rappelle par ailleurs qu'il va bien falloir parler un jour avec Vladimir Poutine, avec le nouveau président américain, avec Xi Jinping, avecRecep Tayyip Erdogan, avec Angela Merkel, et quelques autres personnalités aux caractèrex, euh, disons bien trempés.... Qui peut le mieux représenter la France face à ces gens-là? Hamon? Fillon? Macron? Tous trois ont déjà prouvé qu'ils étaient prêts à tous les compromis. Le Pen? Après avoir quémandé des crédits en Russie et attendu, en vain, telle une groupie de chanteur à l'eau de rose, une entrevue dans la cafét' de la Trump Tower, elle ne ferait pas l'affire non plus. Je n'en vois qu'un, c'est Mélenchon, l'intransigeant.

 

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