Hamon, idiot utile d’un PS gangrené par le cynisme, l’opportunisme et la lâcheté

Benoît Hamon ne sera pas président de la République. Enfin, pas cette fois, puisqu’il ne sera même pas au deuxième tour. Et il le sait. Ou alors, il lui manque une case, ce n’est pas possible autrement.

Désigné par des primaires - une invention du PS saluée en son temps comme une avancée démocratique et dont on voit bien aujourd’hui, à regarder le spectacle de la droite et de la gauche, qu’elle ne constituait qu’un écran de fumée de plus entre les électeurs et les élus - il pouvait s’attendre à un soutien loyal, voire franc et massif, des partisans des autres candidats. 

Mais non! 

Tous se barrent, sans toujours le dire, chez Emmanuel Macron, le préféré des patrons.

Et, que se passe-t-il au PS? Rien. Hé! Ho! Il fait quoi Cambadélis à la tête de ce parti? C’est un emploi fictif, Premier secrétaire du Parti socialiste?

Alors, nous dit-on, il y aura des sanctions, mais pas d’exclusion pour ceux qui passent chez Macron. S’ils sont candidats aux élections législatives, ils n’auront pas l’investiture du PS. Les incriminés doivent péter de trouille…

Les partisans de Benoît Hamon, et Benoît Hamon lui-même sont juste en train de se faire avoir dans les grandes longueurs - vous voyez, je reste poli - par un appareil qui reste, au fond, au service d’un François Hollande qui, faute de pouvoir se re-présenter, a voulu influer quand même encore un peu (c’est tellement jouissif, le pouvoir) l’avenir. 

Donc l’appareil PS, qui veut que la politique économiquement calamiteuse, résolument pro-européenne et atlantiste de l’actuel gouvernement soit poursuivie, ne bronche pas quand les éléphants partent en patrouille chez Macron.

Ce faisant, tous ces retourneurs de veste ont fait perdre toute légitimité à celui qui a été désigné par les primaires, impuissant à juguler le flot des désertions, et toute légitimité au principe même des primaires : celles-ci ont été cette tellement calamiteuses droite comme à gauche (pour ne pas parler des Verts) qu’on peut se demander si, en 2022, quelqu’un osera encore les organiser.

Maigre consolation pour Benoît Hamon, il reste, un peu à la manière orwellienne de 1984, porte-drapeau de l’opposition interne auto-générée par le PS, en lui laissant l’illusion d’être toujours frondeur. L’illusion qu’un jour, quel que soit le résultat de la présidentielle, il aurait encore quelque pouvoir sur ces notables surtout préoccupés de leur avenir politique…

Mine de rien, le candidat désigné espère toujours faire marcher ensemble (un jour, peut-être…) d’authentiques militants épris de justice sociale, de progrès, de liberté, d’égalité, de fraternité, et les fossoyeurs du parti de Léon Blum et de Jaurès… Etonnez-moi, Benoît : vous y croyez vraiment?

Jean-Luc Mélenchon, commodément taxé de « radical » par ses (nombreux) adversaires, est pourtant davantage rassembleur. Et même capable de rassembler bien au-delà de la Gauche. Dès le début de sa campagne, il expliquait sur un ton finalement assez gaullien, aux militants de la France Insoumise que  de nouveaux électeurs venus d’autre horizons politiques pouvaient être les bienvenus. 

Je ne suis pas d'accord avec le qualificatif « populiste » collé sur tout candidat eurosceptique (même légèrement). Quand au caractère prétendument épouvantable de Mélenchon, personnellement il ne me dérange pas. D'autant qu'une fois élu, il lui faudra tenir la dragée haute, au nom de la France, à une bande de joyeux drilles bien connus pour leur affabilité, tous débordants d'amabilité et de civilité, j'ai nommé Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jin Ping, Angela Merkel et quelques autres…

Même en m’y forçant, je ne parviens pas à imaginer Benoît Hamon dans ce rôle, lui qui ne sait même pas maîtriser les membres les plus influents de son parti et qui, finalement, le trahissent. 

Par ailleurs la convocation d’une assemblée constituante, idée reprise par Benoît Hamon, est désormais indispensable : l ‘argument qu’elle est très bonne parce qu’héritée du Général de Gaulle ne tient plus, tant elle a été dénaturée par quelques réformes inconsidérées (le quinquennat, entre autres) et l’intégration à marche forcée dans l’UE (qui prive peu à peu la France de sa souveraineté).

 

L’enjeu caché de cette élection, finalement, c’est de maintenir coûte que coûte au pouvoir un président aux ordres de l’UE dans un pays où l’opinion est de plus en plus souverainiste : c’est normal, c’est la France.

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