Hollande ou le syndrome de Guy Mollet

En tant qu'élu de la République et conseiller municipal de la Ville de Grenoble, difficile de ne pas vivre douloureusement cette journée du 23 décembre 2015.

Nous avons en effet aujourd'hui vu un exécutif supposé être de gauche, pour des raisons bassement électoralistes, prendre la décision de rompre la digue idéologique qui le sépare de l'extrême droite, alors que la lutte antifasciste a une place fondamentale dans l'Histoire de la Ville, faite Compagnon de la Libération par de Gaulle en 1944 en raison des actes de résistance de ses habitants.

Tout cela ravive aussi pour nous le souvenir douloureux du discours « de Grenoble » prononcé à la préfecture de l'Isère par le prédécesseur de Hollande en juillet 2010, et qui fut alors à juste titre considéré par les forces de gauche et républicaines comme une première tentative de rupture du pacte républicain.

Grenoble, ville carrefour construite par de multiples apports humains, voit bien à travers cette volonté d'inscription de la déchéance de la nationalité des binationaux dans la Constitution, une stigmatisation de ses communautés et une opposition dangereuse des Français entre ceux qui seraient « de papier » et ceux qui seraient « de souche », pour reprendre la détestable rhétorique chère au FN depuis sa création.

Elle ressent donc dans sa chair cette nouvelle atteinte aux principes constitutifs de la Nation, la désignation des étrangers comme boucs émissaires et cette profonde une atteinte aux valeurs républicaines d'égalité et de dignité.

Pour motiver cette décision dramatique, l'exécutif invoque une situation exceptionnelle, qui justifierait l'altération de l'ensemble du cadre juridique républicain.  « Il semble que plus un Etat sent fuir son autorité et plus il cherche à parer aux conséquences de sa faiblesse par des moyens autoritaires. », pouvait-on déjà lire dans le quotidien Le Monde, quelques mois après la Toussaint rouge de novembre 1954 lors de l'instauration de l'état d'urgence.

Ces propos sont d'une étonnante actualité. Le président Hollande n'a rien appris de l'Histoire, il se lance à corps perdu dans une fuite en avant qui le mènera à sa perte et commet aujourd'hui les mêmes erreurs fatales qui précipitèrent la chute de la IVeme République. Il est le nouveau Guy Mollet.

Comme l'ont fait les citoyen-e-s de notre commune, en rejetant massivement les idées de la droite extrême et de l'extrême droite lors des dernières élections régionales, les élus de la République siégeant dans les deux assemblées, les députés Destot et Fioraso, les sénateurs Giraud et Chiron ne doivent pas faillir et doivent rejeter cette forfaiture lors du prochain vote du Congrès !

Jérôme Soldeville, conseiller municipal RCGE, Rassemblement Citoyen de la Gauche et des Ecologistes, Ville de Grenoble

Sur Twitter @j_soldeville

 

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