Chronique de Bourganeuf #7 - "L'animal"

Les confidences de Karina (du Babel Grill) Un récit émouvant d’Armand T. (d’Ambazac) Chapitre 7 : « L’animal » ∗∗∗ INTERDIT AUX MINEUR(E)S — RÉSERVÉ AUX HABITANT(E)S DU HAUT-LIMOUZIN

La viande était un peu trop cuite. Karina (du Babel Grill) s’en plaignit au serveur – celui-ci s’excusa – et promit d’en parler autour d’elle. Je décidai d’intervenir. Après tout, on était là pour fêter un heureux événement. Je levai mon verre de Mouton-Rothschild, proposant de porter un toast. Karina accepta de mauvaise grâce. Elle portait robe de soie rouge, décolleté savant, boucles d’oreille en or massif du Ténérife et maquillage oriental mettant en valeur la finesse de ses traits de tigresse des îles. Cela faisait trop longtemps que je n’avais pas honorée comme il se doit sa belle nature.
« Te fais pas trop d’idées, me balança-t-elle en reposant son verre. C’est pas parce que j’ai décroché ce job d’hôtesse de l’air que tu vas pouvoir m’envoyer au septième ciel.
— Ha ha ha ! Toujours autant d’humour, Karina.
— J’te connais un peu, Armand T. Pour tremper ton engin de chantier, t’es prêt à toutes les saloperies.
— T’as une drôle d’opinion de moi. C’est vrai que j’aime bien ramoner les puits sans fond, mais, bon, je sais me tenir.
— Tant mieux. » Elle avala une bouchée de purée de carottes tiède.
« Et comment ça va avec ton Michel (de Couignoux) ? Y baise toujours comme un chiffonnier asthmatique ?
— Non, ça va mieux, m’assura-t-elle. Il prend des médocs, un truc danois, avec des algues, et une crème hydro… je sais plus quoi.
— Hydrofuge ?
— Ça doit être ça : hydrofuge.
— Et Carlos (d’Orluc) ?
— Oh lui, tout ce qu’il veut, c’est se faire masser les couilles en regardant un match de hockey ou de tennis féminin.
— Merde ! m’emportai-je. Quel con ! J’lui ai dit qu’il fallait qu’il arrête avec ça. Il va finir par choper une hernie testiculaire, un truc vachement grave. Quel con, alors lui !
— Ouais, remarque, c’est pas vraiment mieux qu’avec Henri (de Massoutre).
— Ah ouais ?
— Ouais, cet enfoiré crache le jus en deux minutes chrono, et dans le cul en plus.
— Zut alors ! Il faut lui dire de bien prendre son temps.
— Je sais, mais quand même, je l’aime bien. Il est gentil. »
Croisant le regard attentif et envieux d’une sexagénaire assise à la table d’à côté, je m’empressai de détourner les yeux. « Tu voyais pas aussi ce Marco (de Le Bec) ?
— Si, si, il débarque le samedi, avec ses deux potes, l’Antillais albinos et le Malgache boiteux. On boit des bières brunes. Enfin, surtout eux. Moi, je me fais remettre par les trois trous.
— Et c’est bien ?
— Bof, ça dépend. Ça devient vite la routine. Non, je préfère Luis (de Masgoutier). Lui, y sait drôlement y faire, la vache.
— Ah bon, mais je croyais que c’était une tantouze ?
— Tu plaisantes ? C’est un bouffeur de chattes !
— Il met sa queue aussi ?
— Non, jamais, il se sert que de sa langue.
— Ah, tu vois bien que c’est une tante.
— Mais non, pas Luis, j’te dis !»
Je terminai mon gigot, avant d’examiner la carte des desserts.
« Tu prends quoi, ma chérie ? »
Elle regarda à son tour le menu. « Oh, bon, une crème brûlée, avec des framboises. »
Alors que je venais de commander, je sentis le pied nu de Karina me frôler la jambe.
« J’ai vachement envie de toi, mon gros cochon, susurra-t-elle.
— Moi aussi, ma puce, j’ai envie de sortir mon dard, répondis-je.
— Tu me rejoins dans les toilettes pour dames ?
— Hein, on va pas chez toi ?
— J’peux pas. J’ai Robert (de Broussouloux) qui m’attend depuis une demi-heure. J’peux pas lui faire ça. Sans te mentir, il a une véritable queue d’âne, tu verrais ça !
— Merde ! Je savais pas.
—Bon, j’y vais. Tu me rejoins au sous-sol dans deux minutes, OK ? Deuxième cabine à gauche. Te goure, pas, mon pote. Ça serait trop bête, hein ?
— OK », fis-je, vaguement déçu – et aussi un peu jaloux de cet animal de Robert. Une queue d’âne : j’imaginais Karina en pâmoison devant mon collègue, et ça me foutait les boules grave. Je jetai ma serviette sur la moquette et repoussai ma chaise avec force, faisant sursauter la sexagénaire de la table d’à côté. Je n’avais peut-être pas une queue d’âne, mais j’allais la faire miauler au moins aussi fort que cet animal de Robert !

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