En fait, Fillon n’a que peu de chances d’être un jour élu président de la République

Vu les tombereaux d’inepties dont nous fûmes abreuvés par des experts autoproclamés de la chose politique ces dernières semaines quant aux « primaires de la Droite et du Centre », j’ai l’honneur (mais oui, je ne rigole pas) de vous proposer ma vision des choses, du haut de mon inexpérience de citoyen, amoureux de plus en plus en veuvage de la démocratie.

Alors voilà, François Fillon, vainqueur quasiment par KO du premier tour des primaires de la Droite (et du Centre, j’l’oublie tout le temps celui-là), est déjà considéré par les plus obséquieux de nos commentateurs comme le successeur putatif de François Hollande en 2017. Si, si, nous jure-t-on, c’est quasiment fait, vous verrez… 

Comme pour le saignant duel annoncé Sarkozy-Juppé ou l’élection de l’hilarante Hillary Clinton. Vous verrez, nous disait-on. On n’a pas vu.

« Euh, je m’excuse mais merde », disait avec raison le regretté Coluche. En fait, il y a encore plein d’obstacles (et non des moindres) et d’ondes négatives qui barrent encore la route glorieuse de François Fillon vers l’Elysée. En fait, il lui reste encore pas mal de chances de se crasher dans les ballots de paille qui bordent son circuit. J’en recense au moins six et encore, je vous le répète, je suis tout sauf un expert.

  1. François Fillon a peut-être fait le 20 novembre 2016… le plein de ses voix! Les quelque 44% des suffrages des quelque 4 millions d’électeurs qui se sont portés sur lui sont ceux des gros bataillons de la manif pour tous et de la Droite catho-tradi, ses gentils copains, qui se sont déplacés en masse pour le soutenir, et ont mobilisé le maximum de leurs forces dans toute la France. Et ces 44% à une primaire réunissant environ 10% de l’électorat ne feront peut-être plus grand monde en avril prochain quand tous les électeurs de ce pays laïc qu’est la France seront appelés aux urnes. Si cette mouvance réac  était plus nombreuse que ça, ça se saurait… 
  2. Fillon doit encore battre Juppé dimanche prochain. On nous annonce que c’est plié avec  la même assurance que lors des hasardeuses prévisions citées plus haut. Wait and see, donc.
  3. Ensuite, s’il est le candidat « de la Droite et du Centre », Fillon va devoir rassembler son camp… de Ciotti à Bayrou (s’il ne veut pas qu’il prenne à ce dernier l’idée de se présenter sauvagement) et donc mettre pas mal d’eau dans le vin de son thatchérisme, très « vintage » au demeurant… Sans compter les vieilles rancoeurs accumulées.
  4. Et puis les Français en ont marre d’être de plus en plus coupés de leur classe politique (même des proches de Fillon le disent) et il se peut très bien qu’il décident de retoquer dès le premier tour tous les candidats désignés par une primaire, histoire de dire combien ces élections qui n’en sont pas vraiment tout en en étant sont partie prenante d’une conception confiscatoire du pouvoir. A ce compte-là, seuls trois candidats auraient à ce jour une chance de figurer au deuxième tour : Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Vous pouvez me croire, je ne suis pas expert (je me tue à vous le répéter).
  5. A propos des primaires encore, le quinquennat qui s’achève a démontré de façon flagrante aux Français qu’un bon candidat ne faisait pas forcément un bon président. Or, il arrive que les électeurs retiennent les leçons (ils ne sont pas si cons…).
  6. Il y a encore dans l’environnement fillonnesque le judiciairement encombrant Nicolas Sarkozy, bien étrangement enterré vite fait bien fait par nombre de nos chroniqueurs patentés. Lui, se retirer de la vie politique? Je n’en crois rien.

 Il reste donc à François Fillon à remplacer d’urgence les entraînements à la course automobile par des cours de marche intensive sur les peaux de bananes…

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