Les jeunes activistes révolutionnent la révolution.

Au-delà de Greta Thunberg les dynamiques initiées par de jeunes activistes obtiennent des résultats sans commune mesure avec les méthodes traditionnelles des organisations existantes. Le contenu est aussi important que la manière de faire. La construction d’une lucidité collective où les citoyens sont premiers et les organisations au service de ce rassemblement et non d’elles-mêmes, est urgente.

 

Les jeunes activistes révolutionnent la révolution. 

 

La mise sous les projecteurs de Greta Thunberg après ses voyages en France et aux États-Unis devrait inciter à faire davantage cas des dynamiques initiées par de jeunes activistes partout sur la planète.

La portée du phénomène est largement sous-estimée par l’ensemble des forces de gauche ou se voulant proposer une alternative au système actuel.

Ces dynamiques obtiennent des résultats concrets et font bouger les lignes avec des capacités de rassemblement et d’efficacité sans commune mesure avec les méthodes traditionnelles dont les organisations existantes peinent à se sortir.

Les thèmes vont bien au-delà du climat. Melaty Wijsen  (interdiction des sacs plastiques en Indonésie),  Xiuhtezcatl Martinez (combat contre les gaz de schistes au Colorado), Memory Banda (interdiction des mariages forcés au Malawi),  Maya Mathangui (dénonciation du génocide Tamoul- Royaume Uni – Migrants), Mary Finn (sauvetage migrants en Méditerranée) … la liste est sans fin. Des dynamiques puissantes se multiplient avec de jeunes activistes baignant dans la révolution numérique, la recherche de dignité et de reconnaissance, l’humain et l’authenticité, les luttes écologiques, sociales, anticorruption, féministes… Les engagements sont aujourd’hui multidimensionnels. Le rejet du néolibéralisme ressort systématiquement et avec force.

Ces jeunes remixent les luttes de leurs aînés à leur manière. Leur démarche inductive autour de contenus décidés par les intéressés eux-mêmes a plus à voir avec le communisme - au sens où le définissait Marx c’est-à-dire le mouvement effectif qui abolit l’état actuel des choses- qu’avec beaucoup de discours rabâchant des dogmes d’antan. Ces mobilisations où le contenu est aussi important que la manière de faire, tranchent avec les pratiques politiques de récupération ou de rassemblement autour de soi.

 La révolution numérique porte en elle des formes de démocratie nouvelles que les forces politiques actuelles se refusent à défricher. Les logiques de prise de pouvoir sont totalement percutées par un pouvoir d’agir personnalisé, transversal et démultiplié. Les témoignages ou histoires de vies et d’évènements se transmettent maintenant directement sans médiation.

Les contradictions du capitalisme néolibéral provoquent partout et dans tous les domaines des situations explosives. Mais révolte n’est pas synonyme de révolution et une lucidité collective est quelque chose qui se construit.

 Les fonctionnements identitaires, où chacun priorise son propre discours et le rassemblement autour de soi, mettent hors-jeu aujourd’hui - ou au mieux à la remorque - les différentes composantes de la gauche et de l’écologie politique. C’est vrai dans la plupart des rassemblements citoyens, pour les dynamiques créés par les lanceurs d’alertes comme pour le mouvement des gilets jaunes.

La construction d’une lucidité collective où les populations, les citoyens, les travailleurs sont premiers et les partis ou organisations au service de ce rassemblement et non d’eux-mêmes, est aujourd’hui possible tant les attentes et les déterminations à des changements concrets sont fortes.  Il y a là matière à réhabiliter la politique. Faut-il encore l’entendre.

 

Jean-François BOLZINGER - Billet 9 - 7 septembre 2019

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.