Le mouvement social appelle à réhabiliter la politique

Du mouvement des gilets jaunes à celui sur les retraites, il y a conjugaison entre société civile et monde du travail. La montée de l’extrême droite est parfaitement résistible. Bâtir un rapport de force politique à gauche en faveur du monde du travail nécessite de faire rentrer le débat politique et la citoyenneté dans le travail. C’est l’urgence politique posée par ce mouvement social.

 

Le mouvement social appelle à réhabiliter la politique

La détermination du mouvement social actuel est d’autant plus forte qu’elle correspond à la volonté du capitalisme français d’assumer pleinement son choix néo et ultra libéral. Celui-ci a besoin impérativement de récupérer les centaines de milliards d’euros stérilisés d’après lui dans le système solidaire des retraites pour augmenter considérablement sa force de frappe sur les marchés financiers face à ses concurrents anglo-saxons notamment. Ses difficultés à lever les capitaux nécessaires pour assurer sa maîtrise sur des sociétés comme Latécoère ou Photonis est la triste illustration de la seringue dans lequel il s’est mis.

Par sa puissance et le soutien qu’elle rencontre dans la population, la mobilisation sociale en cours confirme que les ressorts démocratiques de la société française sont profondément ancrés dans le monde associatif et syndical, dans les corps intermédiaires.

Du mouvement des gilets jaunes à celui sur les retraites, il y a en France, contrairement à d’autres pays, conjugaison entre société civile et monde du travail.

En voulant jouer l’un contre l’autre Emmanuel Macron n’a fait qu’attiser l’opposition entre néolibéralisme et démocratie, ainsi que le processus de contestation.

Emmanuel Macron veut imposer le néolibéralisme à la société française alors que celle-ci le rejette. Il s’appuie pour ce faire sur l’absence de rapport de force politique à gauche en faveur du monde du travail. Entre le tout société civile de Mélenchon et le quasi-abandon par les partis existants de débats et activités politiques dans le travail et les entreprises, la gauche et l’écologie politique sont aujourd’hui spectatrices du réveil du monde du travail et de la population.

La montée de pouvoirs autoritaires ou de l’extrême droite est parfaitement résistible. Le rejet de l’autoritarisme traverse aujourd’hui toutes les luttes sur la planète. Les capacités de communication que permet le numérique, la soif d’humain et d’échanges qui traverse le mouvement actuel, le procès des suicides à France Telecom débouchant sur un jugement qui condamne le « Wall Street management », coercitif et mortifère, tout indique qu’une politisation des situations et des enjeux du travail et de l’entreprise est fortement attendue.

Une réhabilitation de la politique ne s’opérera pas tant que les questions du travail et du rapport capital / travail ne seront pas au cœur du débat.

Or les conditions peuvent aujourd’hui être créés pour que ce débat ait lieu tant sur le terrain humain du travail que sur les réseaux numériques. Faire rentrer le débat politique, les démarches citoyennes et la démocratie dans le travail et l’entreprise est l’urgence politique que pose ce mouvement social.

Le refus de tout recul social ou écologique qui prévaut désormais, appelle les forces de gauche et écologiques à sortir des démarches électoralistes ou identitaires et à bâtir une perspective de progrès.

 

Jean-François BOLZINGER - Billet 11 - 23/12/2019

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