Les "Gaulois réfractaires" et la sécurité globale

Voici un peu plus de deux ans, le président de la République Emmanuel Macron avait plaidé « l’humour » pour s’excuser d’avoir raillé la capacité des Français - ces « Gaulois réfractaires » - à s’adapter à la transformation du monde. Il avait pourtant - très partiellement - raison.

En effet, nous pouvons tous constater depuis qu’il est question de cette loi dite de « Sécurité globale » (on ne rigole pas…), il y a effectivement quelques « irréductibles » qui ne comprennent rien à rien à la marche du monde. La marche du monde est une affaire compliquée, c’est entendu, mais l’usage de la force n’est certainement pas la bonne façon de faire pour rendre tout ça limpide. N’est pas Obélix qui veut : qui s’essaie aujourd’hui  aux méthodes du tailleur de menhirs - un costaud bien gentil, au fond - n’est qu’une brute épaisse. Vous voyez, je reste poli.

 

Mais les « Gaulois réfractaires » existent bel et bien qui n’ont toujours pas compris qu’autour de la France existaient l’Europe et le monde.  Ils sont faciles à identifier : ils sont autour du ministre de l’Intérieur et à l’Assemblée nationale : ce sont les partisans de la loi dite de « Sécurité globale » qui prévoit notamment de flouter l’image des policiers en action lors des manifestations de rue.

 

Comme si cette interdiction allait régler quoi que ce soit ! 

Voilà des gens qui nous bassinent, parfois jusqu’à la nausée avec l’Union européenne et ses merveilles, la mondialisation et ses bienfaits - par ailleurs discutables - et qui n’entendent même pas les mises en gardes de cette même Europe et les appels en provenance de partout sur la planète sur la nécessaire préservation des libertés en France et notamment de celle des journalistes de ce pays.

Voilà des « européïstes » convaincus, persuadés que leur avenir sera celui d’une « mondialisation heureuse » qui ne réalisent même pas que cette interdiction à la con qu’ils appellent de leurs voeux sera aisément contournée dès lors qu’elle seront diffusées sur le web, par exemple, à partir d’un pays étranger. Les « Gaulois réfractaires », franchouillards jusqu’au bout de leur nez - ils ne voient pas plus loin - ce sont eux.

Nous sommes là bien au-delà des clivages politiques de la période qui avait précédé l'avènement macronien. Les Françaises et las Français se disent toujours de droite, de gauche, d'extrême-ceci ou cela, il y en a même qui soutiennent encore (!) l'actuelle majorité parlementaire, mais parmi tous ceux-là, une majorité est attachée à la liberté de la presse dans leur pays, la France.

Hélas pour eux, celle-ci risque fort d'être, une fois de plus être la risée des médias du monde entier si d’aventure notre ministre de l’Intérieur se la joue Bruno Lemaire en « demandant » gentiment aux médias étrangers de ne pas diffuser de photos de flics non floutées. Sinon, il se mettra « très en coilère, na! ».

 

Il y a un peu plus de cinq ans, des manifestations de soutien à la liberté de la presse en France avaient eu lieu un peu partout dans le monde après l’attentat criminel contre « Charlie ». « Tout ça pour ça », doivent se dire aujourd’hui celles et ceux qui, même lorsqu’ils ne parlaient même pas notre langue, avaient décidé de proclamer que, oui, décidément, la France devait rester une terre de liberté.

Si cette loi scélérate, « Sécurité globale », passe, le quinquennat en cours sera définitivement le plus « ringard » qu’ait connu la France depuis longtemps. 

En outre, quand on voit comme ces jours derniers de quoi sont capables certains policiers particulièrement bas de plafond alors que la loi n’est même pas encore appliquée, on a quelques raisons de redouter la suite des évènements.

 

 

 

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