OBLIGATION VACCINALE ET AUTORITARISME

Une nouvelle fois, notre monarque est descendu de son Olympe et a tranché. La « quatrième » vague de Covid-19 devient désormais le prétexte pour durcir le ton et accélérer les réformes. La situation sanitaire justifierait ainsi des mesures radicales qui remettent en cause nos libertés et le bas-peuple qui proteste est rejeté dans les marges, mais pour quelle raison ?

Depuis l’allocution présidentielle du lundi soir 12 juillet, il s’est produit beaucoup de remue-ménage dans les chaumières nationales et au-delà. Toutes et tous ont été marqués par l’ampleur et la force de la contrainte qui s’est alors exercée brutalement sur la population au nom de la lutte contre la COVID-19. Notre monarque républicain, après une auto-concertation secrète, a annoncé la mise en œuvre des deux pires solutions envisagées pour faire accélérer le rythme de la vaccination, puisque cette opération est censée être le remède miracle contre l’épidémie. Il s’agit de l’obligation de vaccination pour les soignants et de l’instauration du « Passe sanitaire » pour toute la population âgée de plus de 12 ans. La combinaison de ces deux formes de restrictions très sévères était inattendue et a provoqué un état de choc, qui était probablement l’objectif espéré. Les conditions d’application, quasi-immédiates, ont rajouté un élément de panique qui a contribué au succès apparent que l’on sait, à la veille des grandes vacances d’été et de la réouverture des lieux de spectacle, de culture et de loisirs qui sont le sel de la vie...

 

Ces deux grandes mesures qui avaient déjà été discutées les jours précédents dans la presse, selon le schéma classique de la saine communication : laisser filtrer les menaces afin de juger de leur effet potentiel, et ensuite les mettre en œuvre (ou non) selon la nature des résultats obtenus. La réaction ne s’est pas fait attendre, quelques dizaines de milliers de personnes ont spontanément parcouru les rues dès le lendemain avec les slogans et bannières les plus divers et, malencontreusement, les plus incongrus. Celle-ci a déclenché en retour un tollé médiatique de la part des soutiens du régime, qui y ont vu le masque de l’ignorance et du complotisme, attisé comme toujours par les « extrêmes ». On a revu à cette occasion le principe de l’amalgame qui permet au régime de fondre dans un même mépris toutes celles et ceux qui s’opposent à la marche lumineuse de la Vérité et de la Science qu’est censée incarner le Macronisme[1].

 

Mais la presse étrangère ne s’y est pas trompée. Une grande partie d’entre elle, surtout dans les pays anglo-saxons si l’on en croit Courrier International, insiste sur ce caractère autoritaire et le conservateur Spectator au Royaume-Uni estime même que « C'était un discours frappant. Emmanuel Macron a prétendu que la vaccination obligatoire restait en suspens, mais ce n'est qu'un effet rhétorique. Il ne fait aucun doute que, dans les faits, la vaccination sera non seulement obligatoire, mais aussi indispensable pour mener une vie normale... Tout cela semble annoncer une société à deux vitesses, où la liberté et /'égalité seront bien vite enterrées. Certes, les Français sont libres de refuser la vaccination, mais ils risqueront alors de perdre leur emploi, ainsi que le droit de voyager ou d'acheter à manger. Les détenteurs d'un passeport vaccinal seront sans aucun doute un peu plus égaux que ceux qui n'en ont pas.[2] ».

 

D’autres expliquent comme Die Zeit « Les annonces de Macron sont audacieuses à deux points de vue : il semble que le politicien libéral n'ait pas discuté de ses décisions ambitieuses, censées être mises en œuvre à court terme, avec les personnes concernées. Dans bien des interviews, les représentants du monde de la culture, des syndicats et des associations de cafetiers et de restaurateurs se sont plaints de ne pas avoir été consultés.[3] ». Au Canada, le quotidien Le Devoir fait le même constat : « Alors qu'ils viennent à peine de retrouver une activité presque normale, les restaurateurs se demandent, eux, comment ils pourront contrôler tous les clients qui s'installent à leurs terrasses.[4] ».

 

Le débat s’est depuis instauré dans toute la société française, de manière inégale évidemment puisque la portée des discours n’est pas la même selon que vous serez puissant ou misérable, comme le disait déjà ce bon Jean de La Fontaine...

Plusieurs niveaux de lecture

Les arguments les plus divers et les plus contradictoires ont été échangés. La question est certes complexe et a engendré des discussions houleuses, même dans les organes de presse les plus réservés ou traditionnellement conservateurs, où l’idéologie du consensus mou a été perturbée. Dans le brouhaha actuel, le tumulte et la confusion médiatique qui se sont ensuivi, il semble qu’il faille distinguer au moins trois niveaux, ou trois grands enjeux de nature différente :

1. Le niveau sanitaire: c’est celui du corps médical, et celui qui sert de prétexte au gouvernement pour justifier ses mesures exceptionnelles. Il repose sur une vision abstraite de la société, qui ne tient pas compte des réalités.

2. Le niveau de la méthode: c’est celui qui est le plus ouvertement critiqué par les opposants à cette politique, c’est-à-dire le questionnement sur la genèse et l’utilisation d’une contrainte non fondée et discriminatoire pour appliquer une politique qui est elle-même discutable. Non seulement le contenu, mais aussi la forme si peu démocratique (la pratique du pouvoir personnel absolu) en est contestable. C’est là où on peut parler de négation de la démocratie, ou plutôt de confiscation de celle-ci.

3. Le niveau politique: c’est le terrain sous-jacent à tous les discours qu’ils soient du monde politique ou des commentateurs médiatiques, il est implicite et parfois affleure dans les propos de telle ou tel responsable d’un de nos grands médias ou de nos chaînes TV. Il ne s’agit pas seulement ici des critiques venues des opposants politiques les plus déterminés, ceux qu’on appelle donc les extrêmes, puisque dans le monde macronien seule « la vérité est au centre, et l’erreur aux marges ». Il s’agit principalement et surtout du message d’Emmanuel Macron lui-même puisqu’avec ce dernier tout se ramène à la popularité de sa politique, au degré d’acceptation (sic) du discours de notre Jupiter incarné par des masses supposées stupides et infantiles, et en définitive a la possibilité de réélire notre monarque mal-aimé dans les prochains mois. C’est là l’enjeu véritable de toute cette affaire, et toute personne qui réfléchit un tant soit peu ne peut réellement dire le contraire, tant les allusions, les petits glissements de langage ne signifient rien d’autre que le fameux : « qui n’est pas avec moi est contre moi ». Cette conception quasi religieuse du pouvoir s’est aujourd’hui imposée, et il est étonnant que le peuple français qui fut considéré autrefois, il y a trois siècles, comme « le peuple le plus intelligent de la terre », soit apparemment devenu une foule de larbins et de peureux (en dehors des quelques « antivax » relégués dans les bas-fonds).

Le niveau sanitaire

Selon Le Monde du 18-19 juillet 2021, « environ 55 % des Français ont désormais reçu leur première dose contre le Covid-19, et 43 % ont achevé leur parcours vaccinal. » Cela semble insuffisant à toutes les autorités médicales qui considèrent maintenant qu’il faudrait arriver à un niveau de 85-90 % de couverture vaccinale complète pour atteindre le fameux seuil d’immunité à partir duquel la population serait entièrement protégée. La situation sanitaire est désormais présentée comme une course contre la montre entre le virus et la vaccination. Les derniers chiffres de l’épidémie publiés aujourd’hui (12.500 nouveaux cas dimanche 18 juillet, taux de reproduction du virus qui dépasse 1 et pourrait atteindre 2) attestent semble-t-il de la contagiosité du variant Delta (qui est estimée à + de 60 % par rapport aux précédents variants). Est-ce suffisant pour apparemment paniquer comme semble le faire notre gouvernement et une grande partie de nos médias ? Ou n’est-ce qu’un argument occasionnel d’ordre scientifique destiné à durcir une politique ? Peut-on réellement parler de recrudescence de l’épidémie, voire de 4ème vague ? C’est la première question qu’il faut se poser, et qui conditionne tous les débats actuels. C’est le cœur de toutes les interrogations qui peuvent mener par réaction à une vision irrationnelle et complotiste s’il s’avère que les chiffres ont été instrumentalisés.

 

Un bref examen des chiffres de l’épidémie est nécessaire. Au 17 juillet la source internationale la plus fiable affiche pour la France 10.949 nouveaux cas (Worldometers). Le nombre de cas enregistrés (mesurés en moyenne glissante sur 7 jours) qui diminuait rapidement depuis le 4 avril a effectivement très brutalement augmenté dans les 15 derniers jours, car ce chiffre passe à 12.532 le dimanche 18 juillet alors qu’il n’était que de 1.578 le 27 juin (Fig. 1). La remontée est donc extrêmement rapide, et on retrouve déjà le niveau de la fin mai. Même si le chiffre est encore bas, c’est son rythme de progression actuel qui inquiète le corps médical et semble justifier la décision de Macron.

 

Figure 1

Evolution du nombre de nouveaux cas journaliers

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Toutefois, et cela a été bien noté par beaucoup d’observateurs, la contagiosité accrue du virus ne s’est pas encore traduite par des conséquences néfastes. Le nombre de décès dus au COVID continue de diminuer (+16 morts seulement le 17 juillet). La courbe (Fig. 2) est en effet toujours en baisse, et les données de la source Santé Publique France donnent exactement le même graphique, malgré la particularité d’un champ réduit aux seuls hôpitaux, comme je l’ai déjà indiqué précédemment[5]. Je n’ai pas jugé utile de la reproduire ici car son profil est identique. Le dernier chiffre officiel affiche même 5 décès pour le 18 juillet !

 

En ce qui concerne la question de la non-concordance entre les courbes de contamination et de mortalité, la réponse la plus courante est qu’il existe un décalage dans le temps, de l’ordre de trois semaines, entre l’évolution du nombre de cas et celui des décès, qui s’explique évidemment par le retard nécessaire au traitement des patients, en raison des délais d’hospitalisation et de réanimation, sans qu’il n’existe un lien de nature mécanique et automatique entre les deux. J’avais déjà décrit et discuté ce phénomène de retard asymétrique[6], qui reposait également sur le constat que la contagiosité du virus et la gravité de la maladie ne vont pas de pair, puisque les propriétés de transmission et de réplication de cet organisme n’ont pas de conséquence nécessairement plus létale. C’est encore officiellement la justification que l’on donne aujourd’hui pour arguer de l’urgence. Il est fort possible que la mortalité se redresse dans les semaines qui viennent, mais rien n’est sûr et l’on n’a pas assez de recul sur ce fameux variant Delta, qui est décidément bien commode, pour effectuer des prévisions avec une grande certitude. La situation évolue, et l’augmentation du taux de couverture vaccinale lui-même peut très bien réduire la létalité du virus en provoquant moins de cas graves. Les médecins sont sans doute plus favorables à un principe de précaution, mais ce n’est pas semble-t-il l’argument sanitaire qui compte le plus ici.

Figure 2

Evolution du nombre de nouveaux décès journaliers

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Le gouvernement communique beaucoup sur l’état de la pandémie à partir d’indicateurs comme le taux d’incidence, qui représente le nombre de tests positifs pour 100.000 habitants. Comme je l’ai longuement précisé dans mes billets de blog précédent[7], cet indicateur n’est pas le plus pertinent car il évolue en gros comme le nombre de tests, alors que la population est stable à court terme. Si le dépistage augmente, ce taux ne peut que s’accroître, mais dans une proportion moindre. C’est donc, je le rappelle, dans une certaine mesure un artefact, qui reflète en réalité un comportement complexe, qui renvoie à la fois à celui des autorités et à celui de la population. J’ai représenté dans la Figure 3 l’évolution du taux « standardisé » (c-à-d qu’il fait l’objet d’un ajustement quotidien, mais change peu le profil de la courbe). Son accroissement est en effet très rapide en fin de période. Après une très forte baisse tendancielle depuis Pâques, avec le point le plus bas atteint le 20 juin à 0,6, la remontée a été au contraire très forte sur le dernier mois, mais par à-coups car la moyenne enregistrée était de 3,7 le 14 juillet et de 19,5 le 15 juillet. L’accélération moyenne du taux est en effet frappante, mais elle recouvre des réalités multiples. Les chiffres sont parfois très élevés : 169,9 en Martinique, 96,7 dans les Pyrénées-Orientales (ce qui requiert une explication), 68 en Haute-Corse, mais aussi très bas comme à Mayotte avec 1,7 ou le Cantal qui affiche 2,5. Comme je l’ai souvent souligné, ce virus n’est pas homogène et ne touche pas tous les territoires de la même manière, ce qui devrait inciter à une certaine prudence dans l’analyse globale. Le seuil d’alerte a été fixé à 50 en principe, mais la médiane est à 12,3 ce qui est inférieur à la moyenne[8]...

Figure 3

Evolution du Taux d’incidence standardisé quotidien (au 15 juillet 2021)

(source GEODES – Santé Publique France)

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L’incidence dépend donc d’abord du nombre de tests effectués ou de patients testés, qui était très irrégulier et tendait à décliner nettement depuis la fin avril. Toutefois, il s’est également fortement accru au début du mois. Au 15 juillet, Santé publique France dénombrait 442.228 personnes testées au total, dont 20.696 en moyenne par région, mais avec une médiane de 11.563 (qui dénote une répartition géographique très inégale). Avec 111.502 patients testés, l’Ile-de-France enregistrait 10 fois la moyenne, tandis que le Centre-Val de Loire n’en comptait que 10.188. L’accentuation actuelle du dépistage après le discours de Macron (3 à 4 millions de prises de rendez-vous) semble résulter d’une crainte massive du retour de l’épidémie ou plutôt de la fermeture annoncée des lieux de loisirs qui touche surtout les plus jeunes, mais ne se traduira pas nécessairement par une augmentation dans les mêmes proportions des résultats positifs et donc de l’épidémie. Il faut pour cela étudier le taux de positivité qui est le plus pertinent. Plutôt que de développer encore plus ce point, je préfère donner quelques indications rapides.

 

Le nombre quotidien de résultats positifs sur 100 tests effectués (ou sur 100 patients testés) est en général resté à un niveau plutôt faible. Le taux moyen le plus élevé qui ait été enregistré en France a été celui de la Toussaint de l’année dernière (16,4 % le 27/10/2020), et depuis le dernier pic du 10/04/2021 (9,6 %) il n’a cessé de baisser rapidement jusqu’à la fin juin (0,6 %) qui représente le point le plus bas des séries. C’est seulement depuis le début juillet que ce chiffre croît à nouveau à un rythme accéléré puisqu’il atteint 3 % le 15/07/2021. Nous restons pourtant encore loin des pics précédents, mais effectivement le rythme récent est très élevé. Le gouvernement insiste avec raison sur ce point, mais il faut rester prudent sur l’interprétation des taux de croissance lorsqu’ils partent d’un niveau très bas, puisqu’il s’agit d’une tendance qu’il faut relativiser en considérant le niveau moyen de l’ensemble.

 

En outre, comme toujours, les moyennes recouvrent des situations locales très différentes, et ici le cas de l’Occitanie (voir la carte très explicite de la Fig. 4) est exemplaire car son taux est proche du double de la moyenne (5,1 %), tandis que les Hauts-de-France (1,8 %) et que l’Ile-de-France comme la Bretagne (2,4 %) affichent des chiffres bien inférieurs à celle-ci (et proche de la médiane, à 2,5 %). Seuls les DOM-TOM connaissent des situations bien plus graves (15,4 % en Martinique), pour des raisons spécifiques. Si le département des Pyrénées-Orientales concentre à lui seul parmi les plus forts signes de gravité (410 patients positifs le 15 juillet), c’est parce qu’il est au débouché de la frontière espagnole et limitrophe de la Catalogne qui connaît une recrudescence particulière de l’épidémie, surtout en cette période de vacances. Toutefois, les grandes zones urbaines (Paris, Lyon, Marseille) ont des chiffres supérieurs en valeur absolue (entre 500 et 700 patients positifs par jour).

 

Figure 4

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Il semble ainsi que l’épidémie tend à s’emballer localement, là où le brassage de personnes est le plus fort, et à un moment où une grande partie de la population, traumatisée par un an et demi d’allers et retours dans le confinement et les contraintes sanitaires, cherche enfin à s’affranchir un peu de ces dernières et retrouver un peu plus de liberté au moment des congés d’été. Il n’est donc pas surprenant qu’une reprise apparaisse nettement, mais rien ne dit qu’il s’agisse d’une tendance pérenne comme semble le croire le gouvernement. S’il fallait ajouter d’autres éléments de prudence dans l’analyse des données épidémiologiques, on pourrait regarder de plus près ce qu’il en est dans les hôpitaux. Le nombre quotidien de nouvelles personnes hospitalisées pour Covid-19 était très faible au 17 juillet, de l’ordre de quelques unités selon Santé publique France, et variait fortement selon les départements dont les résultats étaient disponibles (101 en tout). En fait, 67 (soit les 2/3 de ces derniers) n’avaient aucune personne hospitalisée, 18 seulement une, une dizaine de 2 à 6 personnes, et les DOM-TOM concentraient les chiffres les plus forts (6 à 9). Seule la Savoie affichait un nombre exceptionnel de malades (25) pour des raisons qui n’ont pas été explicitées...

 

Au total, le tableau sanitaire n’est pas si clair que veulent le croire (ou faire croire) nos autorités. Si des facteurs d’une forte reprise ont été enregistrés à partir des indicateurs habituels, celle-ci est toute récente (moins de deux semaines) et encore limitée en niveau (on n’est revenu qu’à la situation d’environ un mois en arrière). En outre, si la contagiosité du virus s’accroît (grâce au variant Delta, d’ailleurs mal connu), elle n’est pas généralisée et surtout ne provoque actuellement que peu ou pas d’hospitalisations et encore moins de décès, en France du moins car la situation mondiale est trop complexe et ne peut à mon avis être invoquée tant les conditions nationales sont différentes. Sa gravité reste encore à venir et, si l’on met à part quelques territoires particuliers (Pyrénées-Orientales, Savoie), sa transmission s’explique plus par des facteurs exceptionnels (déconfinement) ou saisonniers (congés, tourisme). Les débats entre scientifiques montrent bien qu’il n’y a pas d’unanimité, sinon de façade et a minima. La communauté scientifique ne peut qu’approuver les mesures prises dans l’absolu, car sa vision se limite en général à l’aspect exclusivement sanitaire et prend rarement en compte la dimension sociale du problème. Le rôle de la vaccination est certes essentiel dans l’absolu, mais dans les conditions réelles ? Tout se passe comme si la pandémie se produisait dans un univers éthéré où les conditions humaines seraient idéales. Il n’en est rien, et il suffit de se souvenir des grandes épidémies du passé comme la Peste Noire qui ont engendré ou ont été accompagnées de famines, de crises, de guerres, de misère, etc. Comme l’écrivait Albert Camus dans La Peste, « La seule façon de mettre les gens ensemble, c'est encore de leur envoyer la peste ». Le choix de la contrainte à l'heure des réseaux sociaux est donc un pari risqué.

Le niveau de la méthode

Les questions de méthode sont essentielles, surtout dans des politiques qui reposent sur la com’. Et, d’une manière générale, aucune mesure ne vaut si l’on n’a pas non plus étudié en même temps les conditions de sa mise en œuvre et ses conséquences. Un aspect essentiel et très caractéristique du message macronien est justement l’absence de dimension sociale apparente, même si évidemment on peut à juste titre penser qu’il y a un « agenda » politique bien précis derrière chaque mesure ou formule de l’exécutif. Sur le plan formel, la logorrhée du pouvoir se développe dans un univers démocratique idéal, tel que décrit par nos règles et Institutions. La réalité est autre évidemment, mais il importe de démonter un discours souvent hypocrite et même parfois volontairement arrogant, quand ce n’est pas à la limite du mépris de classe...

 

En tout premier lieu, la population visée par la vaccination obligatoire (des adultes en principe et même les plus de 12 ans au sens large) n’est pas homogène, et il faut d’abord la connaître, ce qui n’est pas évident pour un macronien pur sucre. La distance est bien sûr sociale et culturelle, et reste fondée sur de profondes différences de classe. Il ne s’agit pas seulement des « beaux quartiers » contre les « classes laborieuses » qui, selon Louis Chevalier, auraient été considérées comme dangereuses par les possédants au XIXème siècle (au point qu’elles auraient réagi en s’adaptant à ce nouveau rôle en retour), et dont l’imagerie semble avoir perduré. Il y a un peu de cela quand on pense notamment aux « Gilets Jaunes » dont l’irruption sur la scène politique a crevé l’écran de la bonne conscience initiale de nos dirigeants. La carte de France des non-vaccinés et celle des victimes du COVID correspondent en grand partie. C’est aussi celle de la pauvreté et des « premiers de corvée » comme on le voit dans le « 93 ». Au-delà de la dimension misérabiliste qui devrait – hélas – s’élargir à partir de l’automne, et au fur et à mesure que la protection sociale provisoire du « Quoi qu’il en coûte » sera levée, le nombre de pauvres (en dessous du « seuil de pauvreté ») et de gens rejetés aux marges par le système économique actuel (chômeurs, précaires, etc.) devrait s’élargir et augmenter peut-être encore plus vite que l’épidémie. Heureusement, il y a des outils répressifs penseront certains ! Toutes les fractures sociales que le macronisme a contribué à élargir depuis 2017 vont exploser, et la prestation hyper-autoritaire du 12 juillet se révélera probablement fort contre-productive pour le régime. Il ne faut pas chercher ailleurs les réactions viscérales...

 

Le groupe des non-vaccinés est en réalité très divers et, parmi les réfractaires à la vaccination ou prétendus tels, on trouve plusieurs catégories de personnes : les « antivax » bien sûr mais ils représentent à peine moins de 3 % de la population selon certaines études (et encore) ; quelques membre de groupes un peu plus structurés idéologiquement (extrême-droite et anarchistes très probablement) ; mais la plus grande partie à mon avis consiste de gens qui pour diverses raisons sont déjà plus ou moins en voie de marginalisation culturelle ou sociale. Ces derniers sont souvent issus de milieux populaires ou de classes moyennes défavorisées, et ont des raisons tout à fait objectives de ne pas communier avec Macron. Il faut probablement y inclure les près de 20 % de Français qui vivent en dehors des grandes villes, les habitants des campagnes et des banlieues dont l’éloignement du mode de vie dominant est important, en raison des problèmes de transport, d’âge, de santé, etc. Le fameux « fossé numérique » va probablement s’élargir encore plus avec le Pass sanitaire et accentuer les écarts entre générations dont les expériences et références diffèrent...

 

Dans ce large ensemble, qui peut regrouper un tiers de nos concitoyens, il y a une place particulière pour le cas des soignants et assimilés : pourquoi ces gens si proches des malades ont-ils des réserves ou des appréhensions au sujet de questions de vaccination ou de santé ? A-t-on réellement cherché à le comprendre ? Que se passe-t-il dans les EHPAD ? Même si les réserves s’expriment sous une forme plus subjective, à travers des bribes d’entretiens par des médias si pressés d’entretenir les clichés, elles doivent me semblent-ils s’expliquer de façon rationnelle. Aucune étude sérieuse n’existe à ce sujet (je n’en ai pas vu) et c’est un continent mystérieux pour l’instant, qui le sera tant que la discrimination et la culpabilisation médiatique domineront. La réponse est à chercher à mon avis dans leurs conditions de vie et de travail. Dans quelle mesure sont-ils victimes de leur hiérarchie, de leur employeur ou d’un climat général qui n’incite pas à prendre des initiatives ou formuler des opinions qui vont à rebrousse-poil du discours dominant ? Des sections syndicales se sont déjà un peu exprimées certes, mais elles ne semblent guère audibles dans un contexte si hystérisé. D’une manière générale, on entend surtout un discours de ras-le-bol contre le mépris autoritaire qui descend des cieux, alors que les soignants étaient il n’y a pas si longtemps applaudis et montrés en exemple à 20h chaque soir ! Même s’ils n’étaient pas dupes, ils ne peuvent accepter de devenir les boucs émissaires d’une politique sanitaire de plus en plus incompréhensible.

 

Il y a donc dans ce phénomène à la fois confus et polymorphe qui se développe des ferments d’une protestation logique contre l’ordre moral et politique actuel, qui leur impose des contraintes de plus en plus aberrantes. Cette révolte, car c’est est une qui n’ose pas dire son nom, pose des questions fondamentales. Comment ce pouvoir, à supposer que ce soit son but réel, n’a-t-il pas vu qu’on ne pouvait imposer brutalement des réformes contre les principaux intéressés ? La fin justifie-t-elle tous les moyens ? Il faut évidemment d’abord convaincre, avant de vaincre par la force ou l’intimidation. C’est une question de démocratie et de libertés... Cela pose une autre question, plus précise celle-là. Pourquoi la pédagogie n’a-t-elle pas été appliquée ? Il n’y a pas eu de campagne réelle, pas de politique d’explication sur le terrain, ce qui est un comble pour un pouvoir qui sait si bien user de la communication ! C’est d’ailleurs une particularité nationale chez certaines élites françaises que de considérer a priori que ce vain peuple, ces « Gaulois réfractaires » sont trop stupides pour être rééduqués. Quel immense aveu de faiblesse et d’incompétence, alors que dans d’autres pays et d’autres lieux (GB, USA, RFA, Italie, etc.) on a souvent su expliquer les choses tout en respectant les gens !

Le niveau politique

On est donc amené à parler de l’autoritarisme présidentiel qui semble avoir dépassé cette fois-ci toutes les normes habituelles. Celui-ci demande toutefois à être défini dans les discussions sur la transformation actuelle que subit notre modèle démocratique. S’agit-il d’un « despotisme éclairé » comme on pouvait le penser au siècle des Lumières, où l’absolutisme traditionnel du souverain de droit divin était tempéré, voire justifié par une vision progressiste du monde et une recherche de l’intérêt général sur des bases rationnelles et scientifiques ? Mme de Staël ne le croyait pas car les structures politiques et sociales n’étaient pas transformées par l’action du Souverain. Faut-il plutôt parler, à l’instar du « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley ou du « 1984 » de George Orwell par exemple, d’une phase particulière dans un processus original de transformation radicale du mode de gouvernance ou plus exactement d’une nouvelle relation politique entre les citoyens et leurs élites, qui se traduirait par un contrôle social autoritaire qui s’exercerait a priori sur des masses plus ou moins considérées comme incultes ou à éduquer, par des sachants qui ont le pouvoir absolu car ils savent seul définir le bien commun ?

 

J’ai tendance à privilégier la seconde quand on dissèque les discours les plus clairs de la Macronie, qui se voit comme le fer de lance d’une nouvelle élite destinée à éclairer le bon peuple, qui tend à se perdre dans les eaux de l’ignorance au mieux, ou du complotisme au pire. J’aurais presque tendance à le qualifier de « dictature molle » par opposition aux dictatures classiques qui reposent sur la contrainte physique. C’est en fait la forme ultime de l’instrumentalisation des foules par ce que Vance Packard appelait « l’art de la persuasion », après avoir analysé le rôle de la publicité et de la communication dans la société américaine à partir des années 1950. En fait, le processus est mondial et la France rattrape avec Emmanuel Macron un certain retard dans l’acculturation libérale de nos sociétés, où les relations politico-sociales se réduisent à la gestion psychologique des affects afin de satisfaire les ambitions purement commerciales de quelques groupes industriels dominants au départ, puis des intérêts socio-économiques d’une nouvelle élite, composée d’entrepreneurs, de cadres et de classes moyennes supérieures dont le développement organisationnel du capitalisme de notre temps a effectivement nécessité la constitution, au bénéfice principal d’une petite caste internationale d’actionnaires et de financiers qui sont aujourd’hui les véritables maîtres de nos sociétés.

 

Quant au choix des termes, qui fait les choux gras des commentateurs, il faut évidemment faire attention au sens des mots, mais il faut aussi revenir aux fondamentaux. On a souvent opposé la démocratie réelle, qui repose sur des pratiques courantes, à la démocratie formelle, qui ne dépend que de normes juridiques abstraites qui ne sont pas nécessairement respectées. Dans le cas français, on ne peut que constater la dérive monarchique croissante de nos institutions de la Vème République depuis 1958, avec une concentration encore accrue du pouvoir de l’Exécutif, et de manière symétrique une mise sous tutelle du Parlement (le Législatif) dont on a rogné les pouvoirs qui étaient déjà bien réduits par la Constitution. Quant au Judiciaire, la troisième composante du triptyque de l’équilibre moderne des pouvoirs, que Montesquieu dans son « Esprit des Lois » considérait comme idéalement séparés dans une véritable démocratie, il a été le parent pauvre et n’a jamais eu de véritable indépendance de fait, comme le montrent les différents démêlés du pouvoir avec la magistrature dans le passé. Le phénomène s’est considérablement aggravé avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, qui a d’abord su réunir une assemblée de « godillots » à ses ordres à l’Assemblée nationale, qui est devenue de fait une chambre d’enregistrement, qui a brutalement détruit les ressorts de tous les corps intermédiaires classiques (partis politiques, syndicats, associations, groupes sociaux divers, notables locaux, etc.), et qui a pu enfin concentrer autour de sa personne et de son entourage immédiat l’essentiel du pouvoir réel, au point que notre Président de la république a aujourd’hui beaucoup plus de pouvoirs que le Président des USA, et que, contrairement à ce dernier, il n’y a plus aucun contrepoids dans son régime, plus aucune limite à ce qu’il peut entreprendre... Un bon exemple en est justement le fameux « Conseil de défense sanitaire » qui n’est autre qu’un conseil de défense restreint, tenu au secret absolu et dépendant entièrement de lui. Si on y ajoute le poids des lobbies financiers qui lui ont permis d’accéder au pouvoir, et qui constituent le cœur véritable de cette « ploutocratie » (le gouvernement des riches), on comprend que Natacha Polony, la directrice de la rédaction de Marianne, se soit posé la question : « Sommes-nous encore en démocratie ?[9] ».

 

La « dictature » est un concept abstrait et multiforme qui renvoie à un régime politique où le groupe dominant a un pouvoir absolu et sans limite. Il a plusieurs acceptions selon les époques et les interprétations, et ne se caractérise pas seulement par la contrainte physique, mais par la contrainte en général, quelle que soit sa forme. Je rappelle par ailleurs le sens positif que donnait Marx à la fameuse expression « dictature du prolétariat »[10], qui désignait une phase provisoire où le prolétariat, après s’être emparé de l’Etat et de son pouvoir, utilisait celui-ci pour construire une autre société, affranchie des rapports de classe, et donc véritablement émancipée... On sait ce que cela a donné en réalité, mais il s’agissait de conditions historiques très particulières et il faudra bien un jour en tirer un bilan objectif. Pour ma part, je n’utiliserais ce terme qu’avec une grande précaution et assorti d’un qualificatif qui en précise le sens, et je préfère parler de forme de démocratie autoritaire, régressive et sans limite. En outre, cela ne saurait concerner en aucun cas le domaine sanitaire, car celui-ci sert plutôt de caution d’ordre scientifique à ce qui n’est en réalité qu’une politique toute personnelle et assez cynique de la part d’un Président devenu tout-puissant.

 

Pour qui sait observer, il est évident que nous avons franchi, avec l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et des élites qu’il représente, une nouvelle étape dans le processus de transformation politique et sociale de la société française qui vise à en extraire la substance démocratique essentielle qu’est le droit fondamental de choisir ses élus et de les critiquer lorsque c’est nécessaire. La légitimité de cette « nouvelle classe » (ou nouvelle bourgeoisie au sens marxien si l’on préfère) qu’il incarne repose désormais en apparence sur la Raison, la Vérité, le Savoir comme au XVIII ème siècle, la Vertu ou la Morale comme au XIX ème siècle et le sens de l’Intérêt Général comme au XX ème siècle, mais en réalité toujours sur la Propriété (des moyens de production naturellement)... Elle n’a pas fondamentalement changé, et seul son discours s’est adapté à l’air du temps. Ce qui la caractérise le mieux, c’est à mon avis sa capacité à maitriser les grands canaux médiatiques et à façonner ainsi les esprits afin de les empêcher de prendre conscience de leur aliénation. Nihil novi sub sole[11], et le renouveau de la Guerre sociale en France[12] (et ailleurs) accompagne le retour des inégalités et la fin de la démocratie rêvée...

 

Seuls les gogos ou les soutiens du régime ont cru ou fait semblant de croire que l’ennemi était la Covid-19. Le véritable adversaire est bien celui ou celle qui empêche le président de pouvoir remonter sur son trône en 2022, et surtout de mener à bien toutes les « réformes » néolibérales que celui-ci a toujours voulu réaliser. C’est tellement vrai qu’il a passé près de la seconde moitié de son intervention à rappeler quelles étaient les principales réformes qu’il comptait remettre en chantier dès la rentrée : réforme des retraites (avec le choix clair d’un recul de l’âge de départ à 64 ou 65 ans, mesure paramétrique s’il en est) et de l’assurance-chômage afin de baisser le coût social de notre système de protection (réaffirmant ainsi contre toute réalité le vieux préjugé du chômeur profiteur). C’est le discours le plus autoritaire et le plus anti-social qui ait été prononcé depuis la seconde guerre mondiale par un chef d’Etat en France ! L’ennemi est désigné et il ne s’agit plus que de le contraindre sans état d’âme, tout en se donnant hypocritement le beau rôle.

 

En réalité, Macron ne s’intéresse pas principalement à l’épidémie. Elle le gêne parce qu’elle l’empêche de réaliser ses réformes économiques et sociales. Son agenda est le même, et quel que soit l’obstacle (gilets jaunes, grèves, etc.), il veut à tout prix le réaliser. Le calendrier électoral joue certes, mais il est secondaire par rapport aux objectifs de cet homme seul, qui représente un grand danger pour notre démocratie. Certes, il est un tacticien opportuniste et sait reculer quand il le faut ou contourner l’obstacle, mais il y a dans cette génération d’ultralibéraux une obsession idéologique qui prime (comme chez Thatcher ou Hayek). Il n’hésite pas alors à recourir à la force. Contrairement aux apparences, ce n’est pas un modéré, et on l’a vu dans cette allocution. Seuls comptent le fantasme et le dogme du marché tout puissant, qui ne fonctionne en réalité que dans quelques cas particuliers, à court terme, et à quel prix !

Quel est le niveau de réponse approprié ?

Il n’est évidemment pas principalement sanitaire, même si on peut proposer des alternatives à court terme ou d’autres modalités plus réalistes, et à long terme une autre politique sanitaire, centrée sur l’hôpital, les personnels et la santé en général, mais d’abord une lutte politique naturellement, pour l’intérêt général. Celle-ci passe par des mobilisations, un rôle nouveau des partis, des syndicats, etc. Mais ce doivent être des formes de lutte appropriées contre la com’, avec des slogans raisonnés et efficaces, un discours rationnel sur la santé et les politiques de santé. Il faut également une complète transparence sur les moyens et les buts, ainsi qu’une nécessaire démocratisation de notre société, qui passe par un contrôle citoyen des médias, de tous les médias en les libérant de la tyrannie du capital. Une priorité demeure : recoudre le tissu social qui a été déchiré par les coups de boutoir du Macronisme.

 

On est donc placé devant un choix fondamental entre une aliénation croissante, une société morcelée, en guerre contre elle-même, avec la tyrannie de l’argent et du capital, ou une autre société à reconstruire en tenant compte de la nécessaire refondation de la mondialisation sur des bases sociales et environnementales plus justes.

[1] On a notamment usé de cette vieille tactique qui consiste à réduire tous ses adversaires aux quelques slogans provocateurs d’ordre moral ou éthique (racisme, antisémitisme, etc. ), qu’on met en exergue pour les y englober.

[2] Cité par Courrier International du 13/07/2021 (en ligne).

[3] Idem.

[4] Ibidem.

[5] Voir notamment mon billet de blog du 15/04/ 2021sur Médiapart : « COVID-19, le bateau ivre du Macronisme ».

[6] Idem

[7] Voir note 5 pour le dernier billet, mais aussi ceux des 21/01/2021, 22/09/2020, etc. Le nombre de personnes positives n’est pas ou peu corrélé avec le nombre de personnes testées (par des tests RT-PCR et antigéniques).

[8] Je rappelle à l’intention des non-statisticiens que la médiane est la valeur atteinte par la moitié de la population étudiée, et qu’elle donne une première indication sur la répartition, qui est ici majoritairement plus basse.

[9] Natacha Polony « Sommes-nous encore en démocratie ? » Editions de l’Observatoire, février 2021

[10] Elle a surtout été utilisée par Lénine pour désigner la transition entre les phases « socialiste » et « communiste ».

[11] Rien de nouveau sous le soleil

[12] Comme l’indique le titre d’un livre récent de Romaric Godin, qui s’interroge (en se référant à celui d’un ouvrage connu de Marx) sur les sources économiques de la démocratie autoritaire.

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