La Loi et l'Ordre, l'affaire Mélenchon

Dans l’univers macronien, un nouvel ordre moral et social s’est instauré. Les dissidents et les mal-pensants n’y ont plus leur place. On tolère cependant les petites manies des uns et des autres à condition qu’elles s’expriment en douceur et respectent les formes.

 

Je n’ai que tardivement découvert tous les détails d’une actualité profondément choquante qui s’est déroulée sous les yeux éberlués des Français (et des autres), il y a deux semaines à peine. Les perquisitions effectuées au siège du mouvement des Insoumis et au domicile de plusieurs de ses responsables ont en effet défrayé la chronique par l’ampleur des moyens mis en jeu et ses conséquences directes sur notre paysage politique. Derrière le psychodrame évident sur lequel ont brodé avec talent tous les médias, l’événement soulève de graves questions pour notre démocratie politique, et sans doute au-delà. Cela m’a poussé à tenter d’analyser le phénomène afin de comprendre ce qui s’est effectivement passé.

Les journaux d’information télévisée en continu se sont emparés de l’incident avec avidité, ainsi évidemment que toute une presse plutôt conformiste dont la pensée est largement dominante dans le monde médiatique, et qui voyait là l’occasion de tirer à boulets rouges sur la seule force de gauche ascendante depuis un an et demi, sans risquer d’être contredite, et avec apparemment l’assentiment général d’une population tétanisée. Mais le plus étonnant a priori, c’est qu’une partie de la gauche à spontanément entonné la même antienne. Il s’agit, non seulement des quelques bobos de l’ex-gauche (notamment de l’Obs et de Libération) qui s’étaient convertis au macronisme ambiant sans état d’âme apparent, mais aussi, et c’est plus inquiétant, des rares journaux comme Médiapart[1] qui avaient jusque là mis un point d’honneur à défendre une certaine conception de la pensée de gauche, ou de ce qui en tient lieu. Tous se sont ainsi déchaînés autour de la personnalité complexe et ambiguë de Jean-Luc Mélenchon, occultant ainsi les véritables enjeux.

Comment ne pas voir là une illustration de ce qui avait été évoqué il y a peu de temps comme la « stratégie de l’émotion » dans un livre écrit par Anne Cécile Robert, journaliste au Monde Diplomatique, et par ses propos sur France Culture où elle faisait une démonstration éblouissante de la façon dont sont manipulées des populations pour substituer l’expression des affects à la pensée critique. Il s’agit là d’un phénomène général qui déborde nos frontières et que l’élection d’un néo-fasciste à la présidence du Brésil vient tout récemment de confirmer. En France, depuis plusieurs années déjà les foules sont titillées avec les méthodes éprouvées du « panem et circenses » qui en font les sujets modèles et obéissants que Georges Orwell avait imaginés dans son célèbre « 1984 ». Mais contrairement à ce monde trop mécanique où le pouvoir s’exprimait brutalement et de façon directe comme dans toutes les dictatures qui renaissent aujourd’hui, les sociétés « libérales avancées » à la Giscard d’Estaing deviennent le prototype d’un monde aseptisé et « bisounours », où le contrôle social s’effectue de manière subtile et indirecte au travers de drogues puissantes, ou de leurs substituts, qui manipulent nos émotions, et dont les médias les plus divers (publicité, TV, presse, réseaux sociaux, etc.) en sont l’expression. En cela, elles sont plus proches me semble-t-il du « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Les formes d’influence sont en réalité variées et se propagent au sein de la société par des mécanismes psychologiques classiques bien connus qui, au-delà des réflexes hiérarchiques et des ambitions, jouent essentiellement sur le conformisme, avec notamment le besoin de s’identifier à un groupe ou à des individus qui servent de modèles, et symétriquement la peur de déplaire. On retrouve certains des comportements qu’Etienne de la Boétie avait décrits dans son « Discours de la servitude volontaire ». C’est ainsi qu’il ne faut surtout pas penser en dehors de la norme, qui est de plus en plus fixée par des communicants et quelques grands gourous télégéniques au service des véritables maîtres de notre monde que sont les grandes multinationales et leurs lobbies nationaux.

Depuis l’arrivée de Macron, le phénomène s’est accéléré et accentué. Grâce à la mondialisation économique, sociale et culturelle qui se développe de jour en jour, une uniformisation croissante de nos modes de vie s’impose autour de quelques valeurs simples, rabâchées à longueur de temps par nos présentateurs vedettes et stars autoproclamées. Notre univers culturel se réduit désormais à des talk-shows de peu d’intérêt, et qui même lorsqu’ils portent parfois sur des sujets légitimes sont en fait détournés de leurs enjeux réels, comme les violences sexuelles vues au travers du seul prisme affectif de la douleur des victimes, à des films ou feuilletons plus ou moins débiles (avec quelques brillantes exceptions), à des magazines sportifs insipides où l’esprit de l’effort est remplacé par l’Entertainment et le show médiatique, etc. Si à bien des égards, on y retrouve le modèle américain idéalisé des années 50 sur lequel nos publicitaires n’arrêtent pas de rêver, la société américaine de référence chère à nos libéraux a pu et su parfois s’en affranchir en partie, en raison de sa fragmentation raciale et communautaire qui permet des expressions différenciées, mais aussi grâce à un système politique plus équilibré où les « check and balances » viennent atténuer les effets du présidentialisme américain. A l’inverse, notre propre système politique de la Vème République a continuellement accentué son aspect de monarchie républicaine, jusqu’à ce que Macron vienne y porter un coup fatal en instituant un véritable pouvoir personnel, avec ses sbires de l’ombre comme Benalla et ses nouvelle élites complaisantes qui viennent occuper les places des anciens notables, des corps intermédiaires d’autrefois, et des syndicats et partis politiques qui jouaient alors un véritable rôle d’amortisseur (et parfois d’ascenseur) social d’une république où le pouvoir était depuis toujours centralisé, mais qui aujourd’hui s’effacent et même s’effondrent.

De même que Macron a réalisé l’année dernière un exploit qui paraissait impossible en concentrant toutes ses attaques sur Marine Le Pen lors de son élection, de même qu’il réitère cette stratégie de division au niveau européen comme le souligne Serge Halimi dans un article récent du Monde Diplomatique, en opposant artificiellement « nationalistes » et « libéraux », de même notre nouveau ministre de l’intérieur à peine nommé s’est-il empressé de désigner un bouc émissaire à la vindicte du peuple, à un moment où la popularité du pouvoir commençait à vaciller. C’est une provocation intelligente mais tellement évidente qu’elle semble avoir échappé à tout le monde ou presque... Castaner savait bien qu’en déclenchant l’opération le jour même où il était nommé, en utilisant des prétextes discutables (ancienne déclaration d’une élue d’extrême droite et comptes de campagne déjà validés), il allait provoquer automatiquement l’ire de Jean-Luc Mélenchon devant une perquisition, à la fois simultanée et disproportionnée, d’une quinzaine de lieux ou personnalités qui lui sont proches grâce à la mobilisation d’une centaine de policiers, comme si l’on avait affaire à une organisation mafieuse ou terroriste. C’était un piège évident et il est apparemment tombé dedans, mais est-ce bien le cas ? Avait-il vraiment le choix de faire autrement ? Sa meilleure défense n’était-elle pas l’attaque ? Est-il en fait enfermé dans ce rôle qu’il a finalement accepté ?

Pourquoi un tel acharnement, voire une telle haine vis-à-vis de la personne de Mélenchon ? Tout le monde ou presque connaît son caractère irascible et ses sorties malheureuses. D’une certaine manière, c’est un écorché vif, à la manière d’un Cyrano de Bergerac, même s’il y a un brin de panache et de roublardise dans sa posture publique[2]. Son comportement est particulier et bien différent de celui des candidats « présentables » à la présidence. L’argument de l’absence de stature présidentielle qu’ont longuement évoqué les médias reflète en fait une conception autoritaire et monarchique de la fonction, que partagent spontanément beaucoup de Français. Il n’est pas dit qu’une VIème République réellement démocratique aurait les mêmes caractéristiques. Alors que François Fillon ou Nicolas Sarkozy, qui avaient très nettement pioché dans le pot de confiture, ont su adopter la riposte adéquate ou attendue, en s’entourant tout de suite de conseillers et d’avocats et en veillant à conserver une image publique de dignité outragée mais respectueuse, le leader des Insoumis a au contraire réagi brutalement, de manière certes excessive, mais avec spontanéité et sans calcul apparent comme on a tous pu le voir sur les vidéos que les chaînes TV et les réseaux sociaux ont complaisamment fait circuler en boucle. Ce sera peut-être sa perte, et c’est en tout cas la stratégie du pouvoir, qui en dépit de ses dénégations a tout fait pour le faire basculer.

C’est malheureusement aussi celle de beaucoup de gens que l’on aurait pu croire du même camp idéologique, en particulier des quelques journalistes de Médiapart[3] qui sont allés fouiller les poubelles du Parquet et en sont ressortis avec des charges accablantes : relations intimes avec sa directrice de la communication, un peu d’argent liquide trouvé chez un ami… Et c’est grâce à ce maigre bilan, obtenu d’ailleurs illégalement (comme toutes les fuites des dossiers d’instruction) et relayé dans tous les médias, qu’une presse peu scrupuleuse a pu sans vergogne faire le procès médiatique de cet homme, humilié et déshonoré ! Quant aux chefs d’accusation, ou plutôt les deux points qui sont enquêtés, les possibles emplois fictifs et le soupçon de surfacturation, ils apparaissent pour le moment assez vagues et demanderaient à être établis sérieusement, et c’est ce que doit faire la justice dans les prochains mois. J’espère que Médiapart fera alors honneur aux principes qu’il veut défendre[4]. Et pourtant, au sein de ce dernier de nombreuses voix se sont élevées, souvent virulentes, quelquefois remarquablement justes[5], ou plus modérées comme celle de son Directeur éditorial, François Bonnet, qui a au moins reconnu le problème politico-juridique que pose l’existence du statut actuel d’un parquet assujetti[6], ou comme deux jours plus tard la parution d’un résumé de l’affaire présentant un peu plus de retenue et d’objectivité[7].

Quant aux questions sur les comptes, je sais pour ma part après avoir été trésorier de petites associations que les risques d’erreurs sont courants chez les bénévoles, et que les irrégularités proprement dites apparaissent plutôt lorsque les fonctions sont rémunérées et que la taille de l’organisation grandit au point que les tâches de contrôle deviennent difficiles à assumer correctement. Mais là encore, il faut garder le sens des proportions. L’évasion fiscale légale (dite « optimisation ») porte chaque année sur des dizaines et des centaines de milliards d’euros, bien loin des tripatouillages habituels de nos chers hommes politiques ou entrepreneurs de bas étage. Je rappelle, pour l’avoir constaté à l’INSEE, qu’environ la moitié des PME en France font l’objet de sous-déclarations de résultats et qu’un redressement important des statistiques d’entreprise[8] est nécessaire dans de nombreux cas… Au lieu de critiquer ses positions politiques, on s’attaque à la personne de Mélenchon, on le juge et le condamne d’emblée sans même entendre ses explications, on se moque de lui et on le traite en criminel, retournant ainsi le sens de tous ses propos et prenant de manière systématique le contrepied de chacun de ses arguments. Tout se passe comme s’il fallait montrer qu’il y avait quelque chose à cacher, et par-là justifier en quelque sorte une procédure, qui n’est pas même une mise en accusation. Un vrai procès de Moscou, sans les mêmes conséquences ? Pourquoi Edwy Plenel, que j’ai connu sensible et passionné lorsqu’il me dédicaçait son livre intitulé « Pour les musulmans » (inspiré avec raison du « Pour les Juifs » d’Emile Zola, un auteur dont il aurait pu s’inspirer quand il abordait le faux procès de l’Affaire Dreyfus), pourquoi dis-je a-t-il apparemment trempé dans ce qui ressemble à une condamnation arbitraire ? L’injustice qu’a vécue son père, recteur en Martinique, et son enfance en Algérie l’ont pourtant prédisposé à dénoncer les iniquités d’une société bien-pensante. Est-il alors retombé dans ses travers habituels et son goût pour la polémique ?

Au-delà d’éventuels règlements de comptes (rivalités médiatiques ?), la racine principale de ce concert de haine entendu dans la plupart des médias est me semble-t-il à rechercher dans l’attitude si médiatisée de l’Insoumis l’année dernière, le soir du premier tour des présidentielles. Là encore, le tempérament de l’homme a joué contre lui. Son dépit était évident face à un échec si près du but, alors que tous les sondages avaient souligné dans les mois précédents la dynamique insolente de sa campagne, et qu’il avait été à deux doigts d’être qualifié au second tour. Cette défaite dans une course où les principaux prétendants étaient très proches (entre 20 % et 24 % des voix), l’a laissé sidéré et sans voix. Sa décision n’a pas été immédiate, tant il lui fallut digérer la nouvelle, d’autant plus que les résultats arrivaient encore au compte-gouttes, mais elle m’a semblé être la bonne et j’aurais peut-être réagi comme lui. Il a finalement laissé ses partisans décider par eux-mêmes entre les 3 solutions possibles : vote Macron, vote blanc et abstention. Ce qu’une bonne partie de l’opinion de gauche lui a vraiment reproché, de façon assez hystérique d’ailleurs, c’est de ne pas se ranger automatiquement dans le camp Macron, comme l’ont fait tous les autres. C’était de leur part une réaction très émotionnelle qui reposait sur un seul argument pseudo-rationnel, la possibilité que Marine le Pen passe. De fait, cet argument massue n’était pas fondé : il n’y avait pas de réserve de voix pour l’extrême-droite et il aurait fallu un vote massif des électeurs de la droite classique en sa faveur, et encore… et beaucoup ont cédé à cette peur irrationnelle. Par contre, une partie non négligeable de la gauche officielle (une majorité des cadres du PS et une partie des Verts, comme les ralliements ultérieurs l’ont confirmé) a sans doute fait le choix conscient de considérer le vote Macron comme une solution acceptable en soi, le plus souvent semble-t-il par opportunisme puisque leurs convictions de gauche n’étaient pas si ancrées. Dans les deux cas, la gauche a cédé face à un chantage avéré du clan LREM, avec au pire l’hypocrisie d’une partie de celle-ci. Le déchirement de la gauche en procède à mon avis, et laisse encore aujourd’hui des traces très profondes, qui se concentrent sur la petite partie visible du spectre, la personnalité atypique du leader de la France insoumise, qui soulève de curieuses réactions psychologiques de rejet, comme s’il planait une certaine forme de culpabilité, que l’on repousserait par ailleurs. On peut aussi l’interpréter comme une forme de suicide ou de désir d’autoréalisation d’une peur cachée…

L’évocation du tempérament fougueux et parfois inopportun de l’homme est donc à mon avis secondaire, car c’est le fond de sa politique qu’il convient de juger, ou plus exactement le programme de son parti. Pour avoir assisté à l’un de ses grands meetings de campagne à Rennes, j’ai été impressionné comme tout le monde par son discours et par l’intelligence, la culture et les qualités intellectuelles de ce tribun habile et inspiré qui a su combiner l’émotion et la réflexion, qui a su parfaitement allier la critique sociale et la dénonciation des dégâts environnementaux d’un système où tout est lié, qui a su fasciner un auditoire littéralement subjugué, mais qui n’a pas su se faire aimer… Le succès apparent de la politique de division de Castaner et l’accent mis de plus en plus sur le caractère répressif de la politique gouvernementale est destiné à satisfaire une population en mal de repères et de protection. Elle repose dans ce contexte sur le choix d’une judiciarisation croissante des rapports avec les opposants politiques, où la perquisition des Insoumis prend une autre dimension. D’aucuns peuvent crier à la théorie du complot, sans voir que nos sociétés sont régies par des rapports de force et de fragiles équilibres, et que les formes de conditionnement sont diverses et presque invisibles tant leurs ramifications sont complexes et touchent à des degrés divers à nos intimités. Pour qui a vu l’excellent série américaine (sur Netflix malheureusement) de « House of Cards » qui décrit un univers de la Maison Blanche où les stratégies se croisent et se recoupent pour former une toile unique où lobbyistes et hommes ou femmes politiques déploient, nouent, détruisent ou reforment constamment des alliances visant à assurer leur pouvoir et contrôler nos vies. Même si ces images sont certainement une métaphore de nos sociétés modernes, des occidentales comme des autres, et tendent à exagérer les péripéties et le cynisme de ces comportements, elles n’en sont pas moins représentatives d’une certaine partie de la réalité des relations au sein des grands groupes internationaux, privés ou publics, et quiconque a eu l’occasion d’y travailler ne peut qu’en attester. D’ailleurs, il ne s’agit plus de jeu politique au sens classique, mais de modes de domination qui ont envahi depuis longtemps le champ des affaires, et qui ont pris ces dernières années une dimension telle qu’ils ont remplacé pratiquement les formes traditionnelles de la vie politique. Où est la souveraineté du peuple français ? Et des autres ? L’entreprise n’est-elle pas en soi un système d’essence monarchique où un groupe privilégié, non élu et endogamique, les actionnaires, nomme discrétionnairement une personne à sa tête. Macron n’est-il pas le PDG de la SA France ? Ses méthodes ne sont-elles pas celles du « management » où l’efficacité prime sur le droit ? Enfin, n’est-il pas le fondé de pouvoir d’une oligarchie internationale qui se partage une part croissante du patrimoine mondial et de ses revenus, en même temps que le pouvoir qui y est attaché ?

Il est étonnant de voir que pour des gens qui se réclament de la « gauche », c’est-à-dire d’une pensée et d’actions qui visent en principe à s’opposer aux formes de pouvoir plus ou moins subtiles des forces politiques et sociales dominantes, il est étonnant, dis-je, de voir tant de monde préoccupé par le respect formel des normes et des règles qui ne sont que l’expression à un moment donné et dans un lieu donné des compromis et du rapport des forces au sein de la société. Montesquieu rappelait autrefois que ce ne sont pas les lois qui comptent mais leur « esprit ». Le légalisme et le formalisme sont-ils devenus le nouveau crédo de nos chers progressistes ? Ont-ils oublié que l’esclavage fut un jour légal ? Ou, plus récemment, que l’avortement était un crime ? Que la peine de mort n’a pas été abolie depuis si longtemps ? C’est une des grandes caractéristiques des combats de gauche que d’avoir opposé légalité et légitimité, ou, sous une forme plus directement politique, les droits réels aux droits formels. Il est vrai que c’étaient surtout des Communistes dans les années 30 qui s’attaquaient ainsi aux « démocraties bourgeoises ». L’extrême-droite et l’Action Française critiquaient plutôt les fondements mêmes de la République, ceux qui avaient été institués par la Révolution Française, l’acte fondateur de notre vie politique, et celui auquel se rattache toujours de manière un peu romantique et parfois naïve, notre Jean-Luc Mélenchon.

A cet égard, il est fort significatif que l’interjection « La République c’est moi ! » ou « Ma personne est sacrée ! » ait été si mal interprétée et si rapidement colportée sur tous les médias, comme si cela avait été un sacrilège (une caractéristique des sociétés religieuses), alors qu’il s’agissait simplement d’une référence historique évidente aux « représentants du peuple », que la Révolution Française avait d’une certaine manière sanctifiés en les opposant à l’ordre social dominé par l’aristocratie. Il aurait tout aussi bien pu citer Mirabeau et son célèbre « nous ne sortirons que par la force des baïonnettes »… La confusion n’est pas anodine, elle a certainement été voulue par certains (ou certaines) pour discréditer le tribun du peuple, si féru de rappels classiques à notre Histoire, comme quiconque a pu l’entendre s’enflammer pendant des heures sur la place de la République, à la manière d’un Malraux faisant entrer Jean Moulin au Panthéon. Certes, il y a du gaullisme dans cet homme-là et ce n’est pas la pire des épithètes… Alors, pourquoi tant de souci du légalisme et du respect des formes, qui est l’une des caractéristiques de la pensée conservatrice qui s’inquiète surtout du maintien de l’ordre social dominant ? Rappelons-nous ce que disait ce bon La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérables… », et c’était à propos de nos juges et magistrats !

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas seulement la France insoumise qui est concernée. Le Parti de Gauche à lui aussi fait les frais de ces mouvements policiers. Mais surtout, l’événement a provoqué, au moins sur le moment, la protestation immédiate des autres partis de gauche, du PC, du NPA, des écologistes de gauche, de Faure, etc. Bref de tout ce qui reste et constitue aujourd’hui la gauche ! Est-on alors en passe de voir la gauche officielle ou sa pensée disparaître complètement du paysage politique sous des prétextes fallacieux et des formes juridiques vides ? Ce serait alors l’écrasante victoire de Macron et de la nouvelle droite... devenue omniprésente et seule victorieuse.

 

 

[1] Cf. Fabrice Arfi, « Perquisitionné, Jean-Luc Mélenchon tord les faits et la République » Médiapart, 18 octobre 2018

[2] Voir notamment le très intéressant film « L’Insoumis » de Gilles Perret, qui avait déjà réalisé « La Sociale », une ode remarquable à l’époque de l’après-guerre où des idéalistes comme Ambroise Croizat avaient mis en place les fondations de la Sécurité Sociale, dans une France détruite et sans moyens, et où il avait montré que la volonté politique d’instaurer une véritable solidarité était le fondement de notre modèle social, celui que l’on s’apprête à mettre définitivement à bas.

[3] F. Arfi, M. Deléan & A. Rouget, « Les premières découvertes des perquisitions Mélenchon » Médiapart, 21/10/2018

[4] SDJ Médiapart « Nous ne lâcherons pas les exigences d’enquêtes sur le financement de la vie politique », 21/10/2018

[5] Blog d’Ermler « Les valeurs perdues d’Edwy Plenel » 20/10/2018, qui est un rappel saisissant à l’éthique de gauche.

[6] François Bonnet, « Mélenchon et les perquisitions: le scandale du parquet assujetti » Médiapart, 20/10/2018

[7] Pauline Graulle, « La semaine noire de La France insoumise » Médiapart, 22/10/2018.

[8] Il s’agit de redressements des Comptes nationaux et non du fisc. Ce sont des opérations de correction d’ordre macroéconomique qui visent à ajuster les comptes à la réalité telle qu’on peut la déterminer le plus objectivement.

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