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Tête de turc, affectée aux affaires courantes et autres sujets d'importance

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Billet de blog 4 septembre 2019

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La Malédiction de Roberta - Chronique de Bourganeuf - Episode 5 "Les protecteurs"

La malédiction de Roberta - Épisode 5 "Les protecteurs" Une aventure éclairante d’Armand T. (d’Ambazac), déclamée par lui-même ∗∗∗ INTERDIT AUX MINEUR(E)S — RÉSERVÉ AUX HABITANT(E)S DU HAUT-LIMOUZIN

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La fille était nue. Elle pleurait et se frottait les yeux en même temps. Moi aussi, j’étais très énervé, mais il fallait bien en passer par là. La bougresse venait de se faire salement réprimander — et de recevoir sur la tronche une belle paire de torgnoles. Pauvre chérie, elle n’était sûrement pas habituée à se faire traiter comme ça. D’après Samantha T. (ma fille), elle venait de Saint-Germain-des-Prés, un quartier haut de gamme. O.K., Anne-Claude (de Saint-Germain), peut-être qu’elle dormait l’arrière-train dans la soie et qu’elle respirait du Guerlain au petit-déjeuner, mais elle était — elle aussi — accro à la dope. En conséquence, il lui fallait du blé, beaucoup de blé. En tout cas, plus que ce que lui refilaient ses parents qui se figuraient qu’elle étudiait la littérature allemande à Panthéon-Sorbonne. Je me retenais pour ne pas éclater de rire. Littérature teutonne ? Putain ! Anne-Claude, la lippe tremblante au-dessus de ses yeux bleu azur étincelants, elle se faisait son shoot matin et soir, prête à satisfaire des inconnus pour ne plus avoir à quémander sa famille.
« Ça sera beaucoup plus rentable » lui avait certifié Samantha qui en connaissait là-dessus un sacré rayon. J’avais envoyé ma fille à la recherche d’une nouvelle recrue dans le quartier latin, sur les bancs qui encerclaient le Panthéon et où pullulaient les étudiantes en mal de bronzage. Anne-Claude avait écarquillé les paupières sans répondre. Samantha avait toujours eu un sixième sens pour détecter les jeunes filles en manque et sans tabous inutiles. « Tu sais, avait ajouté ma fille, en fait, ça changera pas grand-chose si tu réfléchis à ce que tu trafiques déjà dans les chiottes de l’amphi. »
Anne-Claude avait lentement passé la main dans ses longs cheveux bruns, puis elle avait fini par demander à Samantha combien.
« Oh, avec ta belle gueule et ton cul tout blanc, je dirais 500 par jour, frais déduits. 
— Quels frais ? avait-elle questionné, méfiante.
— Ben, les miens et ceux de mon père. On sera tes protecteurs. Sans protecteurs, t’irais pas bien loin, tu sais. Ou alors, on va te retrouver un matin affalée près d’une poubelle, saignée aux quatre veines. »
Anne-Claude avait acquiescé. Samantha l’avait ramenée deux jours plus tard pour l’entretien d’embauche. Appétissante, maquillée et bandante : la classe, tous azimuts. Je l’avais fait tourner sur elle-même, puis j’avais demandé s’il y avait des trucs qu’elle aimait pas faire. Après avoir interrogé du regard Samantha qui avait hoché la tête, elle m’apprit que la sodo la branchait pas plus que ça, en tout cas, pas avec les gros calibres. Je l’avais tout de suite rassurée : avec nous, ce serait jamais un problème, parce que Samantha se chargerait de la sélection. Pour le reste, avait annoncé Anne-Claude d’une petite voix bien élevée, pas de problème, pourvu que ce soit rémunéré. À ce moment-là, je pensais que tout était réglé, ou presque. Malheureusement, quand je l’avais incitée à enlever son débardeur, elle avait tiqué. Samantha insistant gentiment, elle avait consenti à céder. Assurément, on disposait d’un matériel de premier choix. Pour peu qu’elle quitte son air pincé, limite revêche, on allait se faire quelques couilles en platine. Elle devait juste apprendre à travailler avec le sourire.
J’avais approché une main, et elle avait bondi en arrière. Une vraie chatte sauvage. Ça promettait. Samantha avait entrepris de la calmer, disant que c’était la procédure.
« Quelle procédure ? avait-elle rétorqué. Je me fais pas toucher par les vieux. »
Aussitôt, Samantha était venue lui décocher une première baffe, puis j’en avais remis une couche, pour la forme. On en était là.

La gamine, reniflant un bon coup, arrêta finalement de chialer. Je m’assis sur le lit et soupirai, l’œil à la fois compréhensif et plein de reproche.
« Bon, Anne-Claude, écoute-moi : je pense que tu ferais mieux de retourner chez toi, passkeu, tous les deux, on se dit que t’es pas prête, et je dis pas ça pour t’emmerder, non, jamais de la vie.
— Papa a raison, approuva Samantha.
— Tu la ramènes chez elle, ma chérie ? »
La fille se redressa, les yeux rougis.
« Non, non, je savais pas, mais je veux ce fric, j’en ai besoin, s’il vous plait.
— Anne-Claude, fais gaffe, on est pas là pour plaisanter. Si t’es pas prête, on va pas en faire tout un plat. Fais-toi encore la main avec les mecs de l’amphi, et puis reviens nous voir. Nous, de toute les façons, on pense que t’as un bel avenir, avec ou sans nous, mais que ça serait encore mieux pour tout le monde si c’était avec nous.
— Exactement, papa.
— Non, non ! Je vous en prie... (Elle se tourna vers moi, essayant vaillamment de se montrer sous son meilleur jour.) Allez-y, vous pouvez me tripoter.
— T’es sûre ? demandai-je. Je voudrais pas m’imposer.
— Mais oui ! Où vous voudrez ! »
Après avoir retiré son débardeur, elle attrapa ma main et la posa sur ses bonnets C. Je tâtai et soupesai. C’était chaud, souple et ferme.
Samantha vint près de nous et plaqua une main sur le cul d’Anne-Claude. La fille se raidit.
« Allons, allons, dis-je, mon petit canard, y faut bien qu’on vérifie nous-mêmes la qualité. »
Samantha la chauffa, debout. Elle se mit à gémir. Il fallait bien tendre l’oreille.
« Vas-y, papa, elle est prête. »
Je vins au contact. Un moment, je crus qu’elle allait dégueuler. Samantha la fit s’agenouiller. Après quelques tapes sur la tête, elle finit par s’activer, puis, galamment, je l’aidai à se relever, avant de l’inviter à s’accroupir en la rassurant sur mes intentions : il n’était pas question de sodomie. De toute façon, mon chibre l’aurait déchirée.
Samantha en profitait pour effectuer avec son smartphone quelques clichés destinés au book de notre nouvelle camarade. Dès ce soir, elle les mettrait en ligne sur notre site. J’avais trouvé son pseudo : Reine Claude, notre première escort. Je sentais que les clients allaient se bousculer. Paris serait toujours Paris. La Reine Claude prit l’initiative d’un délicat feulement quand je conclus. Tout en m’essuyant avec le débardeur de la donzelle, je félicitai Samantha occupée à recadrer ses photos. Si elle nous en dégottait encore deux ou trois comme Anne-Claude, notre fortune était à portée de main.

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