Brexit : « wait and see » bordel !

Depuis le « Discours de la méthode » publié par René Descartes (1596-1650) et sous-titré « pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences », on entend dire ça et là que « les Français sont cartésiens ». Depuis que les Britanniques ont majoritairement voté pour le Brexit, on peut en douter.

Aux conséquences du dit Brexit telles que présentées par nos médias et pas mal de nos élus, ministres, etc. je suis tenté de répondre, comme le regretté Coluche, « euh, je m'excuse, mais merde.... », ou encore, puisqu'il s'agit du Royaume-Uni, à la manière du compère du commissaire San Antonio, Alexandre-Benoît Bérurier: « and my backside, it is chicken ? »....

L'anglais très approximatif de ce truculent personnage, sorti de l'imagination de Frédéric Dard (regretté, lui aussi), est à la langue de Shakespeare ce que les discours dont nous bassinent les médias depuis deux jours sont à la réalité d'une situation pas si nouvelle que ça, au fond. Je veux dire par là que la Grande-Bretagne n'a jamais été un membre comme les autres de l'UE. Elle a même toujours gardé un pied en dehors...

« By the way », on élude aussi un peu trop facilement dans nos JT le fait que M. Cameron, désavoué, quitte naturellement son poste. Et nos grands eurocrates bruxellois, ils n'ont pas été désavoués, eux ? Incapables de conserver dans l'UE un pays comme la Grande-Bretagne, ils vont pourtant rester en place. On en connaît quelques dizaines de millions en Europe qui pointent au chômage pour moins que ça, non ?

Par ailleurs, nous assistons depuis le Brexit à une manière très française (« so french ») de promettre pour un avenir pas si lointain d'abord l'éclatement du Royaume-Uni, la chute de la Livre Sterling et la fin de la place financière de Londres, le malheur de ces pauvres Français expatriés dans la capitale anglaise, le drame insoutenable des quelques dizaines de milliers de Britanniques installés en France, et puis la possibilité d'un deuxième referendum, et puis la fermeté (qu'on attend toujours de voir) des autres européens pour en rabatte un peu à ces grands bretons sécessionnistes, quand même, et enfin l'éclatement, voire la disparition de l'Europe...

Ceux qui ont de la mémoire se rappelleront qu'en France, nous sommes coutumiers de ce genre de prédictions catastrophistes : depuis la propagande pro-nazie de Vichy durant l'occupation qui promettait une bolchevisation de la France en cas de défaite de l'Allemagne, en passant par la descente aux enfers du pays tout entier après qu'il eût congédié le général de Gaulle en 1969, et les chars soviétiques sur les Champs-Elysées en cas de victoire de Mitterrand en 1981. Heureusement pour nos devins patentés qu'ils n'ont pas misé leur fortune sur de telles fadaises...

C'est qu'on en voit passer, des tombereaux de conneries ces jours-ci. Avec le départ des Britanniques, la France va perdre un tiers de sa puissance militaire ! Ah bon ? La Grande-Bretagne quitte aussi l'OTAN et l'Alliance atlantique ? Ridicule. L'Europe, ne l'oublions jamais, est d'abord une réalité géographique, séparée du Royaume-Uni par 32 km de flotte (et encore, maintenant, il y a un tunnel), et c'est tout.

Peut-être que les Britanniques vont être appelés à ramer, mais qu'on se rassure, ils ne sont pas près de se retrouver au milieu de l'Atlantique...

D'autres personnalités politiques comme Emmanuel Macron avaient – avec une élégance toute française – menacé de laisser les milliers de réfugiés de Calais gagner Douvres (collant en passant une couche de détresse supplémentaire sans la moindre considération pour des populations déjà dans la mouise) histoire de laisser les Anglais se démerder avec ça. Eh bien non. La sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne n'entraînera pas de modification des traités bilatéraux franco-britanniques sur l'immigration, dixit le gouvernement français.

L'exode des traders vers Paris, qu'on nous illustre à la télé avec des images du Palais Brongniart, où siégeait il y a longtemps la bourse de Paris qui n'a plus d'existence physique (le CAC 40 est indexé par Euronext... à Amsterdam !) doit-il être perçu comme une tentative de faire monter encore les prix de l'immobilier à Paris ?

La Grande-Bretagne ne quitte pas l'espace économique européen, et tous les aménagements nécessaires seront négociés pour que ça bouge le moins possible. La Grande-Bretagne n'a pas, on le sait, basculé à gauche avec le Brexit, et elle reste la terre d'élection du libéralisme, et les libéraux continentaux ont trop besoin d'elle face aux vélléités dites, avec quel mépris d'ailleurs, populistes qui se font entendre un peu partout en Europe.

« Wait and see », donc. Le plus difficile pour François Hollande sera sans doute de faire passer pour de la fermeté vis-à-vis de la Grande-Bretagne ce qui ne sera sans doute qu'un élégant compromis avec Londres imposé par l'Allemagne

 

 

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