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Billet de blog 23 février 2011

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Après la Tunisie, l’Egypte, la Libye, fini l’alibi...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’horreur de Kadhafi massacrant son peuple en Libye, qui fait suite aux dénouements plus heureux (pour le moment, du moins) des révolutions tunisienne et égyptienne, nous révèle une face inconnue de nos voisins, je veux dire des habitants des pays dits musulmans, et nous enlèvent du même coup le prisme trop commode à travers lequel nous nous étions habitués à les regarder.

La face inconnue de nos voisins est la plus belle: longtemps soupçonnés d’être des fanatiques islamistes, nos voisins (paraphrasons De Gaulle: “les Arabes sont les voisins des Européens et ils le sont pour toujours”) nous démontrent qu’ils sont davantage prêts à mourir pour leur liberté et celles de leurs enfants, kif-kif nos ancêtres communards (“la Liberté ou la Mort”), que pour la gloire du Prophète. Ce qui ne veut cependant pas dire qu’ils ont abjuré leur foi. Simplement, beaucoup d’entre eux s’autorisent désormais à penser qu’Allah est peut-être bien du côté de la liberté, dans une espèce de version musulmane de la théologie de la libération, à même de toucher les plus pauvres.

Ce que nous enlève la situation nouvelle de la Libye, c’est... l’alibi! Sans la peur entretenue, parfois volontairement, de tout ce qui est nord-africain ou proche-oriental, bon nombre de discours politiques aujourd’hui très “tendance” en France vont sonner dans le vide.

Les tragiques développements en Libye, et la fièvre révolutionnaire qui s’est emparée de la Tunisie, de l’Egypte, du Bahreîn, et j’en passe, nous renvoient en effet une nouvelle image de nos voisins. Non, ils ne pensent pas qu’à aller s’écraser en boeing sur nos gratte-ciel, non ils ne pensent pas qu’à faire du prosélytisme, oui, ils trouvent que la vie est vraiment trop injuste, que tout est trop cher alors que certains s’en mettent plein les poches, oui, ils voudraient bien que le futur de leurs enfants ressemble à un avenir. Ils sont un peu comme nous finalement, ou plutôt comme nos aïeux: quand ils en ont marre, ils se révoltent et tentent d’instaurer une forme de démocratie.

Lors des premiers frémissements en Tunisie et en Egypte, les Français qui en causaient pointaient souvent une menace islamiste, du style ‘Les Frères musulmans attendent au coin du bois (si l’on peut dire...)”, ‘Ca va finir comme en Iran”, etc. Depuis, dans les conversations, la menace islamiste s’est faite plus hypothétique et elle est même quasiment hors sujet: le sujet, surtout en Libye, c’est la vie, la mort, la violence, et la question principale concerne Kadhafi: “bon, quand-est-ce qu’il se barre?”, voire “quand-est-ce qu’il crève?”

Chers Occidentaux en général, et chers Français en particulier, il va vous falloir apprendre à vivre sans l’alibi de la menace que l’islam ferait peser sur nos sociétés. Je suis presque certain que quelques officines travaillent déjà à nous trouver un nouvel alibi, un ennemi sournois de substitution, un truc qui nous ferait peur afin de rester soumis à des règles qui nous échappent. Parce que, sans la peur, c’est plus difficile de gouverner. Demandez donc à Kadhafi!

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