Le lycée Mounier ou l'abus de pouvoir permanent

Premier week end d'été sur les Alpes. Le temps est superbe. Nous devrions nous détendre et goûter aux joies de la montagne. Pourtant le collectif Mounier est toujours mobilisé et doit continuer à défendre son lycée.

Premier week end d'été sur les Alpes. Le temps est superbe. Nous devrions nous détendre et goûter aux joies de la montagne. Pourtant le collectif Mounier est toujours mobilisé et doit continuer à défendre son lycée.

Nous ignorons encore à ce stade si toutes les nombreuses demandes de dérogations pour l'inscription en seconde, les demandes de retours d'élèves du public et du privé, les arrivées en classe de Terminale seront toutes acceptées. En tout cas, on nous a clairement fait sentir en haut lieu, que le lycée Mounier n'était aucunement une « priorité », que d'autres établissements de l'académie « passeraient avant nous » .

Donc, pas de miracle à attendre, pas de plan d'urgence en vue non plus, malgré le « changement ». Même pas la reconnaissance d'une injustice et d'une terrible souffrance collective vécue depuis près de deux ans maintenant ?

Un autre événement est venu nous conforter dans l'idée que décidément on ne retournerait pas de sitôt à la « normalité » dans ce dossier ; les membres du Conseil d'administration se sont vus adresser par la Région Rhône Alpes un document intitulé « programme fonctionnel » qui doit être proposé au prochain « groupe projet » du 26 juin travaillant à l'avenir du lycée. Ce document comporte un nombre impressionnant d'erreurs factuelles : par exemple sur la page de garde Grenoble est situé en … Ardèche. Cela ne donne pas l'impression d'un très grand sérieux.

Voilà ce qui nous inquiète : le « programme fonctionnel » en question postule en effet «  l’occupation partielle des locaux existants avant et pendant l’exécution des travaux en la rendant compatible avec la sécurité des élèves et des personnels. » et a pour objectif « la pérennité du fonctionnement du lycée à effectif réduit ». De plus, « les fonctions assurées actuellement dans des bungalows provisoires devront être maintenues », comme les locaux des agents, l'espace médico-social et la salle de musique. Pauvre piano qui va devoir demeurer des années dans un algéco, alors qu'à deux pas de là, la salle de musique est prête à retrouver instrument, professeur et élèves ...

Or, est-il nécessaire de rappeler ce qui sont à ce jour trois évidences :

  • Aucun document présenté depuis le printemps 2010 n'atteste d'une dangerosité des bâtiments à court et à moyen terme

  • Le jugement du tribunal administratif en date du 24 novembre 2011 a annulé la décision de fermeture du bâtiment D

  • Le jugement du tribunal administratif en date du 4 juin 2012 a annulé la décision du recteur de ne pas utiliser à des fins pédagogiques et éducatives le bâtiment D

En conséquence, il n'y a aucune justification aux limitations imposées par le programme fonctionnel. Et le lycée doit pouvoir avoir la jouissance pleine et entière de tous ses locaux durant les années à venir pour toute activité et usage qu'il jugera utile !

Que se passe-t-il alors ? Quelle est la raison de cet acharnement à ne pas appliquer le droit dans cet établissement ? Où faut-il en chercher l'explication ?

Nous faisons sans doute partie du petit nombre de ceux qui ne peuvent se résoudre à accepter l'inégalité et à l'injustice, évoqué vendredi soir par Edwy Plenel pendant la soirée spéciale consacrée au 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Comme un certain nombre internautes abonnés à Mediapart, j'ai en effet suivi avec beaucoup d'intérêt cet événement et ai écouté avec émotion les chansons du Grenoblois Amazigh Kateb. Voir ici et .

A ce propos, un souvenir me revient : lors de notre première manifestation au siège de la Région Rhône-Alpes, nous avons assisté au vote par l'assemblée de la restauration de la basilique d'Annaba. A vrai dire, nous, qui venions défendre la cause du service public d'éducation à travers notre lycée, étions interloqués. N'était-il pas curieux qu'une collectivité locale portât de la sorte un intérêt à l'égard d'un monument religieux, de surcroit symbole de l'ère coloniale ? Des associations laïques ont d'ailleurs décidé de porter l'affaire devant le tribunal administratif et ont depuis obtenu l'annulation de la décision.

Lors de la soirée de vendredi, Mehdi Lalloui, président de l'association « Au nom de la mémoire », a caractérisé la colonisation par l'abandon de la justice et l'usage systématique de la violence. Analyse qui trouve une étrange résonance au lycée Mounier, même s'il s'agit ici bien entendu d'une violence qui s'exerce symboliquement ; l'ultime épisode du programme fonctionnel nous confirme en effet qu'aux yeux des décideurs dans ce dossier les usagers de l'établissement ne sont point des « citoyens » mais des « sujets » !

Quelques faits éclairants plaident pour cette interprétation :

  • le lycée Mounier est un lycée dont le recrutement figure parmi les établissements les plus « mixtes » sur le plan social et culturel avec le plus fort taux de boursiers de l'académie de Grenoble.

  • Une des premières affaires médiatisées dites du « foulard » a éclaté en 1994 dans cet établissement.
  • En 2002 un débat organisé par le club Unesco du lycée au sujet de la Palestine a provoqué un tollé chez quelques bien pensants.

Il est donc tentant de penser que les représentations et les stéréotypes expliquent les dérives que nous observons et les comportements odieux auxquels nous sommes toujours confrontés. Il y a fort à parier aussi que, si la situation était identique dans tel ou tel établissement du centre ville, au recrutement social plus huppé, le comportement de nos décideurs serait lui tout autre !

Pour paraphraser Robert Bonnaud dont l'ouvrage « Itinéraire » a été cité vendredi par Edwy Plenel et qui écrivait que « l'Algérie, c'est beaucoup plus que l'Algérie », nous n'hésitons pas aujourd'hui à écrire que Mounier, c'est beaucoup plus que Mounier !

Puissent les politiques responsables, aux premiers rang desquels le ministre Vincent Peillon, la ministre et députée de la circonscription Geneviève Fioraso, le député maire Michel Destot et le premier adjoint à la Ville et président du groupe socialiste à la Région Jérôme Safar, faire cesser définitivement les abus de pouvoir dans ce dossier !

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