Le bonheur, c’est dimanche ?

L'indécision de nos concitoyen-nes lors de la présente campagne de l'élection présidentielle paraît être liée à un lourd climat de ressentiment et de désespoir à l'égard de la politique provoqué par les « affaires ». La résignation à ne plus rien vouloir pourrait tout emporter. Or, comme l'a écrit Eluard, « La nuit n’est jamais complète ».

Le nihilisme analysé par Nietzsche est le retournement des forces de vie contre la vie elle-même qui transforme l'amour en haine, le désir en pulsion, et prend actuellement deux formes.

Une première forme : l'humiliation de l'Homme au nom de fausses valeurs morales faussement supérieures, qui ne sont que le masque d'un domination haineuse et méprisante de l'Homme et de la vie, plus aujourd'hui les fausses valeurs morales, économiques et financières dans sa version mondialiste ou dans sa version du conservatisme moral mortifère.

Dans la première version, il s'agit comme l'expérience le montre déjà suffisamment, de la libération des pulsions à travers une déréglementation toujours plus généralisée, instaurant le règne du « droit du plus fort » expression qui se contredit elle-même, puisque comme le montre Rousseau, inspirateur de la Révolution Française à l'origine de notre République, ce n'est pas la force qui fait le Droit. Le droit du plus fort, qui semble être la devise de la mondialisation néo-libérale, n'est rien d'autre que la fin de l'état de Droit, le règne de la violence généralisée sous l'apparence d'une liberté qui n'est que celle des plus forts de dominer les plus faibles, autrement dit la mise en esclavage de tous les peuples de la terre. Voilà le nihilisme, la volonté de faire son profit sur la misère des Hommes en les réduisant à l'impuissance par l'illusion d'une liberté économique, qui n'est que la croissance économique alimentée par la « chair à canon » des appauvris contraint de « perdre leur vie à vouloir la gagner », et finalement d'y perdre aussi leur vie après avoir été rendus impuissants, comme le montre les nombreux exemples de salarié-es ayant acceptés de s'affaiblir économiquement pour soi-disant la survie de l'entreprise, pour en réalité les faire participer d'une manière masquée à leur mise à mort économique planifiée afin qu'ils n'aient plus qu'à désespérer, après qu'on leur ait fait perdre les ressorts de la révolte, quand finalement on ferme, ainsi plus facilement, quand même l'entreprise ou qu'on la délocalise, puisque aussi bien cela était prévu dès le départ. Voilà la destruction nihiliste de l'Homme et du citoyen par l'appétit de consommation illusoirement sans entrave. Une négation de l'Homme qui opère en mettant « En Marche » comme E. Macron le propose, le rouleau compresseur de la mondialisation.

Dans la deuxième version de cette première forme du nihilisme, il s'agit de faire une valeur non plus de la consommation illusoirement illimitée qui est de plus en plus inaccessible même dans des proportions modestes à la grande majorité des Hommes, consommation qui devient même de plus en plus, non plus une manière de survivre mais un risque de s'empoisonner, mais il s'agit de faire au contraire de l'esprit de sacrifice une valeur sous couvert d'un pseudo-catholicisme pour teinter de morale un cynisme élaboré en idéologie. Dans cette idéologie, il s'agit sous couvert de redresser la France, de re-dresser, dresser à nouveau, le peuple de France pour lui apprendre à être plus soumis aux intérêts de ceux qui détiennent le pouvoir économique. Dressage « moral » des individus auxquels on fait perdre le sentiment de leur dignité en les poussant à la résignation et à la culpabilisation, mécanismes de destruction de l'Homme non plus d'une manière extérieure par la mondialisation, mais d'une manière intérieure en les poussant au sacrifice « au nom de la France » , devenue la possession et l'entreprise de quelques-uns. Faire croire que le sort de la France dépend du renoncement des Hommes de France à leur humanité et par conséquent à leur citoyenneté , c'est la « morale » des Ripoublicains et de leur candidat F. Fillon.

Ce qu'il y a de commun à ces deux versions du nihilisme, c'est la banalisation de la violence économique subie par le peuple, dans une guerre contre le peuple, « la nouvelle guerre sans nom », par haine du peuple. Mais il existe une deuxième forme du nihilisme plus totale que les deux versions de la première forme.

La deuxième forme du nihilisme consiste non plus à renoncer à sa liberté sous la pression d'une haine subie et masquée en intérêt pour la France, mais de faire en sorte que les Hommes renoncent eux-mêmes à leur liberté en développant directement en eux la haine de l'autre, et faire en sorte que ce soit leur propre haine qui détruise leur citoyenneté et leur humanité. On retrouve là les mécanismes du fascisme masqués par la récupération et la manipulation d'idées politiques de gauche pour faire peuple, comme l'extrême droite l'a toujours fait à travers l'Histoire, un peuple qui marche au pas pour une « France en ordre » , c'est-à-dire la négation même du peuple se transformant en masse par la haine qui a empoissonné son cœur. C'est le nihilisme non plus des fausses valeurs faussement supérieures, mais le nihilisme de la disparition de toutes valeurs. Si la première forme de nihilisme avec ses deux versions soumet la démocratie aux dites lois du marché, la deuxième forme du nihilisme détruit la démocratie et la République ne faisant de la « res-publica », la chose publique, le bien commun, plus qu'une possession personnelle, comme le crient dans les meeting ceux qui sont gagnés par cette haine: « on est chez nous ». Par là, les égarés de la République entendent faire eux-mêmes la « loi », voulant par là faire de leur pulsion d'exclusion de l'autre une loi, expression de la dite « loi du plus fort » qui est la négation même de toute loi et le règne de la force violente. Ce chemin proposé par la candidate M. Le Pen mène immanquablement à la guerre civile.

 Mais preuve que cette pente de la haine fatale pour l'humanité n'est pas une fatalité, c'est qu'il existe une autre voie, celle du bon penchant pour l'autre, qui est le premier penchant naturel de tout homme avant que la négation de son désir de vivre ne l'ait déprimé ou perverti, celle d'une lutte contre toutes les formes de nihilisme, celle d'une humanité préservée par une refondation de la démocratie animée par la pulsion de vie contre la pulsion de mort, celle d'une authentique République dans laquelle le citoyen retrouve pleinement sa place dans une société dont il est lui-même le créateur pour un avenir en commun, l'amour de la culture, et un nouvel humanisme, celle d'un monde où les hommes retrouvent le goût du bonheur, la joie de vivre. Comme l'a montré Spinoza, la meilleure manière de dominer les hommes, c'est de les rendre tristes. Parmi les quatre candidats qui semblent pouvoir être présents au second tour, trois ont un programme qui spécule sur la haine et qui exploite la tristesse ; un seul appelle à la joie de l'Homme et du citoyen pour créer un avenir en commun, c'est Jean-Luc Mélenchon.

Le premier pas vers les Jours heureux, c’est dimanche ?

 

@j_soldeville 

 

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