LE CORONAVIRUS, REVELATEUR DE CRISE DE LA MONDIALISATION

La contamination rapide du coronavirus né en Chine a entraîné des mouvements de panique en France et ailleurs. D’aucuns y ont vu le signe d’un effondrement boursier, mais les conséquences économiques de cette pandémie sont autrement plus profondes. Nos économies sont mondialisées comme le virus, et l’heure est à une véritable remise en cause de cet ordre global.

La crise sanitaire issue du développement de l’épidémie de Coronavirus (ou COVID-19), qui est apparue d’abord en Chine fin 2019 et début 2020 et s’est propagée ensuite à l’Europe et au reste du monde, s’accompagne depuis quelques semaines de conséquences importantes sur le fonctionnement de l’économie, à des degrés variables selon les pays. En France, la décision de strict confinement prise par le gouvernement dès le 14 mars au soir a fait franchir une nouvelle étape qui marque un arrêt brutal bien qu’encore partiel de l’activité générale pour une période indéterminée. Aux premières peurs et phénomènes de panique enregistrés ici ou là s’ajoute désormais la certitude de devoir subir des mesures économiques radicales qui auront un effet certain sur notre vie quotidienne. Qu’en est-il exactement ? Doit-on véritablement s’inquiéter des effets dévastateurs d’une possible crise économique ?

Une crise dont s’emparent d’abord les bourses

Dans la dernière semaine de février, la plupart des bourses ont fortement dévissé. Des baisses des indices de valeurs moyens de -10 % à -12 % ont d’abord été enregistrées, puis ont été suivies d’un certain nombre de remontées limitées des cours. Cela témoigne surtout d’une grande fébrilité des acteurs, et de phénomènes de panique dont les marchés financiers sont hélas coutumiers. Les médias ont aussitôt véhiculé la nouvelle d’un krach boursier, et ont pratiquement pronostiqué une crise financière de grande ampleur qui serait la conséquence directe du coronavirus.

En fait, tous les analystes financiers avaient expliqué depuis la crise de 2008, qu’une nouvelle forme de bulle financière s’était reconstituée, comme le montre le simple fait que la croissance de la valeur moyenne des actions et des titres a été très largement supérieure à celle du PIB, créant ainsi un décalage croissant entre économie financière et réelle. A partir de 2016-2017, la « correction » semblait inévitable et était attendue par les marchés. Certains spéculateurs avaient alors intérêt à anticiper le retournement et à vendre leurs titres, ce qui a de fait précipité le mouvement. La crise sanitaire devenait ainsi le prétexte idéal pour récupérer leur mise et a donc servi de détonateur, mais n’était en aucun cas la cause de ces perturbations boursières.

D’une manière générale, pour bien comprendre la différence de nature entre l’économie réelle (l’univers de la production, de l’investissement, de la consommation, de l’emploi, etc.), et la sphère financière (celle des bourses), il faut réaliser que le financement réel de l’économie est normalement constitué de vagues d’investissements à long terme qui visent à augmenter les capacités productives, tout en créant un flux ultérieur de revenus notamment sous la forme de dividendes (la rémunération « normale » du capital). Celui-ci est principalement assuré par les entreprises, les banques d’investissement (et à travers elles les ménages), l’Etat, etc. mais très peu aujourd’hui par les marchés financiers dont ce serait en principe la mission. De fait, les mouvements de « financiarisation » qui ont caractérisé l’économie mondiale pendant les dernières décennies ont poussé les intermédiaires financiers à rechercher de gros gains rapides à court terme, que seule la spéculation sur les valeurs potentielles des titres financiers peut assurer, mais il s’agit alors de « plus-values », qui sont d’autant plus risquées qu’elles ne correspondent à la création d’aucune richesse réelle. Lorsqu’une économie laisse ses agents financiers devenir de purs spéculateurs qui jouent sur le cours des titres existants, le système se comporte donc en pratique comme un casino, ainsi que l’avait noté l’économiste Keynes en 1936, et devient alors instable. Seul l’Etat peut encore tenter de le réguler avant la crise ! Mais, et c’est son cauchemar, il doit encore plus le faire après…

Mais qui touche très vite à l’économie réelle

Toutefois, les sphères réelles et financières, qui évoluent aujourd’hui indépendamment les unes des autres, sont malgré tout interconnectées à certains moments et on le voit surtout pendant les crises qui révèlent les liens entre les deux domaines. C’est ainsi que l’éclatement de la bulle immobilière des « subprimes » (prêts hypothécaires accordés sans contrôle à des populations non solvables) en 2007 aux USA a provoqué la faillite de la banque d’investissement Lehman Brothers et une crise financière généralisée en 2008, qui ont finalement abouti à la récession de 2009, la plus importante depuis 1929… En dehors de ces moments particuliers où l’Etat est obligé d’intervenir pour éviter de telles catastrophes économiques et sociales (forte récession et chômage massif), ce qui accessoirement explique l’augmentation de l’endettement public (rachat des dettes bancaires privées), les banques centrales jouent également le rôle normal d’interface. Celles-ci interviennent régulièrement pour réguler l’émission de monnaie qui circule entre ces deux sphères via le taux d’intérêt monétaire dans le souci d’éviter un dérapage inflationniste, du moins selon l’orthodoxie financière et le cadre de pensée néolibéral. En pratique, elles se dégagent de ce carcan idéologique pour admettre implicitement la réalité des effets keynésiens de relance ponctuelle de la demande globale afin d’accroitre la liquidité globale, sous certaines conditions, via la dépense publique et la distribution de pouvoir d’achat, ce qui a normalement pour effet d’accélérer la production via le supplément de demande ainsi créé. C’est ainsi que la FED américaine le 3 mars, puis la BCE le 9 mars, ont augmenté leur taux de base de 0,50 points ce qui est considérable puisque désormais les taux d’intérêts réels sont négatifs, de l’ordre de -1 % à -1,5 % selon le taux d’inflation. Hélas ce fut sans aucun effet… Récemment, la BCE a annoncé (le 19 mars) qu’elle mettrait à disposition des entreprises européennes une somme de 750 Md € afin de racheter les titres de la dette privée. Le gouvernement français envisage même d’accroître le budget de la recherche de 5 Md € sur 10 ans pour accélérer la lutte contre le virus.

Ces mesures de soutien à l’économie réelle témoignent surtout de la panique qui a saisi les milieux financiers, et a poussé les gouvernants à tenter de jouer, sans grand succès initial, sur la sphère réelle. En revanche, les premières conséquences concrètes de l’épidémie sur la vie quotidienne sont très vite apparues dans le public et les médias avec les difficultés croissantes du commerce et de la restauration qui ont subi les premiers effets de la baisse de fréquentation touristique, en particulier venant de l’étranger. Mais, la propagation du virus a commencé à inquiéter les chefs d’entreprise, en particulier ceux des PME qui sont les plus fragiles en termes de trésorerie. C’est ainsi que la Banque de France a fortement abaissé ses prévisions de croissance de l’économie française du 1er trimestre 2020 en les fixant à +0,1 % contre +0,3 % précédemment[1]. Toutefois, les pertes envisagées n’ont touché jusqu’alors que certains secteurs plus dépendants de la conjoncture à court terme (tourisme, hôtellerie, commerce de détail, luxe, etc.) et sont transitoires.

Les conséquences économiques du coronavirus

La presse et les médias ont joué un rôle considérable dans la propagation des peurs et des rumeurs, mélangeant les faits avérés et les fantasmes. C’est d’autant plus regrettable que leur méconnaissance habituelle des faits économiques ne leur permet pas de distinguer entre la situation microéconomique des petits artisans ou commerçants, qu’ils n’apprécient qu’au travers d’éléments individuels et anecdotiques (ceux qui se prêtent bien à la vente de papier) et celle, macroéconomique, du monde des grosses entreprises qui dominent la production située au cœur de l’appareil économique, et qu’ils n’envisagent qu’au travers du prisme fantasmé de la Bourse. Or, cette dernière est souvent réduite au CAC 40, les 40 plus grosses multinationales françaises cotées sur la place parisienne[2], dont la finalité et la stratégie sont surtout dépendantes de leur aire de développement mondialisée. En d’autres termes, celles-ci ne sont absolument pas représentatives de l’économie française où règnent une multitude de PME et TPE (de l’ordre de 3 à 4 millions d’unités juridiques contre environ 2.000 sociétés cotées). La presse tend donc en général à se fier aux données immédiates et apparentes comme l’évolution du chiffre d’affaires des commerces de détail (ceux qui intéressent le consommateur) ou leur rentabilité (qui est toujours plus ou moins fragile), alors que les grandes données macroéconomiques du PIB se fondent sur la synthèse globale des valeurs ajoutées, seule mesure pertinente de la richesse créée. De ce fait, il faut attendre les premiers calculs des comptes nationaux annuels qui sont à même de donner les seules estimations valables du PIB mais cela demande du temps pour collecter et synthétiser des milliers de données. Depuis une vingtaine d’années, les Comptes trimestriels produisent des séries sur 3 mois dont la précision est acceptable mais qui sont souvent révisées. Aujourd’hui, pour obtenir la mesure des effets du coronavirus sur l’économie à la fin du premier trimestre 2020, il faudrait attendre la publication fin juin des premiers chiffres conjoncturels et les comparer aux prévisions que l’on faisait fin 2019. L’écart ainsi obtenu, mesuré globalement en points de PIB, pourrait donner une idée de l’impact négatif de la crise sanitaire. Et encore, on n’aurait que les effets sur le seul mois de mars, et il faudrait probablement analyser le trimestre suivant, soit aller jusqu’en fin septembre pour avoir un tableau complet. Mais on risque d’être relativement déçu si l’on s’aperçoit que les manque à gagner ou les pertes de productions ont été partiellement compensées par un report dans le temps de la consommation vers une période plus calme, après la fin de l’épidémie, ou par de nouvelles dépenses de santé par exemple (qui représentent une production de nouveaux services, qui seraient alors inclus dans le PIB). Cela s’était déjà passé en 1995 lors des grandes grèves sur la réforme des retraites publiques [3].

Après les dernières mesures de confinement annoncées par le gouvernement les 14 et 16 mars, les effets réels seront nettement plus importants et vont certainement grever la « croissance » du PIB qui devrait être franchement négative, et aboutir à une récession. Le ministre de l’Economie a annoncé le 17 mars une baisse probable de l’ordre de 1 % du PIB en 2020. Mais, là encore, bien des bouleversements sont possibles dans la structure de l’appareil productif, et la somme des effets potentiellement négatifs ou positifs est fortement incertaine tant les aléas sont grands. On peut citer ici quelques-uns des facteurs susceptibles d’intervenir : faillites nombreuses des petites structures évidemment, mais aussi accroissement massif des dépenses publiques afin de soutenir la demande globale et de relancer l’économie. Au-delà des révisions de la prévision économique, il y a surtout un changement complet des fondements de la politique économique : injections massives de liquidités sur les PME et le système bancaire pour conforter les charges financières (aide directe de l’Etat de 45 Mds € et fonds de garantie de 300 Mds d’euros), report des impôts et charges sociales, (la baisse des cotisations sociales va poser un problème de financement à la sécurité sociale), paiement des heures chômées, et même des nationalisations ! C’est un retour brutal au rôle central de l’Etat, et à l’interventionnisme radical, loin des professions de foi néolibérales d’il y a peu ! La réalité se rappelle aux bons vœux du gouvernement et réalise ce que les oppositions n’ont pas réussi à faire, y compris l’abandon de la réforme des retraites… Le respect des critères de Maastricht (dont la règle des fameux 3 % de déficit des administrations publiques qui passerait ainsi à -3,9 % du PIB contre -2,2 % actuellement) est ainsi abandonné, ce qui est une bonne chose étant donné la légèreté avec laquelle ils ont été établis et le caractère irréaliste des hypothèses retenues alors[4].

Vers une remise en cause du néolibéralisme ?

Ce renversement du discours gouvernemental par rapport à un certain triomphalisme récent visant à justifier le bien-fondé des orientations néolibérales de la politique Macron, s’explique également par un certain aveuglement volontaire sur les résultats obtenus à mi-mandat. Pour s’en tenir à l’économie, la conjoncture actuelle n’est pas si bonne (les dernières estimations de l’INSEE donnent une baisse du PIB de - 0,1 % au 4ème trimestre 2019 et un net ralentissement sur l’année 2019). Contrairement au discours officiel, la petite amélioration du chômage (8,1 % au sens du BIT) est surtout due à la demande extérieure qui continue à soutenir l’économie française, bien que de moins en moins. En revanche, le marasme général reflète l’atonie de la demande intérieure (l’absence d’investissement et surtout la faiblesse de la consommation des ménages qui résulte de la stagnation du pouvoir d’achat de la plupart des salariés et principalement des classes populaires). Dans cette perspective, la crise du coronavirus apparaît comme une bonne occasion de remettre les pendules à l’heure, d’autant plus que la réalité de la crise sanitaire impose des mesures importantes de soutien à l’économie. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une relance de type keynésienne classique, c-à-d par une intervention massive de l’Etat qui vient réguler l’appareil productif à un moment de crise de sous-consommation, n’est peut-être après tout qu’un prétexte visant à cacher l’échec d’une des dernières politiques néolibérales assumées en Occident…

L’effet principal de la crise du Coronavirus sur l’économie semble avoir été de révéler la fragilité de notre société, avec une série de failles dont les racines remontent déjà à plusieurs décennies. C’est d’abord une crise de notre appareil de santé qui a subi une cure d’amaigrissement sans pareil au nom d’une illusoire rentabilité qui cherchait à diminuer le coût de notre système de protection sociale. Le Coronavirus a mis en évidence les défauts les plus graves (absence de lits, moyens médicaux insuffisants, personnels trop peu nombreux et surexploités, etc.), et c’est ce qui explique le recours à une mobilisation générale d’allure guerrière qui cache l’incurie des responsables politiques. C’est aussi l’aboutissement logique d’une politique d’abandon des services publics depuis plus de trente ans et d’une remise en cause de l’Etat-Providence, ou de ce qu’il en restait au nom de la libre-concurrence. Plus généralement, c’est le résultat de mondialisation échevelée qui a saisi toutes les grandes économies capitalistes depuis les années 1980. La nouvelle division du travail résultant de la spécialisation des régions en fonction des critères de rentabilité du capital et des coûts de la main d’œuvre a abouti à une grande interdépendance économique des pays qui sont désormais liés de manière inextricable, au point qu’une crise locale au niveau d’un maillon de la chaîne peut remettre en cause tout l’édifice.

Mais, la crise du Coronavirus en elle-même n’aura été qu’un détonateur car cette fragilité structurelle était travaillée depuis des années par des dynamiques internes et des tensions inévitables qui faisaient basculer tout le système. Là-encore, comme dans les siècles passés (naissance du capitalisme industriel en Angleterre, genèse des mouvements sociaux et projets révolutionnaires, montée des impérialismes, décolonisation, renaissance de la Chine, etc.) les rapports de force ont continuellement évolué et le développement industriel de la « nouvelle Chine » qui convenait si bien aux entreprises multinationales et à nos économies, qui ont pu y faire réaliser à bon compte leurs travaux de sous-traitance, a abouti à faire de celle-ci l’« Atelier du monde » (comme l’Angleterre du XIX° siècle). Elle a ainsi atteint le faîte de sa puissance il y a un peu plus de 10 ans grâce au rythme largement supérieur de son développement industriel, dont la croissance rapide est traditionnellement liée au progrès technique. Mais, une fois devenue la seconde puissance industrielle mondiale, elle a engrangé des revenus et des droits sur le reste du monde. Après la transformation spectaculaire d’une société ancienne en puissance moderne, grâce notamment à la naissance d’une importante classe moyenne constituée de techniciens et d’ingénieurs, et un développement urbain considérable, elle connaît un ralentissement notable de la croissance de son économie qui perturbe l’ordre économique du monde. Néanmoins, la Chine ambitionne légitimement aujourd’hui de prendre complètement son rang au sein des grandes puissances et talonne les USA dont elle veut prendre la place. Il est très significatif que cette crise sanitaire ait lieu à un moment où l’on découvre que 90 % des ingrédients de base de nos médicaments courants sont produits en Chine

La signification de la crise pour l’économie française

L’économie française est donc aujourd’hui à la merci de cette organisation mondiale du commerce, et surtout de la structure sous-jacente d’une production mondialisée, qui dépend bien plus qu’autrefois de l’instabilité des équilibres géopolitiques et de leurs soubresauts. C’est une erreur commune des médias (et dans une certaine mesure des opinions publiques qu’ils influencent) de ne voir dans les guerres et conflits touchant les divers coins de notre univers que des évènements politiques lointains et superficiels, et de ne les lire qu’au travers d’un certaine vision géopolitique européo-centrée ou désormais américano-centrée. Ils oublient ou négligent les facteurs économiques qui sont souvent à l’origine de ces rivalités. Même si l’accent mis sur les cours du pétrole est en grande partie justifié, en raison de son rôle central au cours du XX° siècle et du début de notre nouveau siècle dont il explique pour une large part l’histoire (du chemin de fer de l’Ouest américain à la genèse de Daesh, en passant par le traité Sykes-Picot qui a façonné le Moyen-Orient), le roman de l’Or Noir a plutôt fait fantasmer nos écrivains et aventuriers, et a toujours fortement passionné nos Bourses en raison de ses vertus hautement spéculatives. Ce sont plutôt les paniques provoquées par l’irruption de rumeurs intempestives et les peurs de pertes qui agitent nos marchés financiers. L’acmé de la pandémie n’est que l’expression irrationnelle d’un désordre du monde où s’affrontent dans un bras de fer renouvelé les USA jaloux de la valeur de leur huile de schiste et les intérêts de la Russie et de quelques monarchies pétrolières face à la baisse inéluctable de la demande chinoise en produits énergétiques et matières premières. Ces spéculations conjoncturelles et le heurt renouvelé des intérêts nationaux nous dépassent, et nous poussent depuis longtemps à nous recroqueviller sur une économie locale qui s’est anémiée et est devenue de moins en moins capable de nous fournir les moyens de subsistance essentiels, au sein d’un environnement de plus en plus menacé.

Mais cette crise n’est pas nécessairement une catastrophe. En nous révélant les failles de nos sociétés et la fragilité des ressorts qui les déterminent, elle nous fait prendre conscience de la nécessité de changer nos priorités. Il convient tout d’abord de mettre fin à cette mondialisation si peu « heureuse » qui nous déchire, et à relocaliser nos industries et autres activités essentielles pour nous départir de ces spécialisations excessives (tourisme, luxe, etc.). Il faut ensuite redonner à l’Etat, ou ce qui en tient lieu, la prérogative fondamentale de définir ce qu’est le bien commun et lui fournir les moyens de le faire en reconstituant de véritables services publics, et en le mettant au service d’une volonté radicale de transformation des structures économiques et sociales qui nous oppressent grâce à des politiques alternatives en rupture radicale. Cela ne peut se faire que dans le cadre d’une démocratie renouvelée qui s’appuie sur l’intérêt général défini à partir d’un objectif de développement à la fois plus solidaire et plus respectueux de l’environnement. La crise du Coronavirus est donc un révélateur qui peut servir de point de départ à une nécessaire volonté de modifier durablement nos comportements. Nous devons en tirer les leçons à long terme si nous ne voulons pas au contraire être balayés par le vent de l’histoire et périr de nos propres insuffisances.

 

[1] Voir Le Figaro du 9 mars 2020. Les prévisions macroéconomiques de la BdF sont très suivies par le milieu des affaires, qui les préfère à celles, officielles, de l’INSEE. Elles sont en effet plus précoces et sont moins liées aux choix politiques du gouvernement qui les utilise pour estimer la partie Recettes du projet de Budget annuel.

[2] Les grandes bourses européennes sont liées entre elles et leur emplacement géographique est illusoire.

[3] A l’époque, j’étais économiste au Ministère des transports en charge des études et synthèses et j’avais eu la chance de disposer de bonnes sources statistiques qui m’ont permis d’estimer le « coût » de la grève à une perte de seulement 0,2 points de PIB, du fait des reports d’achats des ménages en février et mars.

[4] J’ai déjà présenté par ailleurs les principales critiques sur les théories économique orthodoxes qui prétendent justifier ces règles visant l’harmonisation budgétaire des différentes économies européennes, et sur le caractère éminemment discutable des méthodes de calcul de ce ratio (qui fut élaboré sur un coin de table).

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