Bayrou, la Gauche et la démocratie...

«Attention, Bayrou n’est pas de gauche!». Merci Jean-Luc Mélenchon, merci Pierre Moscovici, merci à quelques autres ténors de la gauche, mais nous le savions

«Attention, Bayrou n’est pas de gauche!». Merci Jean-Luc Mélenchon, merci Pierre Moscovici, merci à quelques autres ténors de la gauche, mais nous le savions, faudrait voir à arrêter de prendre les électeurs pour des crétins. En outre, l’intéressé le proclame à son de trompe chaque fois qu’il passe à la télé : il n’est pas de gauche. C’est donc vrai. Je ne mets en cause ici ni la sincérité de vos engagements, ni même la cause que vous défendez: a priori, je n’exclus pas, mais ce n’est pas sûr, faut que je réfléchisse encore, de voter... à gauche. N’empêche.

Au PS, d’abord. Rappelons qu’il y a quelques mois, il s’en est fallu de peu que votre parti n’adoubât candidat à la présidence de la République DSK, alors patron du FMI. Un homme de gauche, vous êtes sûr? Je vous l’ai dit plus haut: arrêtez de prendre les électeurs pour des crétins. Il y a 5 ans, votre candidate, de gauche, avait, par exemple, appelé chaque famille à avoir un drapeau français à la maison. Drôle d’idée de gauche, non? C’est un exemple. Il y en a d’autres, hélas... Plus récemment, vous avez traité, disons, avec condescendance, une idée (que la majorité, sinon une forte minorité, de vos électeurs partagent) de gauche: la suppression de l’inutile défilé militaire du 14 juillet. Dites-nous donc ce qu’est être de gauche, avant de nous dire qui l’est ou qui ne l’est pas. Entre nous, mais ne le répétez pas, il y a une foule d’électeurs qui changent de bord comme de chemise (ce qui est, ne l’oublions pas, leur droit le plus strict) et se contrefichent de savoir si un candidat est de gauche ou de droite, ou du centre, ou de je ne sais où : ils votent pour une personne qui «leur va bien» comme président. C’est la base de notre système présidentiel.

Alors, pour le coup, c’est notre riant ministre de l’Intérieur qui vous sert la soupe en rappelant bien que Bayrou, il y a quelques années, était membre de l’actuelle majorité. Et alors? Déjà que ce service vous soit rendu par quelqu’un dont ont est vraiment sûr qu’il est de droite ne vous paraît pas suspect? Vous ne regardez pas, à la différence des Français, assez de polars à la télévision...

Moi, j’en connais un d’homme de gauche, qui venait de l’extrême-droite (dans sa «jeunesse française»), et qui a été président de la République de 1981 à 1995. Vous le connaissez aussi. Le regretté Frédéric Dard avait un jour écrit son admiration pour François Mitterrand qui avait fait le difficile chemin politique «dans ce sens-là» (de droite à gauche), ce qui vaut mieux, vous en conviendrez, que l’inverse. On peut évoquer ici Jacques Doriot, responsable communiste au début des années 1930, devenu fasciste, puis collabo. Plus récemment, il y a moins de cinq ans, nous avons assisté dans vos rangs à des retournements de vestes, moins infâmants que celui de Doriot, j’en conviens, qui devraient vous interpeller vous, au plus profond de vous-mêmes...

Etes-vous sûr que vous n’avez pas mieux à faire que de repousser Bayrou dans un camp où il ne veut plus aller? Commencez donc à convaincre les Français que vus êtes de gauche et qu’avec vous, bon dieu, ça va changer. Il y a urgence, enfin, je trouve.

Le Front de Gauche! J’aime bien le Front de Gauche, et même le caractère, euh, disons parfois emporté, de Jean-Luc Mélenchon (et pourtant, je suis journaliste de métier...). Pour le coup, je suis sûr qu’il est à gauche, clairement à gauche. Non, ses idées ne me font pas peur, même si je redoute, en votant pour lui au premier tour, de perdre ma voix. Mais je vous l’ai dit, je suis encore, comme des millions de Françaises et de Français, en train de réfléchir, et j’essaie de le faire par moi-même. Et j’y arriverai. Tout seul, comme un citoyen. Parfois, la pratique politique me fait penser à ces boutiques où vous rentrez pour vous faire VOTRE idée, mais où, illico un vendeur se propose de vous aider. Dans ces cas-là, généralement, je pense très fort «dégage!». Mais je suis un homme poli et courtois, alors je m’abstiens de le lui dire.

La courtoisie, justement. J’ai vu le débat Bayrou-Montebourg de jeudi à la télé. C’est bien que ça soit Montebourg parce qu’il est au PS, mais, il l’a prouvé lors des primaires, ses idées sont proches de celles du Front de Gauche. Alors, évidemment, sont apparus des désaccords patents entre les deux hommes. Mais ces deux-là, chose très rare, ont dit, clairement, explicitement, le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre. Et ils savaient s’écouter l’un et l’autre, et se répondre (heureusement!). Mais ce respect-là était un baume pour le citoyen à l’écoute. Ca nous change des habitudes de soudard-débatteur trop fréquentes à la télévision, car ce respect entre Bayrou et Montebourg était aussi une façon de respecter les futurs électeurs, vous savez, les quelques millions qui, comme moi, sont en train de réfléchir, et qui prennent leur temps pour le faire, par ce que... c’est indispensable!

Pas de simplification outrancière, du style «c’est le retour des soviets» ou «vous roulez pour le grand patronat», pas d’invectives, pas d’insultes. Non. Rien que du respect et de l’écoute.

Beaucoup d’électeurs pensent, à la différence des états-majors, que si le vrai clivage politique d’aujourd’hui est toujours droite-gauche, il n’est plus de même nature, car la droite a changé et la gauche aussi. A droite, on va dire qu’il y a le FN et l’UMP, cette dernière jurant de sa différence d’avec l’extreme-droite tout en pratiquant une politique qui lui plait. «Immigration: qu’est-ce qui différencie l’UMP du FN?» demande avec raison Rue89 ces jours-ci. A gauche, il y a les démocrates. Tous les démocrates, de Bayrou à Mélenchon, en passant par Hollande et Eva Joly.

Moi, on ne me refera pas le coup de Chirac-Le Pen. Vous iriez voter Guéant ou Hortefeux pour barrer la route à un candidat d’extrême droite, vous? Si le président sortant n’est pas, au deuxième tour, opposé à un républicain sincère, c’est grave pour la démocratie. Et les quatre candidats démocrates nommés plus haut devraient tous avoir ça en tête: pour beaucoup de Françaises et de Français, ils sont dans le même camp. On compte sur eux.

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