Pavillons et complaisance

Les États ont vraiment beau jeu de se défiler de leurs responsabilités, en invoquant à la fois leur complaisance pour le Panama et autres lieux paradisiaques, mais leur absence quand il s'agit de pavillons...

Au-delà du destin tragique de réfugiés fuyant des situations de guerre dont ils ne sont pas responsables, mais pour lesquelles nous avons - nous - quelque responsabilité, au-delà de l’urgence humanitaire, au-delà de la mauvaise foi et de l’hypocrisie des pays européens, au-delà de la question - si abstraite ici - des Droits de l’Homme, se profile l’enjeu des pavillons de complaisance qui remettent en cause le « Droit de la mer », celui que l’on croyait si chevillé aux corps et aux âmes des gens de mer ou de la simple humanité en général.


La « complaisance » n’est pas seulement celle de petits pays qui prêtent leur nom à la majorité des flottes mondiales, quand ce n’est pas leur fiscalité accommodante, mais aussi celle qui consiste à retirer ce nom si l’intérêt des donneurs d’ordre l’exige, au détriment de toute morale, de la moindre pitié. Désormais, comme pour les tribunaux d’arbitrage des traités de libre-échange, le prix des marchandises est devenu officiellement supérieur à la valeur de la vie humaine…


Comme dans les années 30, ce n’est plus la montée du fascisme qui nous menace, mais l’alliance de la cupidité et du lâche soulagement qui lui ont donné naissance. A quoi sert de se gargariser d’éthique et de bons sentiments, de se croire au-dessus des sociétés archaïques du passé quand seul le profit immédiat ou les valeurs mobilières priment, et que notre soi-disant supériorité culturelle et morale s’enfonce cyniquement comme ces corps rejetés dans les eaux glacés du calcul égoïste. Au moins les esclaves d’autrefois avaient une valeur marchande ! Et on en prenait soin pour cette raison…

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