Les désespérés du suffrage universel peuvent se compter

On ne parle jamais beaucoup d'eux au soir des élections. Les pauvres cons, qui, comme moi, font le chemin vers le bureau de vote dans le seul but de glisser dans l'urne une enveloppe vide, ou agrémentée d'un bulletin blanc voire d'un bulletin non conforme de manière à émettre un vote nul.

On ne parle jamais beaucoup d'eux au soir des élections. Les pauvres cons, qui, comme moi, font le chemin vers le bureau de vote dans le seul but de glisser dans l'urne une enveloppe vide, ou agrémentée d'un bulletin blanc voire d'un bulletin non conforme de manière à émettre un vote nul.

Qu'est-ce qu'ils veulent dire, ces pauvres cons, comme moi, en se comportant de pareille façon ?

Ils veulent dire tout simplement : « Je veux user de ma liberté citoyenne, alors, je vote. Mais l'offre proposée m'apparaît insuffisante, voire carrément indigente. Alors ma voix n'ira à aucun des candidats, à aucun des binômes, en l'occurence ».

Evidemment, pour chacun des partis en lice, les électeurs qui, comme moi, ont fait ce choix ne peuvent être que... des pauvres cons, puisqu'ils qu'ils font « objectivement » le jeu des autres, de ceux d'en face...

Eh bien, le pauvre con que je suis, se rebiffe, ce matin. Et pour bien le montrer, je vous livre une analyse politique de pauvre con, que j'invite tout le monde à partager, même si je ne l'ai pas entendue dans les commentaires.

Voilà, j'ai fait, comme un pauvre con, la moyenne des votes blancs ou nuls dans tous les départements disponibles en ce 23 mars 2015 vers 9h00 sur le site du ministère de l'Intérieur. Il manquait encore, à cette heure-là, les résultats globaux du Pas-de-Calais, c'est comme ça. Il restait donc 96 autres départements, et une moyenne de 5,30% de votes blancs ou nuls apparaît, avec, des pics saisissants dans certains départements comme La Réunion (11,08%), l'Ariège (10,39), les Hautes-Alpes (9,41%) ou le Cantal (9,35%) !

Dans ces départements-là, plus ou moins 10% des électeurs qui se sont exprimés ont fait savoir que pas un candidat ne leur convenait. Je les trouve bien lucides, ceux-là, pour des pauvres cons.

Et, à entendre dimanche soir gloser les uns et les autres sur le succès limité du FN, sur la déroute limitée du PS, sur le succès limité de l'UMP-UDI, chacun des camps s'estimant d'ailleurs, « comme d'hab », pas trop mécontent du résultat, tout le monde pouvait aller se coucher, la messe était dite.

Mais le pauvre con n'a pas terminé sa brillante analyse : si l'abstention a reculé, ça peut très bien être grâce aux bulletins blancs ou nuls dans les urnes, et si le FN n'a pas fait autant que pressenti, ça peut là encore être dû aux bulletins blancs ou nuls. Ou alors, prouvez-moi le contraire !

Pour parfaire la démonstration du pauvre con, rappelons qu'il y aura, dimanche prochain, un deuxième tour. Et comme ça se jouera parfois à quelques voix, les candidats (pardon, les binômes) vont être obligés de se démener pour tenter de séduire... les pauvres cons.

Mais ça ne marchera pas : les pauvres cons ont bien compris qu'en l'état actuel du régime, la politique gouvernementale, notamment pour les questions économiques et sociales, ne changera pas, à part quelques variantes de surface, de la droite à la gauche et que le FN, épouvantail à moineaux grandissant mais toujours épouvantail, n'est là que pour faire perdurer jusqu'à perpète, l'alternance des partis autoproclamés « de gouvernement ». Quelle farce d'ailleurs que ces « partis de gouvernement » qui nous gouvernent si mal depuis, euh, si longtemps...

Alors les pauvres cons, finalement, sont peut-être parfois pauvres, mais beaucoup moins cons. D'ailleurs, je prends le pari que dimanche prochain, ils seront encore un peu plus nombreux qu'aujourd'hui.

Quant à ceux qui persistent à les considérer comme des pauvres cons, je leur citerai une belle chanson de Julos Beaucarne qui dit ceci : « Si tous les gens qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d'eux, ils en diraient, ils en diraient, ils en diraient bien davantage »...

 

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