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Billet de blog 31 mars 2015

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Vote blanc ou nul et abstention, c'est pas pareil...

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Rien d'étonnant, le pourcentage des votes blancs ou nuls et passé de 4,89% au premier tour des élections départementales le 22 mars à 8,33% au second tour du 29 mars. Quelle formidable progression! Non, je déconne...

Plus sérieusement, c'est encore plus évident au second tour qu'au premier, le choix étant réduit : mais qu'est-ce qui peut bien pousser une clampine ou un clampin à se lever un dimanche, à s'habiller, à se rendre jusqu'à son bureau de vote, parfois à faire la queue, pour aller mettre dans une enveloppe un bulletin blanc, un bulletin nul ou pas de bulletin du tout ?

Cette clampine ou ce clampin, c'est une électrice ou un électeur qui veut simplement dire qu'aucun des candidats ou des binômes ne lui convient, mais qui en a parfaitement conscience. C'est quelqu'un qui sait très bien qu'il ne veut d'aucun de celles et de ceux qui se présentent. Ce n'est pas quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il veut, c'est quelqu'un qui sait ce dont il ne veut pas.

Celui qui ne sait pas ce qu'il veut, c'est son droit, s'abstient. Et c'est bien là le problème : il fait alors la même chose que celui qui n'en n'a absolument rien à cirer de l'élection ou que celui qui trouve que vraiment, cette démocratie à la con, ça ne sert à rien, ou encore que, finalement, c' était quand même moins compliqué lorsqu'une haute instance choisissait à la place des citoyens, du temps de Pétain, voire de Louis XIV ! C'est pour ça qu'à titre personnel, je préfère de beaucoup le vote blanc ou nul à l'abstention.

Naïf, le citoyen que je suis? Peut-être. Mais c'est pas si sûr. Moins naïf en tout cas qu'une bonne partie de ceux qui ont glissé dans leur enveloppe un « vrai » bulletin avec un « vrai » binôme dessus. Je veux parler de ceux qui, surtout au deuxième tour, votent avec une pince à linge sur le nez parce qu'ils se résolvent à choisir entre deux maux, le moindre...

Regardons un peu les résultats : déjà, l'abstention, grosso-modo, la moitié de l'électorat. Pour les raisons évoquées plus haut, rien ne permet de dire que si elle avait été moindre, voire proche de 0%, les scores des uns et des autres auraient été les mêmes.

Prenez par exemple un partisan du riant Sarkozy et un autre électeur potentiel de ce joyeux drille de Valls peuvent très bien - surtout s'ils ont reçu, qui sa belle-mère à déjeuner et qu'il a un peu chargé sur le pousse-café, qui ses voisins pour un barbecue et que, vraiment, il était bien ce petit rosé de Provence - se dire, dans l'ordre :

  1. j'aurais mieux fait d'aller voter ce matin, mais bon dieu, c'est dimanche, et pour une fois dans la semaine on peut faire la grasse mat' ;

  2. je ne sais plus où se trouve ce foutu bureau de vote et en plus, je ne sais plus où sont ni ma carte d'électeur, ni ma carte d'identité ;

  3. après tout, Sarkozy ou Valls (rayer la mention inutile) ne sont pas à une voix près, ils pourront bien se passer de la mienne. Et, en plus, leur binôme local n'a pas l'air terrible, terrible... ;

  4. Tiens ! Je me ferais bien une petite sieste (après tout c'est dimanche) ;

  5. Ah ! Merde, les bureaux de vote ont fermé à 18h00. C'est ballot : je venais remettre ma main sur ma carte d'électeur.

Prenons maintenant un partisan du Front national. Voter FN, c'est un choix que l'on fait soit par conviction d'extrême-droite, soit par désespoir, après avoir parfois testé tous les autres choix lors des scrutins précédents, avec à chaque fois, à la clef, une sacrée désillusion. Mais dans ces cas-là, le clampin ne s'en fout pas. Non, non, c'est très important pour lui de voter dimanche, dans l'espoir que lundi, on rase gratis. L'électeur du FN ne s'abstient pas .

Pour cette raison, je crois que les 22,36% des voix du FN ne représentent, compte tenu de l'abstention, que 11 à 12% de l'électorat, ce qui est, somme toute, normal.

Je l'écrivais la semaine dernière après le premier tour : « le FN n'est qu'un épouvantail à moineaux, grandissant mais toujours épouvantail », et, à ce titre il est complètement intégré dans le système politique qu'il prétend dénoncer, il est même la condition de sa pérennité.

Rappelez-vous des prédictions alarmistes dont on nous a bassiné sur la montée du FN ces dernières semaines avec de la Marine par ici, son vieux papa par là, Philippot par ci, Maréchal par là, etc. etc.

Tout ça pour … 62 élus dans les assemblées de 98 départements ! A titre de comparaison, et pour relativiser le « raz-de-marée » frontiste, la droite a obtenu 2.418 sièges avec 45,03% des suffrages et la gauche 1.592 sièges avec 32,12% des voix !

Tout le monde, états-majors politiques et commentateurs politiques patentés, connaît l'insigne injustice du système électoral français, en vigueur depuis les débuts de la Ve République, et qui lamine la représentation des partis qui ne peuvent pas faire d'alliance. Mais chaque fois, on veillera à feindre l'ignorance avant le vote et la surprise après le vote. L'essentiel étant d'orienter le vote d'une majorité (forcément relative) d'électeurs vers l'un des partis autoproclamés « de gouvernement », autoproclamation qui n'est que l'aveu de la minceur de ce qui les sépare puisqu'ils sont tous convertis à la nécessité du libéralisme économique et de l'austérité sociale : une feuille de papier à cigarette.

Quelques réformes dites « sociétales » de la gauche ou la stigmatisation de telle ou telle catégorie de la population (Musulmans, Roms, etc.) de la part de la droite sont chaque fois l'occasion pour les uns et pour les autres de prendre des postures, notamment lorsqu'ils visent les plus hautes fonctions, dans l'espoir de satisfaire leurs ambitions personnelles, tout en faisant croire aux électeurs qu'ils ont des convictions.

Alors, trouvez-vous toujours naïf le citoyen que je suis ? Non ? Vous avez tort, pourtant, puisque j'espère toujours l'avènement d'une classe politique qui saurait ce que l'exemplarité, l'abnégation et le courage veulent dire.

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