Un jour, les anges ont mis CharlElie dans le bayou …

Je reproduis ici (à peu de choses près) un papier commis par moi sur l'excellent site : http://planetefrancophone.fr CharlElie Couture revient chez nos disquaires avec un album (CD, vinyl, etc.) le 29 avril 2016 ! Ça s’appelle « Lafayette » pour cause d’enregistrement en Louisiane.

Dans ce petit bout des États-Unis où, bon an mal an, survit une jolie petite pousse de la langue française, non pas noyée dans un univers américain, mais en parfaite harmonie avec la langue anglaise et la culture « pop- rock-folk-blues », que CharlElie Couture parvient, avec talent, à nous faire partager.

« On va déconner » promet l’une des chansons de l’album. Promesse tenue au moins dans le clip une autre chanson, « Debout dans la boue »  filmée en décors naturels de bayous plein… de boue et de faux airs de J.J. Cale., d’autant que, si CharlElie la chante en Français, il en lâche de temps à autre le refrain en Anglais, et ça « sonne bien » : « stucked in the mud »…

Toutefois, l’artiste n’a visiblement pas fait que déconner dans cette affaire.

Outre le titre ci-dessus évoqué, un autre est sorti en single (in french dans le texte…) mi-février, diffusé sur France-Inter et d’ores et déjà disponible sur le web. « Un jour les anges »  n’est qu’un étalage de talents, de sérieux et de travail de l’auteur, de son guitariste et d’une flopée de musiciens.

Un autre titre, « Maison soleil levant », nous réserve une autre surprise de taille.

Deux vidéos sont disponibles en ligne, « Lafayette, part 1: La Louisiane »  et « Lafayette, part 2: do you speak… français? » .

Elles témoignent du travail de l’artiste et du plaisir que lui et quelques autres se sont donnés pour sortir cet album, sorte d’OVNI magnifique dans la galaxie francophone. Rien qu’à eux deux, ces deux micro-documentaires vous offrent un bon quart d’heure de vrai bonheur !

Déjà, le décor. Rien que ça. Ça à l’air d’une grosse grange dans un grand parc, mais c’est le « Dockside Studio », à Maurice, Louisiane. Pas trop loin de Lafayette, au milieu des bayous.

« Dockside Studio » est un lieu mythique de la musique américaine où quelques-uns des plus illustres ont immortalisé leur talent : B.B. King, Levon Helm (le batteur-chanteur de The Band), Mark Knopfler, guitariste étincelant de Dire Straits, Scarlett Johansson, chanteuse autant que comédienne, et bien d’autres…

Alors qu’est-ce que c’est que ce Lorrain qui vient chanter là, en français ? Je ne sais pas si c’est le premier « frenchie » à enregistrer là, mais pour sûr, ce n’est pas le premier francophone. Ce petit coin de Louisiane fourmille de musiciens de tout poil et beaucoup d’entre eux popularisent le « zydeco » , la musique cajun, à travers tous les États-Unis.

C’est dans ce vivier que CharlElie Couture a choisi la plupart de ses compères pour cet album, à l’exception de son guitariste de (presque) toujours, Karim Attoumane venu avec lui.

On aperçoit ainsi ainsi au fil des images du Dockside Studio, des habitués des lieux comme les frères Michot, Louis et André, de Lost Bayou Ramblers : un groupe mêlant hardiment la musique cajun à la country, au rockabilly et au rock punk, appréciés dans toute l’Amérique du Nord, francophone ou non, et qui feraient gigoter pas mal de monde dans les festivals français s’ils avaient la bonne idée de traverser l’Atlantique.

Charlélie Couture trouve d’ailleurs que les Lost Bayou Ramblers mériteraient à être bien plus connus en France. Je suis certain qu’ils sauraient mettre en branle des salles entières de « debouts » que ce soit indoor ou outdoor dans des festivals d’été par exemple. Leur Cajun Rock énergique et inventif est à l’image du renouveau de la culture acadienne ».

C’est avec eux qu’il était sur scène, le 21 avril, pour le grand concert d’ouverture du Festival international de Lousiane qui se tient chaque année à Lafayette... Sur sa page facebook, il dit son espoir de jouer encore avec eux un jour en France, mais, aussi bientôt le jopur de la Fête de la Musique, le 21 juin... à Central Park : la Grosse Pomme fait aussi la fête, ce jour-là.

Il y a d ‘autres musiciens du cru, comme ceux de cet autre groupe Feufollet (en un seul mot) qui a reçu en 2011 un Grammy Award pour « le meilleur album de musique zydeco ou cajun » avec leur disque « En Couleurs ». Ils se sont déjà produits en France avec succès à Saulieu en 2010, et seraient bien inspirés de revenir.

Un chanteur cajun plus illustre a également prêté sa voix (et son humour) à l’enregistrement de l’album, Zachary Richard. Et puis, pêle-mêle, Josh Leblanc (trompette), Nick Stephan (saxo), Storie Gonsoulin (washboard), qui avoue ne pas parler beaucoup le français, mais qui trouve l’expression « va doucement » tellement plus savoureuse que « take it easy »…

Et puis, il y a encore une foule d’autres (je n’ai pas tous les noms, mais ils figureront sur l’album, vous verrez…

Mais, comme le chantait Michel Fugain il y a fort longtemps « tous les Acadiens, toutes les Acadiennes, vont chanter, vont danser sous le violon, sont américains, elles sont américaines, la faute à qui donc, la faute à Napoléon » .

Francophones à des degrés divers ou pas du tout, tous sont américains et ils ont une conception plutôt… cool de leur identité cajun.

C’est peut-être ce qui a attiré CharlElie Couture dans cette Louisiane des bayous, plus authentique et en tout cas moins touristique que La Nouvelle-Orléans, estime-t-il dans l’une des vidéos.

Lorrain, mais ayant passé son enfance au États-Unis, il parle aussi l’anglais, langue qu’il utilise aussi pour chanter sur ce nouvel album « avec autant de respect que j’en ai pour la langue française ».

« J’ai toujours espéré trouver une jonction entre une poésie en français et une poésie en anglais . Sur ce disque-là, c’est simplement presque naturel », raconte-t-il plus loin. Pendant les enregistrements, tous passaient d’une langue à l’autre, sans problème, « ça switchait »…

« J’entends souvent des jeunes groupes qui défendent l’anglais contre le français. Moi, je ne pense pas qu’il y ait d’opposition. Et c’est pour ça que je me sens si bien en Louisiane parce que ici, il n’y a pas de combat, en fait. Enfin, si, il y en a un, de toujours, mais ce n’est pas présenté sous la forme du combat en tant que tel. C’est fait sur une espèce de promiscuité ».

 




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