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Billet de blog 15 janv. 2011

Ca fait plaisir, le départ d'un tyran, mais ça ne suffit pas...

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Savourons un instant le bonheur des Tunisiens, qui ont réussi à faire plier, puis à chasser Ben Ali, leur dictateur. Même si c’est un vrai bonheur, il est indispensable de dire “un instant”, car, pour les partisans sincères de la démocratie, la période qui s’ouvre est pleine d’incertitudes, voire de dangers.

D’abord, donc, savourons le bonheur. Et que les Tunisiens, enfin, ceux qui sont musulmans pratiquants me le pardonnent, mais je trouve que ça vaut bien un petit coup de champagne, le départ de Ben Ali.

C’est la différence entre quelqu’un du peuple et un tyran: quand on dit à quelqu’un du peuple “casse-toi pauv’con”, généralement, il ne part pas. Un tyran, c’est l’inverse: quand tout un peuple lui dit “casse-toi pauv’con”, il se casse vraiment. Enfin quelquefois...

Je ne connais pas la Tunisie, mais l’heureux dénouement (provisoire) du 14 janvier 2011 m’évoque une autre histoire: celle de la chute de Ceaucescu en Roumanie en 1989. On ne peut pas dire que toute la lumière ait été faite sur la façon dont le cruel régime du “Danube de la pensée” s’est écroulé, Nicolae, le principal accusé, et son épouse, Cruella (je ne sais plus son prénom, mais celui-là lui va si bien!), ayant été exécutés vite fait bien fait après un simulacre de procès.

Alors, bon an mal an, mais sans réelle transparence (“Glasnost”, en russe, le mot était très tendance à l’époque), la Roumanie a accédé à la démocratie, mais 20 ans après la chute du “Génie des Carpates”, le pays n’est pas encore complètement tiré d’affaire, c’est le moins qu’on puisse dire.

J’aimerais que les Tunisiens continuent d’émerveiller le reste du monde en obtenant le retour de Ben Ali sur les lieux de ses crimes et en organisant procès vrai de vrai, pas une parodie de justice. En tant que peuple civilisé (et depuis vachement longtemps!), les Tunisiens y ont droit. Je pense hélas que, même s’ils le souhaitent, ils ont peu de chances d’y parvenir, car le sang que le tyran a sur les mains risquerait de tâcher beaucoup de monde, beaucoup plus en tout cas que Wikileaks.

En outre, il y a fort à parier que le ci-devant Ben Ali soit en mesure de trouver quelque part sur la planète, un asile doré avec piscine, tennis, voiture blindée, etc. Mais où est Ben Ali? s’interrogeront les médias, mobilisant rédactions et lecteurs sur un question qui n’est pas importante en soi. Quand on le saura, il y aura bien quelques journaux “people” pour servir en pâture à une opinion anesthésiée quelques photos du tyran déchu, réalisées à la sauvette par des paparazzi chevronnés....

Mais un dictateur au tribunal, ça aurait une autre allure, non?

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