« Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce que ce qu'on le fasse. »

Nelson Mandela après être sorti des geôles de l'apartheid et avoir provoqué la chute du régime honni avait déclaré : « Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. ». En cette rentrée 2013, la communauté éducative du lycée Mounier de Grenoble peut faire sienne ces mots, même si à ce jour de graves interrogations demeurent sur l'origine de la crise que nous avons collectivement traversée.

Nelson Mandela après être sorti des geôles de l'apartheid et avoir provoqué la chute du régime honni avait déclaré : « Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. ». En cette rentrée 2013, la communauté éducative du lycée Mounier de Grenoble peut faire sienne ces mots, même si à ce jour de graves interrogations demeurent sur l'origine de la crise que nous avons collectivement traversée.

Ainsi, quelle émotion intense avons-nous éprouvé lors de l'annonce du retour des élèves en seconde, ayant elle même suivi l'annonce de la reconstruction du lycée ; et ce, à la barbe de tous ceux qui depuis trois ans n'avaient eu de cesse de condamner ce lycée populaire et de croire une telle issue impossible ; ces longs mois de lutte, le campement devant le lycée et son occupation, les actions de résistance civile menées jour et nuit, été comme hiver, ont trouvé leur récompense ! C'est aussi un beau message d'espérance et de foi en la lutte adressé à l'ensemble de nos concitoyens.

En effet, après deux rentrées où les effectifs furent réduits à la portion congrue (seulement trois secondes en 2011, quatre en 2012) et la suppression pure et simple des BTS, la rentrée 2013 est placée sous le signe de l'arrivée de nouveaux élèves et du retour d'une partie de ceux auxquels le rectorat avait refusé l'accès du lycée pendant ces terribles années ; pour l'enseignant que je suis, c'est également le retour des joies de la rencontre pédagogique et la sortie de ce qu'il faut bien appeler un long cauchemar éveillé, pendant lequel nous avons vu notre monde vaciller.

Pendant trois longues années, la communauté éducative a été punie de son outrecuidance : celle de ne pas avoir accepté l'arbitraire et – n'était-ce pas là le pire crime ? - d'avoir eu raison contre les puissants, en la personne d'un président de Région et d'un recteur, qui n'avaient pas admis que leurs plans soient mis en échec par les modestes citoyens que nous sommes.

Souvenons-nous, il y a trois ans, quelques semaines après les émeutes qui embrasèrent la Villeneuve et dans la foulée de l'infâme discours de Grenoble de Sarkozy, la réponse conjointe de l'Etat et de la Région Rhône-Alpes prenait la forme d'un crime et d'un attentat social, en annonçant la fermeture du lycée de secteur, situé idéalement sur un terrain de près de trois hectares à mi-chemin entre le centre ville et le quartier de la Villeneuve et servant de lien entre classes sociales et habitants du nord et du sud de la commune. Au nom de quels intérêts obscurs ? Le saurons-nous un jour, à l'heure où la République tremble sur ses bases après la révélation de nombreuses affaires d'État ?

Un crime social donc, dirigé contre un établissement scolaire dont un Inspecteur Général de l'Administration de l'Éducation Nationale (IGAEN) avait pourtant condamné fermement quelques années plus tôt l'état d'abandon sur le plan matériel, dans une note où il soulignait également que l'équipe éducative n'avait pourtant jamais baissé les bras, là où « tant d'autres auraient sombré ». C'est donc ce lycée travaillant pour l'intérêt général et méritant d'être soutenu par la puissance publique que des oligarques ont voulu détruire. Pourquoi ? Et surtout pourquoi avec un tel acharnement ?

Cet attentat social, on sait le aujourd'hui, n'était motivé par aucune raison technique et a été le fruit d'une manipulation. En effet, après avoir refusé de transmettre les documents que nous avions demandés sur une soit disant « augmentation des désordres » invoquée à la rentrée 2010 pour fermer le lycée, et après une longue procédure de deux années, le président de Région Queyranne a été dans l'incapacité de fournir au tribunal les documents justifiant la décision de fermeture, alors annoncée à grand renforts de presse ! A ce sujet, une nouvelle instruction vient d'être ouverte par le Tribunal administratif de Lyon suite à la non exécution d'un jugement. Cette semaine, c'est pourtant celui-là qui a reçu le 3 octobre sous les ors de la République la Légion d'honneur des mains du ministre de l'Intérieur. Pourquoi ? Pour avoir tenté de fermer illégalement un lycée populaire ? Ou pour ne pas y être parvenu après des annulations par voie de justice ?

Un crime social, qui a été également préparé et soutenu par des membres de l'administration de l'éducation nationale : ainsi, des chefs d'établissements. dans un environnement éducatif devenu de plus en plus « concurrentiel » et dans le contexte de RGPP avaient été informés de cette forfaiture bien en aval de son annonce : un article du Dauphiné Libéré daté du 4 octobre 2010 (cf document attaché) en témoigne, dans lequel est décrite la manière dont un proviseur avait avancé dès le printemps 2010 l'argument de la fermeture prochaine du lycée Mounier pour rassurer les enseignants inquiets d'une baisse d'effectifs de leur établissement.

Le recteur a certes changé cet été, mais le manque de moyens se fait toujours cruellement sentir en particulier pour les quelques élèves entrés au lycée ces deux dernières années, qui se voient ainsi infliger une double peine ! La semaine écoulée, le ministre Peillon, accompagné de pas moins de deux de ses collègues, ministre délégués à la Ville et à la réussite éducative, a fait le déplacement à Grenoble pour signer des conventions liant l'éducation nationale à la politique de la ville, mais aucun d'eux pour venir saluer la communauté éducative résistante. Pourquoi ? Avons-nous été à ce point déméritants, en luttant pour maintenir cet outil de promotion sociale, que nous soyions ainsi ignorés au plus haut niveau de l'État ?

La vigilance reste donc de mise ; comme le montre le récent épisode de la stigmatisation du quartier de la Villeneuve à travers un reportage des plus partiaux d' « Envoyé spécial » et qui a fait réagir ses habitants, la guerre sociale si justement décrite par les époux Charlot-Pinçon dans leur dernier ouvrage « La violence des riches » bat son plein ; alors que la caste dominante bénéficie de l'impunité, plus que jamais les pauvres et les dominés, a l'image de notre pauvre lycée, doivent subir leur vindicte et leur arbitraire !

 

Sur Twitter : @j_soldeville

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