La rencontre, mardi, entre la chancelière allemande et le président français et leurs propositions face à la crise n'ont rien, mais alors vraiment rien changé. Le dieu des marchés a toujours soif et l'euro a repris sa chute. Un porte-parole du gouvernement allemand avait d'ailleurs prévenu: il ne fallait «rien attendre d'extraordinaire» de cette réunion.
Autrement dit: le bateau coule, mais l'Allemande et le Français, eux, sont dans la communication. «Pour éviter la noyade, nous allons faire semblant de vous lancer des bouées, et vous, vous ferez semblant de les attraper.» Sympa, le jeu, non?
Les deux cheminots de la «locomotive franco-allemande» en sont revenus au temps du charbon et de la vapeur, dont le nuage cache opportunément (mais pour combien de temps?) la réalité de la crise. Ils oublient une fois de plus que l'Europe est composée de peuples. Or, l'histoire nous montre que, moins ces derniers ont la parole, plus l'Europe va mal. Les dirigeants européens ont contourné à plusieurs reprises le «non» de plusieurs peuples (rappelez-vous du «non» irlandais, du «non» néerlandais, du «non» français), et quand ils n'étaient que trop certains de ce «non», ils se sont abstenus de consulter les peuples concernés. par exemple, si les Allemands avaient été consultés sur l'Euro, ils auraient refusé, préférant conserver le Deutsche Mark. Mais on ne leur a pas demandé leur avis. Dommage.
Alors, maintenant, nos deux cheminots vont nous proposer «un gouvernement économique de la zone euro»! Et on a envie de leur crier «youhouou! On est là! On veut savoir ce que vous mijotez...». C'est vrai, quoi, à la fin: un gouvernement économique européen, c'est l'affaire des peuples européens, et c'est à chacun des citoyens en âge de voter dans les 27 pays membres de dire ce qu'il en pense.
Oui, mais c'est compliqué à organiser, nous dira-t-ton. Vous pensez bien, dans 27 pays. Et puis avec tous ces referendum, il y a toujours un pays au moins assez con pour voter non, et ça bloque tout. Ben oui, ça bloque tout parce qu'il y a toujours un pays où le peuple ne se sent pas suffisamment respecté pour voter oui. Et quand bien même il adhère à l'Europe avec enthousiasme, il arrive qu'il ne soit pas respecté non plus: demandez donc aux Grecs...
«Les ministres des Finances allemand et français», nous annonce-t-ton, vont plancher sur une proposition de taxations des transactions financières d'ici au mois de septembre. Bien, la proposition sera faite en septembre. Mais, concrètement, quand entrera-t-telle dans les faits? Aux calendes... grecques, justement?
Et puis, la fameuse «règle d'or» qui interdirait les déficits budgétaires, déjà contestée en France même, devrait s'appliquer comme par enchantement aux 17 pays de la zone euro. C'est qui les doux rêveurs, dans cette affaire-là? Pas nous, en tout cas.
Quand à la création d'un «impôt franco-allemand sur les sociétés», deux pays vont l'examiner début 2012. C'est bien d'examiner une idée. C'est tellement bien que ça peut durer vachement longtemps...
Les partisans déclarés, à défaut d'être sincères, de l'Europe, quels que soient les pays dont ils viennent, manquent totalement de cohérence et, surtout, de courage politique.
L'Europe n'est pas qu'un continent, c'est aussi, enfin, normalement, la solidarité entre ses pays-membres. Ainsi, la création d'obligations européennes («eurobonds», quel drôle de nom...), qui permettraient de mutualiser la dette des Etats, a été complètement exclue par l'Allemagne et la France. Et pourtant...
La cohérence aurait exigé que l'on prenne une telle mesure, seule capable d'enrayer les assauts des spéculateurs.
Et le courage politique consisterait à dire aux plus conservateurs des Allemands, des Français et des autres que, certes, il est au sein de l'Union européenne des pays plus en difficulté que d'autres, mais que les plus puissants des pays européens doivent une grande partie leur prospérité à leur appartenance à l'Europe.
Des pays comme l'Allemagne, la France, ou même la Grande-Bretagne, savent bien quels avantages ils tirent d'être les premiers d'une entité comme l'Union européenne. Ils devraient comprendre que tous les pays membres aient envie et besoin d'en tirer quelque avantage aussi...