Le FN à 20% aux européennes, c'est est finalement bien commode. Non seulement il sert d'épouvantail, tant pour pour la majorité PS que l'opposition UMP-UDI, mais il permet en plus de masquer aux électeurs le vide sidéral de la pensée politique en France et l'incapacité de nos élus à proposer des idées vraiment nouvelles, à faire fonctionner leur imagination et – on peut rêver – leur intelligence. En ce sens, le FN est parfaitement intégré dans le paysage politique français. Il est dans le système, il lui est même indispensable.
Cheminots, intermittents.... Sur ces conflits-là, comme sur d'autres auparavant, nombre d'éditorialistes ont glosé, parfois avec raison, sur l'attitude calamiteuse du gouvernement français, de sa majorité, de l'opposition parlementaire, dont on se doute bien que, si elle avait été aux affaires, elle les aurait gérés à peu près de la même façon... puisqu'elle a déjà eu à le faire !
Or, curieusement, peu nombreux sont ceux qui ont souligné les assourdissantes contradictions du FN sur les cheminots et des intermittents, soutenus par le vice-président du FN Florian Philippot, mais contre l'avis du fondateur du Parti Jean-Marie Le Pen. L'équation du FN, ces temps-ci, n'est pas très simple : ne pas déplaire aux grévistes – ah ! le gâteau du « vote ouvrier »... - sans déplaire non plus aux usagers excédés.C'est l'équation classique posée à tout parti qui se voit une fenêtre de tir pour accéder au pouvoir.
Ca s'appelle gérer les contradictions. Avant Marine Le Pen – que l'on n'a pas beaucoup entendue, précisément, sur ces conflits sociaux-là - d'autres ont dû pratiquer ça, généralement sans vergogne (d'ailleurs, c'est une pratique qui ne tolère pas la vergogne), pour s'asseoir dans le fauteuil présidentiel : Hollande, Sarkozy, Chirac, Mitterrand... Fondamentalement, le FN est-il un parti si différent ?
Oui, il est différent en ce sens que son fondateur, nostalgique de temps heureusement révolus (et je ne parle pas que de la guerre d'Algérie), se donne encore le droit de proférer des insanités, comme récemment à propos du chanteur Patrick Bruel. En écrivant ces lignes, j'ai pensé très fort à Pierre Desproges, et j'ai failli titrer : « cheminots, intermittents, Patrick Bruel, cherchez l'intrus.... ».
En effet, nombre de voix se sont élevées pour dénoncer avec raison les propos du vieillard qui sert de caution prétendument morale au FN. Et pendant qu'on s'indignait, on oublait une fois de plus de faire cracher au FN trois mots sur sa politique sociale et économique.
Le problème, avec ce parti-là, et en ce sens là, il est différent des autres, c'est qu'on ne lui demande pas vraiment ce qu'il ferait en telle ou telle circonstance, face à telle ou telle situation. Non, on lui demande d'être là et de continuer ainsi pour masquer l'indigence crasse des débats politiques, sociaux, économiques en France. Il n'y aura donc jamais personne dans ce pays pour demander au FN pourquoi, ces ces dernières années, lorsque l’extrême-droite a accédé aux responsabilités (jamais seule) dans des pays comme l’Autriche ou les Pays-Bas, ces pays n’ont jamais ne serait-ce qu'envisager de quitter l’Union européenne ou l’euro, voire de … « rompre avec le capitalisme » ?
Devant un paysage politique ravagé, des partis au bord de l'explosion, de mesquins conflits de personnes, des rentes de situation pérennes, un cynisme également partagé, d'inavouables brassages de pognon dans des quantités phénoménales, le FN jette un voile finalement pudique, dresse un rideau de fumée censé être plus supportable à la vue que ce qu'il y a derrière. Le FN, c'est un parti brouillard. En attendant la nuit ?