Chronique de Bourganeuf #2 - "Le Bretteur"

Une chronique lumineuse concernant Armand T. (d’Ambazac) divulguée par Jérôme T. (de Bourganeuf) Chapitre II « Le Bretteur » ∗∗∗ INTERDIT AUX MINEUR(E)S — RÉSERVÉ AUX HABITANTS DU HAUT-LIMOUSIN

Sur le parking de l’hypermarché, Sabrina (du Babel Oued* de Guéret) se pencha pour ramasser un paquet de biscuits chocolatés, beurrés des deux côtés. Assis non loin de là sur le siège conducteur en simili cuir fumé de son Ford Transit, Armand T. (de Bourganeuf) détaillait aimablement sa silhouette, particulièrement ses jambes couleur bronze s’évadant d’une courte robe en coton fleuri. Armand T. la fréquentait un peu, de loin. Sabrina (du Babel Oued) était une bonne amie de Karina V. et de Samantha T., la fille d’Armand T. Il baissa la vitre et l’interpella :
« Sabrina ! »
La jeune femme se retourna comme si elle venait d’être prise en faute. Quand elle rencontra le regard amical de Armand T., elle plissa les yeux d’un air mécontent. Armand T. lui montra ses dents d’une manière qu’il voulait convaincante.
« Sabrina, c’est moi : Armand T. !
— De Bourganeuf ? »
Il hocha la tête, descendant de son Ford Transit, regrettant ses tongs noires et son tee-shirt blanc douteux.
« C’est bien ce que je pensais, dit-elle à voix haute.
—Tu vas bien ? » demanda Armand T. en tendant ses lèvres pour un claquage de bises standard.
Elle hésita, avant de tendre sa joue qu’il eut à peine le temps d’effleurer. « Ouais. Et toi ?
— Ça roule mieux depuis que je te vois.
— Ah ouais, j‘imagine.
— T’imagines quoi, Sabrina ?
— Façon de parler. T’excite pas. J’imagine rien du tout, en tout cas, pas avec toi.
— T’as tort, Sabrina, je suis le meilleur bretteur de Bourganeuf, voire au-delà.
— Le quoi ?
— Le bretteur !
— J’connais pas. »
Armand T. émit une espèce de ricanement et posa une main chaude sur l’épaule de la jeune femme. Il était hypnotisé par le moulage de ses seins sous la cotonnade déjà déboutonnée. « Pas grave. T’as une minute ? Je voudrais te montrer ce que c’est, un bretteur.
— Où ça ? J’ai pas beaucoup de temps. Alphonso (de Limoges) m’attend pour dîner au Babel Grill**.
— Alphonso ? Il va bien, lui aussi ? La dernière fois que je l’ai croisé, il crachait ses tripes, derrière la mairie.
— Je sais. Il vomit vachement souvent ses tripes. C’est pour ça que je vais le voir.
— D’accord, je comprends bien… (Il l’examina lentement, des pieds à la tête, comme s’il évaluait une pouliche de luxe. Pendant cet examen silencieux, Sabrina leva les yeux au ciel, songeant à Alphonso qui allait vers ses soixante ans et une prostate anémiée.) Je dirais qu’on en aurait pour vingt minutes, maximum.
— J’en ai que dix.
— Va pour dix. »

Ils se dirigèrent vers le Ford Transit. Il en ouvrit la porte coulissante et l’invita à grimper.
« Putain, kess ky fait chaud là-dedans ! se plaignit Sabrina une fois à l’intérieur.
— Je sais. Si tu veux, tu peux te déshabiller, mais t’es pas obligé, hein. On en a pas pour longtemps. » Il referma la porte coulissante.
« Eh, crois donc pas que tu vas me baiser ici, Armand T. ! s’offusqua-t-elle.
— Kess que tu racontes, protesta-t-il en baissant son bermuda. Je me mets à l’aise, on est quand même chez moi, ici. »
Elle fixa son entrejambe, puis lâcha : « Merde, t’as raison. » Elle fit glisser sa robe sur ses jambes. Comme il le subodorait, Sabrina n’avait rien en dessous. Il éprouva cependant une petite déception en découvrant un pubis glabre, alors qu’il préférait les touffes foisonnantes. Elle regarda autour d’elle, cherchant un endroit où s’asseoir. Un matelas pisseux était posé contre les sièges de la cabine avant.
L’air absent, elle se massa un sein tandis qu’Armand T. ôtait son slip. Son sexe se dressait tant et si bien que plutôt mal. Il était un peu désarçonné par le manque d’enthousiasme de Sabrina. Il espérait plus.
« Écoute, Sabrina, je veux pas te forcer, tu sais. Si ça pose problème, rapport à Alphonso.
— Meuh non. Tu veux m’enculer, c’est ça ?
— Hein ?... Euh, ouais, si t’es d’accord, bien sûr.
— Hé, je le sais bien que tu préfères les chattes poilues, Armand T., toutes les salopes de Bourganeuf le savent.
— Mais t’es pas de Bourganeuf, toi ! répliqua-t-il tout en se caressant délicatement les bourses.
— On s’en fout, décréta-t-elle en s’accroupissant. C’est comme je te dis : toute les salopes du coin, elles le savent. (Elle tortilla mollement son derrière.)  Allez, va, montre-moi donc ce que c’est qu’un bretteur de Bourganeuf.
— Ah bon, merde ! J’arrive pourtant pas à y croire que toutes les dames du coin connaissent aussi bien mes penchants naturels ! », lança-t-il avant d’engager une conversation plus intime.

 

* Établissement de seconde zone, dédié aux routiers internationaux de passage dans l’Empire du Limousin de Dédé 1er

** Établissement de troisième zone, dédié aux amateurs de boudin noir et de tourtière

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