« L’inhumain d’abord » n’a pas partie gagnée.

Le capital accélère une digitalisation inhumaine de l’économie conforme à ses intérêts. Le néolibéralisme met en œuvre en France un étatisme autoritaire de marché qui fait fi de la démocratie et de l’état de droit. La non-opposition entre social et écologie monte en puissance et la démarche de rassemblement qui se dessine à gauche et dans l’écologie nourrit un espoir concret.

 « L’inhumain d’abord » n’a pas partie gagnée.

 

Comme c’était prévisible, le capital a géré la crise sanitaire dans le cadre de sa stratégie du choc. Exercice réussi pour l’instant sur le plan financier, ou prenant appui sur l’expérience de 2008, il a anticipé la manière de faire marcher la planche à billets (devenue numérique) sur le plan planétaire pour que les marchés financiers soient gérés de la manière la plus conforme à ses intérêts.

Le capital, dont les 1 % sont aujourd’hui la figure de proue comme l’étaient hier les 200 familles, évolue néanmoins dans des contradictions qu’il doit traiter en permanence. Au point de vue de l’économie réelle, qui conditionne la tenue des marchés financiers, son objectif est de créer des conditions telles que la profitabilité et l’exploitation continuent de progresser.

Le travail à la maison à distance, qui a peu de choses à voir avec le télétravail, a fait florès et le numérique a été présenté comme la panacée dans tous les domaines. L’action du capital vise clairement à faire en sorte de gagner 5 à 10 ans dans une digitalisation de l’économie conforme à ses objectifs.

Partout où ils l’ont pu, patronat et gouvernement ont expérimenté le « tout numérique » dans un chaos indescriptible fait de dysfonctionnements, d’évacuation et de déni du réel, de surexploitation couplée à une paralysie de toute contestation au nom de la « guerre » contre le COVID, d’exclusion de toute une partie de la population, de mépris du droit et de déshumanisation des rapports sociaux. Ce travail à distance à la maison, totalement déréglementé pour certains, comme le travail présentiel dangereux et insécurisé pour d’autres, reflète la doctrine de « l’inhumain d’abord » qui fonde les politiques gouvernementale et patronale.

Cette volonté de mise au pas numérique de toute la société, dans la production comme dans la consommation se marie à merveille avec les procédures d’objectifs individualisés du « Wall Street Management », véritable optimisation de la captation du profit dans et dès chaque acte de travail.

On comprend mieux l’acharnement pour faire taire les Aaron Schwarz, Assange ou Snowden pour qui le numérique est un outil de libération.

L’issue de la révolution numérique n’est pas écrite. La bataille passe par l’action contre les GAFA et la logique privée, pour une maîtrise de nos choix par une souveraineté industrielle. Elle passe aussi par gagner des accords encadrant le télétravail, l’introduction des robots, la transparence des algorithmes ou des contenus des logiciels d’organisation, de production ou de consommation...

La forme de capitalisme à laquelle nous nous affrontons n’est ni celle des années 30 ni celle de l’après-guerre. Le néolibéralisme met en œuvre en France un étatisme autoritaire de marché qui fait fi de la démocratie et de l’état de droit et établit son emprise par la communication et par la force (police, armée).

Dès lors, la recherche de rassemblement autour d’une personne ou d’un parti quel qu’il soit est illusoire. En phase avec des aspirations écologiques qui montent en profondeur, les résultats des élections municipales plaident clairement pour des démarches de rassemblement sur des contenus précis portant les attentes, les colères, les résistances et les imaginaires populaires.

En pleine période de confinement, l’expression et l’intervention communes d’organisations aussi différentes que la CGT, Greenpeace ou ATTAC avaient déjà créé l’évènement en visant à impulser une dynamique de société fondée sur l’humain, le social, et l’écologie.

La non-opposition entre social et écologie monte en puissance. Il en est de même entre intérêt immédiat et à long terme, entre progrès social et environnemental, entre emploi et finalité, entre « augmenter les salaires » et « consommer autrement », entre « produire des richesses » et « sauvegarder l’environnement ».

Les mobilisations environnementales et sociales de ces dernières années ont également été propices à des expériences et des formes d’actions novatrices visant à associer les citoyens et les travailleurs à la décision publique. Il y a là matière à enseignement et à initiatives pour une revitalisation démocratique de nos institutions comme pour faire rentrer des droits démocratiques d’intervention au sein des entreprises.

Au moment où se profile une crise économique sans précédent, il importe de placer chaque acte de résistance dans une perspective. L’intérêt général passe aujourd’hui par une démocratie d’intervention qui n’oppose pas les moyens et les fins et place l’homme et la planète comme fil conducteur de tout choix.

À la sortie d’un confinement qui a opposé comme rarement les tenants de l’homme et de l’argent, le fil conducteur et la démarche qui se dessinent à gauche et dans l’écologie sont en train de nourrir un espoir concret pour une large part de l’opinion.

Jean-François BOLZINGER - 30 juin 2020 - billet 12

 

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