Ronds-points et lieux de travail

La jonction entre les ronds-points et les lieux de travail autour de contenus progressistes est lourde d’enjeux. Si le syndicalisme doit se saisir des enjeux sociétaux, la collectivité doit aussi se réapproprier l’entreprise. Le renouveau du syndicalisme comme de la politique se joue sur de telles questions.

Ronds-points et lieux de travail

 

Une militante CGT se mettait à rêver d’une insurrection à la fois dans la rue et dans les entreprises, « pour que les producteurs et consommateurs se mobilisent ensemble afin que la révolte devienne révolution ».

Quelle ne fut pas la surprise de syndicalistes reconnaissant sur un rond-point parmi les gilets jaunes des collègues de leur entreprise que disaient-ils « on ne voit jamais ».  Tout se passe comme si une bonne part des salariés avaient intériorisé qu’il était impossible d’agir aujourd’hui dans l’entreprise.

Autour des ronds-points s’exprime une solidarité avec les chômeurs, les retraités, avec des jeunes exclus du travail. Celle-ci s’oppose à une vision américaine de l’entreprise au centre de la société, hors de laquelle vous n’avez aucune protection et vous n’existez pas. La jonction entre les ronds-points et les lieux de travail autour de contenus progressistes est lourde d’enjeux.

Paradoxalement dans nombre d’entreprises, l’annonce du président de la république d’une prime de Noël au bon vouloir de l’employeur a provoqué des échanges et interventions communes entre gilets de différentes couleurs pour « aller chercher cette prime ensemble ».

Un syndicat d’une grande entreprise interpelle quant-à-lui par lettre ouverte le PDG en demandant d’arrêter avec les pratiques d’optimisation et d’évasion fiscale et que l’entreprise paye tous les impôts dus en France. « L’impôt c’est quand même une mutualisation, une solidarité des riches envers les pauvres. Si le syndicat ne s’occupe pas de ça, pour qui passe-t-on ? Notre lettre ouverte veut faire réfléchir tous les salariés là-dessus. On ne peut pas se désintéresser des responsabilités de l’entreprise vis-à-vis de la collectivité »

Des associations qui alertent sur le réchauffement climatique interpellent quant-à-elles de grandes banques pour dénoncer leur soutien à des industries polluantes mettant en cause à terme la vie de la planète.

Les enjeux sociaux et écologiques appellent aujourd’hui une jonction des associations et des syndicats.

L’entreprise est toujours considérée comme un simple lieu : lieu de travail ou de profit, lieu d’exploitation, lieu principal de l’antagonisme capital travail… Elle est en fait beaucoup plus qu’un lieu. L’entreprise est un objet politique en tant que tel.

Soit on admet que l’entreprise est une simple société d’actionnaires ou ceux-ci ont les pleins pouvoirs, soit on la considère comme une communauté de travail créative et créatrice de richesses où différents acteurs et parties-prenantes interviennent dans les décisions, y compris les populations. Même la récente loi PACTE a été a minima obligée de lâcher un peu de lest sur la question de l’objet social de l’entreprise.

Si le syndicalisme doit se saisir des enjeux sociétaux, la collectivité doit aussi se réapproprier l’entreprise. Le renouveau du syndicalisme comme de la politique se joue sur de telles questions.

 

Billet 2 – 14 décembre 2018

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