Un nouveau festival de musique à Grenoble avec un trio d'enfer !

À l'heure où l'été musical pointe le bout de son nez, un trio est à l'affiche à Grenoble depuis quelques temps déjà. Les mélomanes risquent d'être consternés à l'écoute de leur dernier concert, mais essayons tout de même de les suivre dans leur création.

Il s'agit bien sûr du trio infernal composé de Jérôme Safar, Patrice Voir et Paul Bron. Normal, à Grenoble, le ps, le pcf et go « citoyenneté » sont dans le même orchestre.  En revanche, les solos auxquels ils se livrent depuis quelques semaines ne sont pas des plus harmonieux. 

Commençons par le soliste en chef: Jérôme Safar. Mister Jérôme poursuit une brillante carrière politique, puisqu'après avoir perdu aux municipales de Grenoble, il a été le directeur de campagne de Jean-Jack Queyranne aux régionales (caramba, encore perdu !) et il est maintenant directeur de cabinet à la mairie de Villeurbanne. Il rejoint donc une ville dont le maire a présenté le budget 2016 en expliquant que sa ville subissait une « baisse historique » des dotations de l'Etat (11 millions d'€ en moins de 2013 à 2017) et qu'à partir de là il était nécessaire d'accroître les recettes de fonctionnement en augmentant les recettes liées aux redevances et droits des services rendus par la ville aux usagers. Il est ainsi prévu après la forte hausse des tarifs de restauration scolaire l’année dernière, d’augmenter cette année les droits d’entrée dans les piscines municipales de plus de 10% ainsi que d'autres tarifications. Il y a aussi l'augmentation des frais de transports collectifs, la baisse des subventions, la suppression de postes... Enfin le virement à la section d’investissement diminue lui aussi: de 12 M€ en 2014 il passe à 8,1 M€ en 2016. Mais voilà que, à Grenoble, notre bon docteur Safar critique les mesures prises par la municipalité grenobloise et conteste l'expression de « baisse monstrueuse » des dotations.. Et oui, pas « monstrueuse » juste « historique », faut être précis, c'est pas la même chose ! Camus ne disait-il pas que mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde, en l'occurrence au malheur des 36000 communes de France ? Il explique aussi dans une lettre, signée aussi par tous les élus socialistes (cf Dauphiné Libéré du 11/06) qu'en aucun cas la situation grenobloise « ne peut être imputée aux baisses de dotations »... Si on comprend bien, Mister Jerôme n'est pas d'accord avec Docteur Safar. 

Le cas de Patrice Voir du pcf est quelque peu différent : d'après l'interview qu'il a donnée au DL du 11 juin, sa boule de cristal lui aurait menti ou alors il ne l'aurait pas crue, on sait pas trop. Celle-ci en effet lui aurait dit que la nouvelle équipe municipale allait mener une politique austéritaire (sans doute après l'engagement de campagne de ne pas augmenter les impôts ?). Un devin, vous dis-je ! Il était le seul à savoir que le Président de la République allait imposer une purge austéritaire historique de 28 milliards d'€ aux collectivités... À moins que sa présence avec les élus socialistes (et de droite) au sein de l'équipe Destot lui ait permis d'être au courant de la situation catastrophique des finances municipales avant tout le monde ? Mais alors que ne l'a-t-il dit dans la campagne électorale des municipales de 2014 ? « Une vraie politique de gauche se caractérise par la défense et le développement du service public, sûrement pas par sa destruction » dit-il aussi. Ça sonne bien et là on pourrait se dire enfin une note juste, pas bleue certes, mais au moins juste... mais dans ce cas comment expliquer que son parti soutienne Alexis Tsipras qui en Grèce mène une politique austéritaire imposée par l'Europe et qui consiste... à « démanteler » le service public ? Ouh là ! Le syndrome Mister Jekill et Docteur Hyde s'étendrait-il à toute l'opposition « de gauche » ? 

Enfin, il y a le troisième compère, Paul Bron. Un opposant des plus critiques et agressifs depuis deux ans, qui tout à coup propose son aide face « à une situation un peu grave (sic) au niveau financier » et qui dit, à propos du plan sur les services publics, qu'il ne « dit pas  (si, si! cf DL du 11/06) qu'il ne faut pas le faire »... et qui siège dans le même groupe que Jérôme Safar ! Et oh, la « gauche » il faudrait savoir !

Au final on comprend mieux la difficulté de leur exercice musical: ils pensent être trois solistes sur scène, mais ils sont au minimum cinq et, en plus, chacun joue sa propre partition... Ah, ces amateurs !

Mais, si cette cacophonie écorche nos oreilles, les Grenoblois-e-s savent très bien distinguer la bonne de la mauvaise musique. Et les élus responsables des politicards hypocrites. 

 

@j_soldeville

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