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Billet de blog 26 mars 2014

Le FN, indispensable au maintien d’une politique calamiteuse

 Là où Marine Le Pen n’a pas tout à fait tort, c’est quand elle parle d’”UMPS”. Là où elle a tout à fait tort, c’est quand elle pose le FN comme véritable alternative à ces deux partis qui, à peu de choses près, font la même politique. Alors qu’en fait, c’est surtout l’existence du FN qui permet à chacun des deux camps de jouer à la démocratie en se succédant l’un à l’autre, au fil d’alternances de plus en plus calamiteuses.

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 Là où Marine Le Pen n’a pas tout à fait tort, c’est quand elle parle d’”UMPS”. Là où elle a tout à fait tort, c’est quand elle pose le FN comme véritable alternative à ces deux partis qui, à peu de choses près, font la même politique. Alors qu’en fait, c’est surtout l’existence du FN qui permet à chacun des deux camps de jouer à la démocratie en se succédant l’un à l’autre, au fil d’alternances de plus en plus calamiteuses.

Examinons d’abord le “peu de choses près” évoqué plus haut. Il s’agit avant tout de réformes dites “sociétales”, les plus emblématiques étant celles du PACS ou du mariage pour tous. Le sujet n’est pas ici de discuter du bien-fondé de ces réformes, même si, pour que les choses soient bien claires, l’auteur de ces lignes les considère comme nécessaires, voire bienvenues.

Dans cette démonstration, elles servent surtout de toile de fond à la mise en scène d’un affrontement droite-gauche le plus spectaculaire possible, afin de bien marteler à l’opinion que, merde à la fin, les deux camps défendent des valeurs pour de vrai. 

Et pourtant.... chacun d’entre nous connaît des gens de droite favorables au PACS ou au mariage pour tous, et des gens de gauche qui pensent le contraire. Des chrétiens de gauche opposés au mariage pour tous, ou des homosexuels de droite, qui ont approuvé ces réformes. La réalité de la société est infiniment plus complexe que le discours des uns et des autres.

Je prends cet exemple-là précisément parce que le Front national a éprouvé les plus grandes difficultés à se positionner sur cette affaire. On a vu, certes, de ses militants dans les cortèges contre le “mariage” gay, mais de Marine Le Pen point. 

 C’est qu’elle ratisse, la petite dame. Et large. Comme son papa . C’est que, c’est une sorte de jardin familial, l’électorat FN, alors on l’entretient avec enthousiasme de génération en génération. Et on l’agrémente au fil des années, de nouvelles plantations. En 1972, on arrosait les nostalgiques de l’Algérie française et les petits commerçants poujadistes, en désignant déjà les immigrés, présentés comme une cinquième colonne lancée pour submerger la France avec des travailleurs, des familles, et des enfants....

En 2014, on est aux petits soins pour les chômeurs, les travailleurs déclassés, les retraités pauvres, l’immigré restant toutefois - c’est la constante du FN -  l’un de ceux par qui le malheur arrive, puisqu’il nous pompe nos allocs et nous pique notre travail...

 Venons-en au reste, maintenant. Je veux dire par là la politique économique, sociale, étrangère, européenne ou monétaire. Les Français ne voient pas réellement de différence et réalise au fil du temps que les “réformettes” qui sont adoptées çà et là sont essentiellement techniques et qu’elles auraient été adoptées de toutes façons, que le président s’appelle Nicolas S. ou François H. Et le chômage qui continue d’augmenter tout en continuant de ralentir l’accélération de sa baisse (c’est comme ça que le comprends, pas vous?)...

Et la déroute industrielle de la France qui se poursuit. Et je ne parle pas de la déroute agricole qui se profile... Alors on nous gave, dans les médias, de telle ou telle “réussite” française, un coup c’est une start-up qui produit des machins souvent inutiles mais très “tendance”, un coup c’est un secteur traditionnel de l’économie hexagonale (champagne, parfums, etc). Le tout grâce à nos écrans plasma, ordinateurs et téléphones portables fabriqués à l’autre bout du monde!

Face à cela, les “partis de gouvernement” de droite et de gauche nous proposent toujours les mêmes remèdes, que chacun arrange bon an mal an à “sa” sauce, mais ça ne trompe personne. Et pourquoi sont-ils si jumeaux, dans leurs choix, ces partis-là? Parce qu’ils acceptent les mêmes fondamentaux, gravés dans le marbre des institutions européennes. Ils n’ont donc pas d’autre choix que l’austérité pour nous et la pratique du libre-échange intégral, idéologie des seuls dirigeants de l’Union européenne, qui n’est plus partagée par quiconque chez les autres dirigeants de la planète! Avec les résultats que l’on connaît...

 Evidemment, le FN surfe sur ce créneau anti-européen et anti euro dans ses discours, stérilisant de fait tout débat à droite, à gauche, en France, sur un sujet dont l’importance n’échappera à personne : quelle Europe voulons-nous?  L’Europe existe. La France peut, ce que je ne souhaite pas, quitter l’UE, voire abandonner l’euro, ce dont j’aimerais que l’on discute. Mais l’Europe sera toujours là, tout autour d’elle, et d’une façon ou d’une autre, il faudra toujours faire avec. Les Européens sont nos voisins, et ils le sont pour toujours.

 Mais dès lors que l’on dit cela, se lèvent comme un seul homme les thuriféraires du TINA (“There is no alternative”) dans les rangs de tous les “partis de gouvernement”. Et de vous accuser d’être “irréaliste”, voire irresponsable”, mais surtout de “penser comme Marine Le Pen”. Et hop! Le tour est joué, fermez le ban. N’en parlons plus. De l’Europe ou de l’euro, hein? Parlons plutôt du FN, parlons-en à longueur de débats, de commentaires, jusqu’à la nausée, si besoin.

 En fait, c’est la peur des “partis de gouvernement”  - auto-proclamés tels car, à les en croire, ils ne peuvent pas grand-chose , finalement, c’est “Bruxelles” qui décide - d’aborder ces questions européennes et monétaires qui entretient le fond de commerce du FN.

Et, de leur point de vue, c’est très bien ainsi. Le FN leur permet de continuer à jouer à “je te tiens, tu me tiens par la barbichette”, et à maintenir le statu quo sur l’Europe, les choix économiques et monétaires, les politiques d’austérité, les politiques sociales, les politiques   fiscales. La preuve, sur toutes ces questions brièvement évoquées, qu’est-ce qui a vraiment changé, sinon en pire? Rien.

 Et c’est qu’il il faut entretenir l’illusion de la menace, sinon, plus rien n’est possible. Alors les soirées électorales sont d’un niveau affligeant. Et de vous faire des gorges chaudes sur tel ou tel qui fait mine de s’allier au FN pour le second tour, ou tel autre qui refuse de se retirer, donnant une chance au FN de l’emporter. Et alors? Au niveau national, le FN a réalisé un peu moins de 6% des voix. “Oui, mais là où il s’est présenté, il a fait 16,5%”, nous dit-on. Question 1 : pourquoi le FN n’était-il présent que dans 597 communes (il y en a 36.000 en France) ? Comparons ça avec le score de ceux qui ont voté “blanc ou nul” : 3,5%, dans les 900 villes de plus de 10.000 habitants. 3,5% des gens se sont déplacés jusqu’à l’isoloir pour dire que l’offre politique du moment de les satisfaisait pas! Dans certaines commune on a dépassé les 30% de bulletins blancs ou nuls!

 Finalement, les résultats du FN et des bulletins “blancs ou nuls” ne sont pas égaux, mais ils sont comparables, le FN ayant fait 2,4% de plus. Mais alors pourquoi tant parler de cette “progression” du FN qui a quand même mis un peu plus de 40 ans à accomplir un tel exploit? C’était là ma deuxième question.

Réponse à la question 1 : le FN n’a pas présenté de candidats partout car il n’en a pas les moyens humains et politiques. Réponse à la question 2 : le FN est un parti qui progresse, spectaculairement et temporairement par endroits, très lentement au niveau national.

Le FN, en fait, c’est un épouvantail à moineaux. Tant qu’il est là, le seul risque pour la gauche, c’est d’être remplacé par la droite... qui continuera la même politique. Et quand la droite reviendra, on rejouera la même scène.

 Et puis, pendant qu’on parle du FN et de sa prétendue menace, on ne parle pas d’autre chose, de ce qui fâche, de l’Europe, de l’euro, de l’austérité, du chômage... Mais, ce sont des élections locales”, me rétorquera-t-on. Si j’avais une barbe, je rirais dedans en pensant aux élections européennes dans quelques semaines. Gageons que les électeurs, même les abstentionnistes, enverront le même message. Comme partout dans l’Union européenne, d’ailleurs, où dans chaque pays, il y a une extrême-droite pour tenir le rôle du FN en France. Notez qu’à diverses reprises ces dernières années, l’extrême-droite a accédé aux responsabilités (jamais seule) dans des pays comme l’Autriche ou les Pays-Bas, mais que ces pays n’ont jamais quitté ni l’Union européenne, ni l’euro...

 Bon, c’est pas tout ça, mais faudrait penser à maintenir le suspense entre les deux tours, quand même ! Alors Avignon, déjà. Le FN est en tête. Pas question de continuer le festival s’il emporte la mairie. C’est un enjeu national, certes, mais c’est aux Avignonnais de choisir. Je ne crois pas qu’ils seront assez bêtes pour élire un  maire FN. Toutefois, s’ils le font, ce sera tant pis pour eux, le festival ira ailleurs, et ce sera bien fait ! C’est un avis personnel que j’invite tout le monde à partager. 

Mais, faudrait trouver un peu mieux pour capter l’attention. Idée géniale : un remaniement. Alors là, pour le coup, ça y va ! On ne parle plus que de ça. Un nouveau gouvernement pour faire... la même chose ! “Oui, mais il faut mieux expliquer notre politique”, entend-on ça et là... Encore une fois, on prend les Français pour des cons. Ils l’ont bien comprise, eux, leur “politique”... Ils ont surtout compris qu'il faudrait en changer vraiment.

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