#54mars, #NuitDebout, non à l’effondrement de la République !

La « Nuit debout » a décidé de dédier la Journée du 54 mars (23 avril) au mot d'ordre « Séparation du MEDEF de l’Etat ! ». Faut-il y voir la raison pour laquelle, après s'être tue, puis l'avoir raillée, une partie de la caste politique se déchaîne aujourd'hui contre ce mouvement ?

Les Français-E-s refusent le projet de loi El Khomri, si improprement dénommée  « du travail », qui n'est ni une loi, mais une destruction de la loi, ni ne concerne le travail lui-même, mais est en fait la domination par l'entreprise. Pour notre part, nous ne reprendrons donc pas la formule, le vocabulaire, du pouvoir dont la domination s'exerce d'abord en instrumentalisant le langage.

Toutefois, faut-il y voir uniquement à travers son rejet par le corps social, celui de la politique de l’offre et des cadeaux de 41 milliards au MEDEF menée par Hollande, Valls et Macron ? Ou la « Nuit debout » nous dit- t-elle bien plus que cela ? Dans l’esprit d’une convergence des luttes pour une nouvelle République, de plus en plus de citoyen-nE-s comprennent en effet le rapport entre la destruction du Code du travail et la mise en avant du « secret défense », du « secret des affaires » et désormais de l’ « état d'urgence », les citoyen-nE-s assistent depuis des années à un processus long et continu d’effondrement de la République, qui doit s’achever par l’instauration d’une dictature des marchés financiers.

Dans notre quotidien s’impose et se banalise le spectacle abject d’une « Justice » qui semble méconnaitre l’idée même de justice avec le développement d’un système judiciaire qui fonctionne de plus en plus à double vitesse, où les délinquants en col blanc et des politiques notoirement corrompus ne sont pas inquiétés, et continuent de vivre dans une impunité quasi-totale, alors que les citoyen-ne-s les plus précarisé-e-s, tel ce SDF de 18 ans récemment condamné à 2 mois de prison ferme pour vol de riz et de pâtes « par nécessité », subissent une répression impitoyable de l'appareil d'Etat.  

Les riches sont en train de gagner la lutte des classes, aurait affirmé Warren Buffet, car c’est bien eux qui l’ont déclaré en cherchant et en parvenant dans la majorité des consciences, à en faire porter la responsabilité aux nombreuses victimes dont l’Histoire ne retient pas les noms, quand l’idéologie s’en empare pour la faire taire. Mais cette idéologie ne parvient pas encore à étouffer tous les effets destructeurs de cette emprise sans limite du pouvoir financier sur les citoyen-nE-s. Ainsi faisant suite aux « Lux Leaks » et aux révélations déjà anciennes de Denis Robert sur le rôle des chambres de compensation, les « Panama Papers » confirment l’ampleur de l’évasion fiscale (1 000 milliards par an selon la Commission européenne !), concomitante avec la destruction méthodique des services publics, avec la quasi mise en faillite des collectivités locales via une baisse historique des dotations (-11 milliards d'€). Il s’agit donc bien d’une guerre menée contre les peuples, et non d’une crise économique qui ferait partie d’une évolution nécessaire de cette économie ; il s’agit encore moins d’un phénomène naturel, ce que les citoyen-nE-s ont bien compris à travers cet autre slogan : « Le gouvernement nous pisse dessus, les media nous disent qu’il pleut ».

C’est dans ce contexte que s’inscrit la dite « loi travail » et son refus massif par les Français-E-s qui est l'expression d'une protestation contre une double négation : d’une part, la négation d’une vision de l'Etat, celle qui depuis Louis XI voit le pouvoir s'exercer au service de l'action publique dans l'intérêt du peuple ; et, d’autre part, cette négation de l’Homme et du citoyen qu’est la déconstruction de notre Droit du travail, car elle promeut le renversement de la hiérarchie des normes, principe de faveur qui veut que ce soit la disposition la plus favorable qui l’emporte entre le contrat de travail, l’accord d’entreprise, la convention collective de branche et la loi. Ce gouvernement touche donc au cœur même de notre construction historique et de notre contrat social. Or, gare aux conséquences telluriques ! On connait déjà le destin qu’a connu la tentative d'inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution qui venait à rebours de notre histoire longue ; elle revenait en effet à remettre en cause le droit du sol instauré depuis Francois 1er : « Qui touche la terre de France est libre ! »

Autre aspect rétrograde de la dite « loi travail », le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle, dans un avis publié le 11 mars, note que les femmes salariées en sont les principales cibles ; en effet, la possibilité pour les employeurs de modifier unilatéralement les horaires constituera une double peine pour les salariés à temps partiel (80% sont des femmes). La lutte contre la dite loi travail menée par la Nuit Debout s'inscrit donc aussi dans longue histoire du combat pour l'émancipation des femmes, qui vient d'être célébrée à Grenoble à l'occasion des 60 ans du planning familial. Un combat qui doit aujourd'hui redoubler d'intensité, car comme prévenait Simone de Beauvoir, « il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». Par ses manœuvres de diversion sur le voile à l'Université et son discours de stigmatisation des musulmans, le premier ministre Valls ne trompe personne, lui qui  livre davantage encore les salarié-E-s aux mains du patronat.

Par leur opposition massive à cette destruction de la loi, les Français-E-s refusent donc d'être transformé-E-s en chair à patron, et se reconstituent comme Peuple s'élevant consciemment ou intuitivement au nom de son Histoire et de sa culture, pour renouer avec elles, redonnant une réalité et un sens à cette Histoire, que le néolibéralisme voudrait effacer de la réalité sociale et surtout des consciences.

La « Nuit debout » a bien compris l'enjeu en arrêtant symboliquement le temps au mois de mars ;  le Medef, comme avant lui l'Eglise ou les empereurs de Chine, entend en effet maîtriser les corps et le calendrier afin de mieux prendre contrôle des consciences. Le mouvement refusera donc de passer au mois d'avril tant que le projet de loi ne sera pas retiré.

Face au néolibéralisme, à cette nouvelle servitude, qui exige de ses sujets qu’ils courbent toujours davantage l’échine face à ceux qui prétendent s'ériger comme leur maître, soyons plus que jamais citoyen-nE-s jour et nuit debout !

 

@j_soldeville

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